La santé au travail doit être améliorée dans l'industrie des machines
Une vaste enquête d'Unia révèle que le tiers des salariés de cette branche souffrent de problèmes de santé et de sécurité

Une importante enquête d'Unia menée dans 77 entreprises de l'industrie MEM montre que le tiers des personnes interrogées souffrent de problèmes de santé au travail, à commencer par le stress, l'épuisement général, les maux de dos, les douleurs articulaires et les maux de tête. Les trois principaux remèdes que préconisent les travailleurs consultés sont: l'amélioration de la manière de diriger, une meilleure formation et la diminution du stress ambiant.

L'enquête d'Unia portant sur la sécurité et la santé dans l'industrie des machines, des équipements électriques et des métaux (MEM) s'est déroulée en 2011 dans 77 entreprises de Suisse romande et alémanique. Au total, 1411 travailleurs ont été consultés par le biais d'interviews menées par les syndicalistes et membres de commissions du personnel ainsi que par le truchement d'un questionnaire très fouillé comprenant 24 questions clés et 121 options à cocher. Le bilan et la synthèse de cette vaste consultation ont été présentés le mois dernier par Manuel Wyss, responsable Unia du secteur chimie et alimentation, lors de la conférence des délégués de l'industrie MEM, à Berne.

Le stress en tête
Les conclusions de l'enquête révèlent que 33,2% des personnes consultées sont d'avis que leurs conditions de travail ont des impacts négatifs sur leur santé. Plus encore, 12,8% de ces travailleurs considèrent qu'ils ne seront pas en mesure d'exercer leur profession d'aujourd'hui jusqu'à l'âge de la retraite. Au palmarès des atteintes à la santé, le stress occupe la première position. En moyenne, 49,1% disent en souffrir. Les femmes, les personnes entre 30 et 39 ans, et les personnes travaillant en équipe sont les plus touchées. Au deuxième rang figure l'épuisement général. Près d'un tiers des salariés consultés en souffrent souvent ou très souvent (31,3%). Ce taux se révèle supérieur pour le personnel temporaire et les travailleurs en équipe (de 41% à 44%). Viennent ensuite les souffrances physiques, à commencer par les maux de dos, les douleurs articulaires et les maux de tête (de 23,6% à 40,1% selon les différents métiers, le genre et les conditions de travail). Les travailleurs en équipe sont davantage que les autres exposés aux maladies du travail. Ainsi les salariés travaillant en deux équipes souffrent plus souvent que la moyenne de troubles du sommeil (32,8%), de problèmes auditifs (24,7%) ou d'états d'anxiété (21%).
En queue de peloton figurent les problèmes de peau (10,4%), les maux de ventre et troubles de la digestion (10,1%) et, tout au fond du classement, les difficultés respiratoires (5,2%).

Trop de pression
Le fait que le stress figure en tête des atteintes à la santé est, selon les personnes interrogées, imputable à plusieurs facteurs. Le manque de main-d'œuvre pour réaliser les tâches assignées est le plus souvent cité (37,7%). Viennent ensuite le manque d'organisation, les changements fréquents de teams et les plannings communiqués trop tard. Le stress engendré par ces situations provoque une augmentation du risque d'accident. Et ce stress débouche souvent sur un épuisement général lorsqu'il s'additionne à l'augmentation du rythme du travail, à la flexibilité des horaires et à la multiplication des heures supplémentaires.
S'agissant de la pression psychologique, 39% l'imputent au manque de reconnaissance de leur supérieur, 37% à la peur de perdre son emploi et 32,9% au surmenage constant. Enfin, le fait que les propositions des salariés pour améliorer la santé et la sécurité au travail ne soient pas prises en compte a été jugé par 34,7% des personnes interrogées comme un risque «élevé» ou «très élevé» pour la santé.
Le défaut de l'organisation de la place de travail est également un facteur de risque considérable: 47,6% des sondés se plaignent de variations de température et/ou courants d'air, 39,4% du bruit, 30,9% des poussières, 26% de charges trop lourdes et 23,7% des nuisances liées à des substances et vapeurs chimiques dangereuses.

