Mobilisation sur les chantiers
Vendredi, les travailleurs de la construction sont attendus en nombre pour protester contre le vide conventionnel qui guette

Une grande journée de protestation se déroulera ce vendredi 25 novembre sur les chantiers de Suisse. Une journée marquée par des événements forts, en particulier dans les cantons de Vaud et Genève pour la Suisse romande, et de Berne et Zurich pour la Suisse alémanique. Au Tessin, la mobilisation aura lieu le 2 décembre. Explications.

La colère gronde sur les chantiers après l'échec des négociations pour le renouvellement de la Convention nationale de la construction. Le 12 novembre dernier, les 150 délégués des maçons d'Unia, réunis à Berne pour faire le point sur la situation, ont décidé de débloquer la caisse de grève et de mandater le syndicat pour que des grèves soient organisées dès janvier, moment où la Convention nationale ne sera plus en vigueur. Ils ont également pris la décision de se mobiliser fortement dans cinq régions du pays, ce vendredi 25 novembre dans les cantons de Vaud, Genève, Berne et Zurich et le 2 décembre au Tessin, pour qu'une solution soit trouvée avant la fin de l'année, avec en particulier des améliorations de la protection de leur santé et de la lutte contre le dumping. Alors que la mobilisation se prépare, le point avec Pietro Carobbio, responsable de la construction à Unia Vaud.
 

QUESTIONS/REPONSES

Pourquoi est-il important que les travailleurs de la construction participent massivement vendredi aux actions prévues dans les cantons de Vaud et de Genève?


Après le succès de la manifestation du 24 septembre, il s'agit de monter d'un cran dans la mobilisation et d'envoyer un message clair à la Société suisse des entrepreneurs (SSE). Les revendications qu'elle affiche sont tout simplement inadmissibles et représentent un véritable démantèlement de notre convention collective et de nos conditions de travail! La SSE souhaite payer en dessous du salaire minimum conventionnel les travailleurs jeunes, les contrats à durée déterminée ainsi que les travailleurs moins «productifs», selon leurs propres termes. Cette demande est inacceptable car elle ouvrirait la porte à l'arbitraire le plus absolu en matière de salaires. A terme, tous les salaires de la branche seraient menacés!
Nous ne pouvons pas accepter non plus leur volonté de pouvoir licencier les travailleurs qui sont en incapacité de travail. Avec le temps, les dangers liés au travail sur les chantiers se sont accrus, en parallèle à l'augmentation du stress, à la pression sur les délais, aux rythmes de travail effrénés, etc. Et quand un ouvrier de la construction a un accident, en général, c'est dans le cadre de son boulot, pas à ski! Les travailleurs paient déjà de leur santé les risques de ce métier, il est donc exclu qu'ils puissent en plus subir un licenciement lorsqu'ils sont en arrêt de travail. Sans compter que depuis deux ans, aucune augmentation conventionnelle digne de ce nom n'a été versée aux travailleurs alors que la branche se porte à merveille...

 
Quels sont les risques encourus par les travailleurs en cas de vide conventionnel?


Sans convention collective, la loi de la jungle régnerait sur les chantiers. Les conditions-cadres actuelles, telles que - entre autres - le salaire minimum, le 13e salaire, les cinq ou six semaines de vacances, ne seraient plus obligatoires pour les entrepreneurs, et les travailleurs de la construction pourraient perdre ces acquis, obtenus à travers leurs luttes. A terme, on peut aussi craindre que la retraite anticipée ne soit menacée.
De plus, dans le cadre de l'accord sur la libre circulation des personnes, la pression à la baisse sur les salaires risque de s'accroître dans les mois à venir, notamment à cause de la crise économique. Seule une convention collective, de force obligatoire, peut garantir des salaires dignes aux ouvriers qui viendront travailler en Suisse et protéger les salaires des ouvriers en Suisse depuis longtemps. Sans cela, des salaires largement inférieurs au tarif conventionnel - comme ce fut le cas sur le chantier d'Aclens avec des ouvriers payés 3,15 euros de l'heure - pourraient devenir légaux, et surtout se généraliser.

 
Les patrons disent que c'est à cause des syndicats qu'il y aura un vide conventionnel dès le 1er janvier 2012 parce qu'ils auraient refusé de prolonger la convention actuelle. Les syndicats disent au contraire que ce sont les entrepreneurs qui provoquent le vide conventionnel. Qu'en est-il au juste?


