La défense de l'économie suisse passe par le respect des travailleurs
En assise, les délégués d'Unia appellent à la défense du franc et à la responsabilité des entrepreneurs

L'Assemblée nationale des délégués d'Unia qui s'est tenue samedi dernier à Berne a appelé la Banque nationale a relever à 1,40 le taux de change du franc face à l'euro. Elle a exhorté les entrepreneurs à revenir à la table des négociation pour la Convention nationale de la construction. Les 150 délégués ont également voté en faveur du lancement d'un référendum si le parlement décidait de déréguler les horaires des commerces de stations-service.

L'assemblée nationale des délégués d'Unia, samedi dernier à Berne, a réuni 150 représentants des régions, des branches et des groupes d'intérêts du syndicat. Les délégués ont exprimé leur profonde inquiétude face la dégradation de la situation économique en lien avec la crise, marquée par les plans d'austérité en Europe. «Ce sont aux travailleurs et aux retraités qu'on demande les sacrifices pour en payer les frais», a déploré Andreas Rieger, coprésident d'Unia. «Certains pensent que le problème ne touche que les pays du Sud de l'Europe. Mais on voit aujourd'hui que même l'Allemagne se trouve dans le viseur des agences de notation. La maison est en train de brûler et au lieu d'y faire face ensemble, chacun essaie de sauver son propre appartement. Et malheureusement, cette image s'applique également à un certain nombre de syndicats européens pratiquant une politique de repli.»

Entrepreneurs dans le collimateur
Dans notre pays, les activités économiques les plus menacées sont celles qui dépendent fortement du taux de change du franc suisse. «Les spéculateurs ont gagné des milliards de francs en spéculant sur le franc», a déploré le coprésident d'Unia. «Pendant longtemps, nous avons été seuls à mettre les autorités en garde contre cet état de fait. Nous avons fini par être entendus lorsque la banque nationale a fixé un taux de change plancher de 1,20 franc pour 1 euro. Mais cela ne suffit pas. Nous continuons de demander que ce taux passe à 1,40 franc. Il en va de la préservation de dizaines de milliers d'emplois.» Andreas Rieger a souligné qu'on allait vers une année difficile, «mais nous sommes bien préparés à faire front», comme le prouve par exemple la mobilisation dans la grève chez Novartis. «L'unité du mouvement a été remarquable: les personnes occupées à des postes importants et les simples travailleurs ont lutté ensemble, sans distinction de fonction.»
Pendant que le syndicat s'emploie à chercher des solutions responsables pour contrer la crise, d'autres, dans le camp patronal, s'évertuent à vouloir démanteler le partenariat social. A la tribune de l'assemblée, le responsable Unia de la branche de la construction, Hansueli Scheidegger, a déploré le blocage qui entache la négociation pour le renouvellement de la Convention nationale de la construction. «Les activités dans la construction ont augmenté de 3% alors que les effectifs reculaient de 3%. Cette bonne situation devrait inciter les patrons à faire preuve d'ouverture envers les travailleurs qui ont fait de tels efforts, surtout que nos revendications principales portent sur la sécurité et la protection contre le dumping. Or au lieu de cela, ils nous opposent des propositions de démantèlement intolérables. C'est un affront envers les travailleurs et le partenariat social. La stratégie des patrons est d'exclure le syndicat pour pouvoir imposer un maximum de flexibilité sur les chantiers. Nous ferons tout pour éviter le vide conventionnel. Et si ce blocage devait durer, nous serions obligés de lancer des mouvements de grève.» En écho à cet appel, le délégué Giovanni Giarrana, excédé, a accusé le patronat de semer la peur et de camper sur une attitude «horrible et méprisante».

