Franz Weber père de l'écologie
Ardent défenseur de la nature, Franz Weber a mené quelque 180 campagnes pour protéger sites et animaux menacés

Qui n'a jamais entendu parler de Franz Weber? Le sauvetage du vignoble du Lavaux, de Delphes, des Baux de Provence, des forêts alluviales du Danube, de l'historique Grandhôtel Giessbach...: c'est lui. Les campagnes menées contre le massacre des bébés phoques, les corridas, la création de réserves accueillant des éléphants du Togo ou encore des chevaux sauvages d'Australie... portent toutes sa signature. Une griffe honnie de promoteurs immobiliers sans foi ni loi contre lesquels Franz Weber n'a eu de cesse de se battre. Comme il s'est toujours mobilisé pour «préserver l'innocence», plaidant aussi la cause des animaux. Franz Weber, c'est plus qu'un nom, une personnalité inflexible, généreuse et passionnée, un homme d'une grande prestance aux yeux d'un éclat lumineux. C'est quasi une marque de fabrique. Un «label» durable avant l'heure, couronné de nombreux succès. Le secret de cette réussite? L'obstination, le courage et la sincérité, doublés d'un talent inné de communicateur et d'écriture. Car Franz Weber doit largement ses «victoires de l'impossible» à sa capacité à avoir su drainer dans son sillage des armadas de médias. Par ses coups de gueule et de poing. Par sa faculté à rendre l'information captivante, servi par son expérience de journaliste. Ce père de l'écologie a en effet entamé son parcours professionnel comme correspondant à Paris pour différents titres. Quand il se lance dans sa croisade pour la préservation de l'environnement, il possède déjà ses entrées dans de nombreuses rédactions.

Où Dieu vient rêver...
La première bataille qu'il livre, en 1965, se déroule sur le site de Surlej, en Haute-Engadine. Un projet d'urbanisation risque de défigurer le paysage, «le plus beau de la terre, où Dieu vient rêver», affirme Franz Weber. Furieux, le journaliste rédige des reportages, criant au sacrilège. Il frappe aux portes de médias suisses, allemands, français... qui relaient sa lutte. L'opinion publique s'indigne. Le bétonnage du lieu est abandonné. Ce sauvetage vaut à Franz Weber d'être sollicité pour défendre d'autres causes, comme les Baux de Provence menacés par l'exploitation de mines de bauxite. Le reporter accepte, écrit à Georges Pompidou, le président alors en fonction de l'Hexagone, organise le battage médiatique... Avec une nouvelle victoire à la clef. Et de nouveaux appels au secours. Comme celui que lui lancent des vignerons pour protéger le vignoble du Lavaux (VD)... aujourd'hui inscrit au patrimoine de l'humanité.

Côté jardin
Débordé, le chevalier ponctuel de l'environnement finit par renoncer à son travail de journaliste pour se consacrer, en 1974, à cette seule mission et crée sa fondation sise à Montreux, où il réside. Si le succès a souvent été au rendez-vous, Franz Weber garde au rang de ses meilleurs souvenirs, la préservation des jardins d'Ouchy, au bord du Léman, à Lausanne, qu'un projet de bretelle d'autoroute, «la Perraudettaz», risquait d'anéantir. Ce dessein fédéral particulièrement aberrant aurait nécessité l'abattage de 1500 arbres séculaires et la destruction de différents bâtiments, résidences et espaces verts. Une affaire qui connaîtra moult rebondissements, débats publics, traquenards des autorités, campagne de diffamation contre l'écologiste, réclamant toute son imagination et sa persévérance pour déjouer ce «crime» contre la nature. Mobilisation de la population, cortège aux flambeaux et recours à différents instruments juridiques dont l'astucieuse initiative «pour la suppression de la bretelle de la Perraudettaz et d'autres projets fédéraux susceptibles de déplaire au peuple vaudois»... débouchent sur le maintien du site.

La révolte pour moteur
Autant dire que le bouillonnant Franz Weber ne s'est pas fait que des amis. Loin s'en faut. Il sourit encore à l'évocation du seau de purin qu'une sommelière, à la solde d'autorités locales du Val d'Anniviers, en Valais, a déversé sur lui. Et de la quinzaine d'hommes qui voulaient lui casser la gueule parce que lui et des partisans s'opposaient à des projets immobiliers démesurés projetés sur ce coin de pays. «Des années plus tard, j'ai toutefois reçu des louanges des présidents de communes. Ce sont les plus beaux compliments qui m'ont été faits», se remémore le Bâlois d'origine, qui s'est aussi largement fait connaître par son combat, avec la participation de Brigitte Bardot, en faveur du sauvetage des bébés phoques. Franz Weber organise alors plusieurs avions pour transporter quelque 80 journalistes sur la banquise canadienne. Et parvient à arracher à la cruauté des hommes des centaines de milliers de mammifères. Mais où cet apôtre de la nature puise-t-il sa force? Dans ses révoltes, rétorque Franz Weber sans jamais pour autant cesser de croire aux êtres humains. Comme à un monde meilleur. Animé par une devise qu'il a toujours faite sienne: le respect de la création et de soi. Aujourd'hui et maintenant. Et tant qu'il en aura encore l'énergie. Puisse-t-il servir encore longtemps les causes embrassées pour le bien de l'humanité qui, déjà, lui doit tant... 


Sonya Mermoud

 

L'association de films Plans-fixes a réalisé un portrait de Franz Weber. Ce DVD peut être commandé par tél. : 021 617 23 82 ou pour par e-mail : info@plans-fixes.ch, au prix de 39 francs.


 

Edition n° 50 du 14 décembre 2011

 
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