Des couvreurs polonais payés 10 euros de l'heure
Ils rénovent une toiture d'un monument historique de Porrentruy. Unia dénonce ce nouveau cas de dumping

Des faux indépendants polonais payés 10 euros de l'heure, soit le 40% du salaire conventionnel, ont été découverts sur un chantier de Porrentruy. Syndicat et commission paritaire de la branche ont donné à l'entreprise jusqu'à aujourd'hui pour régler les nombreuses infractions constatées. Sinon, le chantier sera arrêté.

«S'ils ne sont pas payés, nous bloquerons le chantier!» François-Xavier Migy, d'Unia Transjurane, est ferme et déterminé. Le responsable syndical de l'artisanat a également l'appui de la Commission paritaire de la branche pour cela. En cause? Un grave cas de dumping salarial découvert récemment sur le chantier de rénovation de la Maison Turberg de Porrentruy, une ancienne bâtisse classée monument historique. Six travailleurs polonais, dont le patron, y œuvrent depuis le mois d'octobre à la rénovation de la toiture. Ces travailleurs, de faux indépendants dénonce Unia, ne sont payés que 10 euros de l'heure. Selon la CCT en vigueur dans la branche, ces travailleurs qualifiés devraient toucher au moins 24 euros de l'heure!
«Pour l'instant, ils n'ont eu que des avances. Leur salaire est estimé à 2000 ou 2500 euros par mois, et ils ne touchent rien pour les repas, les frais, les déplacements. Et les assurances sociales ne sont bien sûr pas payées», explique François-Xavier Migy. Les couvreurs polonais sont logés à une cinquantaine de kilomètres de là, près de Bâle, et utilisent leur voiture pour venir sur le chantier, lieu où ils prennent leur repas de midi. Leurs horaires débordent largement le temps de travail prévu par la CCT. Ils travaillent également le samedi, sans autorisation. De plus, ces travailleurs n'ont pas de contrat écrit.

Promoteur durement critiqué
La durée du chantier, initialement prévue pour deux mois, va sans doute être doublée. «C'est un travail de spécialistes, avec de toutes petites tuiles et un toit très pentu», souligne François-Xavier Migy, qui dénonce aussi le propriétaire actuel, un promoteur immobilier bâlois, Gunter Durr. Ce dernier, après avoir racheté pour quelques sous la bâtisse, a exercé «une pression inacceptable sur les prix». Il a en effet convenu avec l'entreprise polonaise Firma Ogólnobudowlana Gram de Złotów, d'un forfait de 46000 francs pour la rénovation de l'immense toiture. «Il est évident que l'entreprise ne peut pas respecter les salaires de la CCT à ce tarif-là», s'indigne le syndicaliste.
Dans cette situation, Unia et la Commission paritaire ont donné un délai au 7 décembre à la société polonaise afin qu'elle corrige les infractions constatées et qu'elle paie aux ouvriers les salaires et autres frais de repas et de déplacement. Si cela n'est pas fait ce jour-là, les travaux seront arrêtés et une demande d'interdiction de travailler en Suisse pour cette entreprise sera déposée.

Appel à la responsabilité des autorités
«Nous demandons également au canton et à la Confédération, qui subventionnent la rénovation de ce bâtiment d'importance nationale, de ne pas verser un centime tant que les salaires corrects et les charges sociales des travailleurs ne seront pas versés», ajoute François-Xavier Migy. Des centaines de milliers de francs seraient affectés à cette rénovation, précise Unia, qui estime «inadmissible que l'argent du contribuable finance du dumping salarial et que les autorités cautionnent ce type de pratiques».
Pour le syndicat, cette affaire révèle l'insuffisance et le manque d'efficacité des mesures d'accompagnement contre les faux indépendants, quand bien même il existe un système de caution dans la convention collective. Or ces cautions ne servent qu'à payer des éventuelles peines conventionnelles et non la prise en charge des différences de salaire et des charges sociales. «Pour régler le problème des faux indépendants, il faudrait que des papiers attestant du statut d'indépendant soient fournis avant le début des travaux et, en cas de doute, avoir la possibilité de bloquer les chantiers. Mais les moyens coercitifs font défaut», regrette le syndicaliste. Avec son équipe syndicale et la Commission paritaire, il est toutefois prêt à faire cesser le travail à la Maison Turberg si des garanties de paiement des salaires et de règlement des infractions n'auront pas été fournies, aujourd'hui 7 décembre.

Sylviane Herranz

 


 

Edition n° 49 du 7 décembre 2011

 
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