Les propositions
Le secrétaire syndical vaudois Yves Defferrard a souligné, lors du débat accompagnant la présentation de l'enquête, le fait que 30 à 40% des personnes ayant subi un licenciement en tombent malade. Il a également rappelé que les maladies professionnelles coûtent chaque année en Suisse 10 milliards de francs, à charge de la collectivité, selon le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco).
Comment améliorer les choses? L'enquête révèle que les personnes interrogées dans leur entreprise considèrent que les trois mesures prioritaires pour la santé et la sécurité au travail sont d'améliorer la manière de diriger, d'offrir une meilleure formation et de réduire la pression psychique. «Les conclusions de cette enquête doivent servir de base dans les négociations de la CCT qui vont bientôt commencer», souligne Corrado Pardini, responsable du secteur industrie à la direction d'Unia. «L'intégrité physique et psychique doit être garantie par l'employeur. C'est un droit que nous exigeons et pour lequel nous nous battons, afin que les intérêts des employés ne soient pas subordonnés à la maximisation du profit.» Le syndicaliste souligne que la promotion de la santé au travail profite à tout le monde car elle alimente la motivation, la productivité et la qualité. Elle doit être le fruit, dans l'entreprise, d'une collaboration étroite entre employeur, employés et syndicat. Elle passe également par l'élaboration d'une convention collective de travail adaptée aux besoins de prévention des accidents et des maladies. Mais aussi de bonnes conditions de travail. Et comme le prouve cette enquête, la santé et la sécurité dépendent aussi et surtout de la garantie de bonnes conditions de travail, d'une formation soutenue et d'un emploi de qualité.

Pierre Noverraz

 

1000 accidents par journée travaillée dans l'ensemble de l'économie suisse

Toutes branches confondues, on enregistre chaque année en Suisse plus de 250000 accidents du travail, autrement dit plus de 1000 accidents par journée travaillée. De plus, chaque semaine, 25 travailleurs deviennent invalides et, chaque mois, 8 salariés meurent des suites d'un accident ou d'une maladie causé par le travail. A ce sombre tableau s'ajoute le fait que 670000 salariés souffrent de douleurs de l'appareil locomoteur et que 34% subissent du stress.
PN



Un peu d'histoire

Le premier acte de l'histoire de la sécurité et de la santé au travail s'est joué en 1877, avec l'introduction de la loi fédérale sur le travail dans les fabriques, sous la pression massive des travailleurs et de leurs organisations. Cette loi a progressivement évolué, jusqu'à servir de base à la loi sur le travail instaurée en 1964, dans laquelle figure l'obligation pour l'employeur de garantir l'intégrité de la santé de leurs salariés. En 1981, un pas supplémentaire est franchi, avec la loi sur l'assurance accident, dans laquelle sont ancrées les règles majeures de prévention des accidents et maladies au travail. En 2007 enfin, une nouvelle pierre est ajoutée à l'édifice, avec la directive MSST (appel à des médecins et autres spécialistes de la sécurité au travail), méthode reposant essentiellement sur l'engagement de l'employeur à garantir des postes de travail sûrs et sains et sur sa volonté de respecter la santé des salariés dans l'entreprise. Ce système a donné lieu à une étroite collaboration entre syndicat et patronat. Les syndicats ont de tout temps joué un rôle primordial dans cette politique de santé, que ce soit dans l'élaboration des lois et des directives ou dans des actions ponctuelles déterminantes, comme l'interdiction de l'amiante en 1990. En outre, les syndicats participent pleinement à la mise en œuvre d'une prévention ciblée dans 40 branches et groupes d'entreprises (solution de branche).
PN

 

 

Edition n° 41 du 10 octobre 2012

 
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