Chantier bloqué en raison de salaires impayés
Pour faire pression sur l'entreprise Savio SA, Unia a bloqué son chantier à Moudon

Treize ouvriers de l'entreprise de construction Savio SA ont sollicité l'aide d'Unia en raison de salaires impayés. Discussions avec le patron, mise en demeure, blocage de chantier, le syndicat est intervenu à plusieurs reprises pour faire valoir les droits des travailleurs. Des reconnaissances de dettes, pour un montant de 80000 francs, ont enfin été signées mais il faudra encore plusieurs semaines aux ouvriers pour récupérer leur dû...

Aux grands maux, les grands moyens. Après moult tentatives infructueuses pour tenter de récupérer les salaires impayés d'ouvriers de l'entreprise Savio SA, Unia a décidé le 21 septembre dernier de bloquer son chantier à Moudon. Arrivés à l'aube, des syndicalistes ont expliqué aux quelques maçons présents les raisons de leur intervention - plusieurs travailleurs lésés avaient déjà démissionné depuis - et demandé au responsable de rencontrer le patron. En vain dans un premier temps. Ils ont alors aussi contacté le promoteur des résidences en construction, une régie immobilière, pour l'inciter à suspendre les versements à la société en faute et faire ainsi pression sur cette dernière. Sans succès non plus, le commanditaire craignant des retards dans l'avancement des travaux... Et menaçant de recourir à sa protection juridique contre les représentants d'Unia s'ils restaient sur le chantier. Pas de quoi décourager les syndicalistes qui ont refusé de quitter les lieux sans obtenir gain de cause. Patience payante.

Méfiance de rigueur
«Le patron est finalement arrivé à 9h30. Après discussion, il a annoncé qu'il allait déposer le bilan et a signé toutes les reconnaissances de dettes», raconte Sébastien Genton, secrétaire syndical. Une ébauche de victoire qui en sera vraiment une quand, relève le syndicaliste, «l'argent sera dans la poche des travailleurs lésés». Un épilogue qui pourrait encore tarder, la faillite n'ayant pas encore été prononcée ou... pire... pas annoncée. «Dans ce cas, nous défendrons chaque dossier individuellement aux poursuites, sur la base des reconnaissances de dettes reçues», prévient Sébastien Genton. Une méfiance de rigueur, l'entreprise Savio SA ayant déjà «baladé» Unia et ses collaborateurs plusieurs mois durant.


Pression nécessaire

Le démêlé avec cette société débute en mai, après que trois ouvriers n'ayant pas reçu leur salaire aient poussé la porte du syndicat. A la mi-juillet, trois autres effectuaient pareille démarche pour les mêmes raisons.
«Au total, ce sont 13 personnes qui ont réclamé notre aide.» Mise en demeure, discussion avec le patron - par ailleurs aux poursuites pour un montant de 855000 francs! - recours aux Prud'hommes... Unia multiplie les démarches pour faire valoir les droits des ouvriers. Mais si l'entrepreneur, surendetté, reconnaît oralement qu'il leur doit de l'argent, il refuse de signer les documents l'attestant. «Il voulait gagner du temps... Il espérait s'en sortir grâce à un plan de financement que devait établir sa fiduciaire d'ici au 15 octobre prochain. Nous avons dû mettre la pression. Impossible pour les ouvriers et leur famille de continuer comme ça, sans revenu, à vivre sur leurs économies.» La veille du blocage de chantier, Unia fixe un ultimatum à l'entreprise pour qu'elle offre des garanties écrites de paiement, elle qui doit quelque 80000 francs à ses employés. En vain... La société ne donne aucun signe...
Finalement le blocage portera ses fruits. «Nous devrions aujourd'hui récupérer l'argent via le fonds d'insolvabilité. Mais cela pourrait prendre encore plusieurs semaines.»


Sonya Mermoud

 

 

Edition n° 40 du 3 octobre 2012

 
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