Le personnel prend les rênes de la Perle du Lac
Le restaurant genevois fermé à fin août est repris en main provisoirement par les employés qui se sont organisés en association

Suite à la fermeture de La Perle du Lac à fin août et avant le début de gros travaux de rénovation prévus pour l'été 2012, le personnel licencié en collaboration avec la ville de Genève, propriétaire de l'établissement, et Unia ont trouvé une alternative: ce sont les employés eux-mêmes qui feront tourner l'établissement pour une période d'au moins 6 mois.

Depuis fin août, les portes de l'établissement cossu et prisé de la Genève internationale, mais aussi des promeneurs du dimanche, étaient closes. Suite à des arriérés de loyer se montant à 530000 francs, son ancien gérant s'était vu notifier une fin de bail au 31 août par la ville de Genève, propriétaire de La Perle du Lac sise au parc Mon Repos.
En attendant la reprise de l'établissement, après les travaux prévus en 2012, par le chef français Gérald Henrion, une douzaine d'anciens employés (sur les 23 licenciés) ont décidé de reprendre les affaires en se constituant en association, avec le soutien d'Unia et de la ville. Avec la réouverture de l'établissement cette semaine, l'équipe va devoir embaucher, notamment un nouveau chef, et compte améliorer les prestations du restaurant: maintenir son standing tout en popularisant le côté brasserie dont les prix étaient trop élevés selon les employés.

Projet social et économique
Alessandro Pelizzari, secrétaire régional d'Unia Genève, se réjouit du maintien des emplois - alors que le climat économique est tendu, notamment dans le domaine de la restauration-hôtellerie sensible au franc fort - et de l'aspect social du projet. Car, si la hiérarchie au sein du personnel sera maintenue, avec à leur tête, Gérard Lamarche, directeur adjoint pendant 14 ans, la nouvelle association «Les Amis de La Perle du Lac» aura son mot à dire. En outre, la démarche intègre le projet d'insertion de personnes déficientes intellectuellement de l'Association Actifs. «Avec cette réouverture, l'idée est de créer, parallèlement à l'emploi d'une personne comme cela se fait depuis 2007, une plate-forme de formation au sein du restaurant», se réjouit la directrice Anne-Laure Spitsas.
«En collaboration avec Unia, on souhaite ainsi montrer que des projets alternatifs, où il n'y a pas que le profit qui compte, sont possibles. Ce projet pourrait servir d'exemple à d'autres entreprises dans le futur», relève Sandrine Salerno, en charge du Département des finances et du logement pour la ville de Genève, propriétaire d'au moins 110 restaurants et hôtels.
La conseillère administrative ne cache pas que la commune se réjouit aussi de voir, enfin, son loyer honoré. Fixé à 12000 francs, il est un peu moins élevé que précédemment, car la reprise se fait durant les mois d'hiver moins propices économiquement.

Six mois, au moins...
Quant à l'avenir, le futur chef Gérald Henrion, qui ne fait pas partie de ce projet, a assuré reprendre le personnel qui repassera toutefois par la case chômage pendant les travaux. Quand? Sandrine Salerno estime que la proposition de crédit de rénovation de 3,5 millions de francs ne sera pas déposée avant début 2012. Les travaux commenceront donc peut-être en été. Le bail de six mois signé la semaine passée entre la ville et l'association pourrait ainsi être prolongé. Malgré le côté temporaire du projet, les employés affichent leur satisfaction. «Pour l'instant, on est content car cela nous sort du chômage. Ce n'est pas facile de trouver ailleurs, et, d'autant moins, à partir d'un certain âge. Et puis on s'est battu pour la réouverture. Il y aura sûrement des petites difficultés mais on va relever les défis», estime Michel Palmas, chef de rang depuis 15 ans dans l'établissement. Son collègue Didier Godin ajoute: «Beaucoup de clients attendent notre réouverture. Cet établissement doit vivre, pour les gens de Genève. Je suis confiant: on est une bonne brigade, on s'entend bien, et on est plein d'énergie!»

Aline Andrey

 

Pour marquer cette démarche exceptionnelle, Unia organise avec les employés, le 19 novembre à midi, un apéritif à La Perle du Lac suivi de la projection du documentaire argentin «Nosotros del Bauen», dans le cadre du festival Filmar en América Latina, qui conte la reprise d'un restaurant à Buenos Aires par les employés.

 


 

Edition n° 46 du 16 novembre 2011

 
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