Améliorations des CCT
Malgré un contexte parfois difficile, Unia est parvenu à obtenir des améliorations substantielles dans la plupart des conventions collectives. Le secrétaire central Aldo Ferrari a rappelé que les CCT figuraient parmi les priorités majeures du syndicat et qu'un grand travail avait été déployé à cet effet. A noter qu'une convention pour le travail temporaire est en passe de finalisation. «C'est une très bonne chose, même si ce n'est pas encore parfait, car sans convention, il n'y a pas de véritable limite à l'exploitation» s'est félicité Charles Bernard, travailleur temporaire à Genève.
Au chapitre du dumping salarial, le secrétaire régional tessinois Saverio Lurati a préconisé la création d'une task force pour renforcer les mesures d'accompagnement, en particulier le dispositif de contrôle du travail «Les cas de sous-enchère explosent et si nous ne réagissons pas avec fermeté, on risque de voir les salaires se dégrader globalement de 20%.»
S'agissant de la lutte des femmes contre les discriminations, la secrétaire centrale Fabienne Kühn a dressé un bilan positif de la journée d'action et de grève du 14 juin dernier. Ce fut «la plus grosse mobilisation nationale pour l'égalité depuis 1991. Les deux revendications principales d'Unia, à savoir l'égalité salariale ainsi que l'augmentation des salaires des femmes couplée au salaire minimum n'ont jamais été aussi présentes dans l'espace public.» La campagne «Sans nous - pas de Suisse. Halte à la xénophobie!» connait elle aussi un large succès (voir sur le site Internet d'Unia). «La journée internationale de la migration ces 17 et 18 décembre constituera un nouveau point fort de cette démarche qui sera reconduite l'année prochaine», a souligné Rita Schiavi, membre du comité directeur d'Unia.
Les délégués ont noté les prochains rendez-vous organisationnels d'Unia en 2012: le congrès extraordinaire (consacré aux statuts) le 31 mars à Berne et le congrès ordinaire, le 1er décembre à Zurich.

Pierre Noverraz



Non à la dérégulation des horaires dans les stations-service

Pas question d'ouvrir la porte à une extension du travail de nuit et du dimanche. Les délégués d'Unia ont décidé à l'unanimité de lancer un référendum au cas où le parlement fédéral acceptait, ce printemps, l'initiative Lüscher pour la libéralisation des horaires d'ouverture dans les shops des stations-service. Pour mémoire, l'initiative du libéral-radical genevois aurait notamment pour effet d'élargir le travail nocturne et dominical dans les shops des grands axes routiers. La secrétaire centrale Vania Alleva a souligné que cela entrainerait un effet domino qui s'étendrait progressivement à l'ensemble du commerce de détail. Avec les syndicats, le personnel et les forces sociales, la majorité des villes des cantons ainsi que les principales associations patronales de la vente et de la restauration s'opposent à cette libéralisation. Le Parlement est averti...

PN

 

Des «au revoir» et des «bonjours»

L'assemblée a pris acte de la démission de Michael von Felten, membre du comité directeur d'Unia, lequel a décidé d'orienter sa carrière vers des mandats portant notamment sur les conditions de travail en Asie, après 17 ans au syndicat. Le coprésident d'Unia, Andreas Rieger, a salué ce responsable des finances doublé d' «un militant syndical et internationaliste» qui fut «l'un des grands artisans de la construction d'Unia». Corrado Pardini, du comité directeur d'Unia a pour sa part rendu un chaleureux hommage à Beda Moor, de la direction de l'industrie à Unia «qui a fait preuve d'un engagement efficace dans les entreprises et sur le terrain de la formation». Il prend sa retraite après avoir adhéré au syndicat à l'âge de 16 ans, lorsqu'il était apprenti serrurier appareilleur.
Pour compléter la composition du comité central d'Unia, l'assemblée a élu à l'unanimité Evelyn Müller, secrétaire de la Région du Nord-Ouest, Mauro Moretto, membre de la direction du secteur tertiaire, Enrico Borelli, cosecrétaire régional du Tessin et Pietro Carobbio, responsable construction de la région Vaud.

PN


 

Edition n° 50 du 14 décembre 2011

 
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