Cela fait maintenant un an que nous négocions avec la SSE. Suite à la manifestation du 24 septembre, la SSE semblait disposée à entrer en matière sur deux de nos revendications, à savoir le salaire à 100% en cas de maladie et une solution plus avantageuse et pratique dans le cadre des intempéries, qui protège mieux les travailleurs. Or, toutes ces propositions ont été balayées par la SSE lors de notre dernière séance de négociations! Une telle attitude est irresponsable, et démontre que la SSE n'a aucune intention d'aboutir à un accord. Pire, avec son cahier de revendications elle vise clairement à péjorer les conditions de travail!
Une reconduction telle quelle de la convention pendant six mois, comme le propose la SSE, ne serait qu'une stratégie pour «jouer la montre» et faire baisser la mobilisation d'ici au printemps. De plus, cela voudrait dire: pas d'augmentation de salaire pour 2012, ce qui n'est pas sérieux.
Dans ces conditions, nous avons donc pris acte du fait que la SSE nous menait en bateau et que le temps n'était plus à la négociation, mais à la mobilisation.

Propos recueillis par Sylviane Herranz

 
 
 

Participez tous à la journée de protestation!

 

Vendredi 25 novembre:
tous les travailleurs de la construction des cantons de Vaud et de Genève sont invités à se joindre dès le début de la matinée à la journée de protestation pour la défense de leurs conditions de travail. Les lieux de rendez-vous:
 

VAUD

Aigle, place des Glariers, dès 6h

Vevey, place du Marché, dès 6h

Lausanne, Casino de Montbenon, dès 6h

Nyon, place Perdtemps, dès 6h

Yverdon, Centre portugais, dès 6h

Payerne, Centre portugais, dès 6h
 

Un déplacement depuis ces lieux sera organisé pour se rendre à Lausanne.

Dès 11h30: repas en commun à Lausanne, Casino de Montbenon.

13h30:  départ de la manifestation de Montbenon

 
GENÈVE

7h30: rassemblement à la place des 22-Cantons. Café-croissant.

Puis départ de la manifestation en ville.

Midi : repas en commun sur une place de Genève.

La protestation se poursuivra tout l'après-midi.

 

 

Sans maçons, qui construira le Ceva?

Les syndicats s'invitent au premier coup de pioche du «chantier du siècle» à Genève

«Pas de convention, pas de maçons: qui construira le Ceva?» Le 15 novembre dernier, les syndicats Unia, Syna et Sit arboraient cette question sur une large banderole accueillant les invités à l'inauguration du «chantier du siècle». Celui du Ceva, cette liaison ferroviaire allant relier la gare Cornavin de Genève à Annemasse, de l'autre côté de la frontière, en passant par les Eaux-Vives. Une brochette de personnalités, parmi lesquelles la conseillère fédérale Doris Leuthard, étaient présentes pour asséner le premier coup de pioche à ce grand chantier allant occuper, ces prochaines années, entre 300 et 400 ouvriers. Les syndicats entendaient rappeler à ces personnalités, ainsi qu'aux responsables du chantier, les gros risques de dumping salarial existants en raison de l'absence d'un accord sur une nouvelle Convention nationale de la construction et du vide conventionnel qui débutera le 1er janvier. «Les trois quarts des travaux ont été adjugés à une entreprise française, Vinci, occupant une centaine d'employés. Il est donc clair qu'elle va sous-traiter» explique Filipa Chinarro, responsable du secteur à Unia Genève. «Cela nous oblige à être vigilant. Car il est clair que ce chantier ne doit pas se faire avec de la sous-traitance en cascade, ni avec de la sous-enchère», poursuit-elle. Une commission quadripartite réunissant les CFF, l'Etat de Genève, les syndicats et les patrons a d'ailleurs été mise sur pied en début d'année. Mais si la question de la responsabilité solidaire était l'un des objectifs à atteindre par cette commission, on en est encore loin. «Nous voulons du concret. D'autant plus qu'avec le vide conventionnel, les risques de dumping sont décuplés», ajoute la syndicaliste. Les syndicats ont d'ores et déjà annoncé qu'ils n'hésiteraient pas à intervenir «de manière musclée» au cas où des problèmes de sous-traitance abusive apparaissaient sur le chantier du Ceva.

SH


 

Edition n° 47/48 du 23 novembre 2011

 
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