Asile: Gauche, ONG et syndicat divisés sur le référendum
La Coordination genevoise contre l'exclusion et la xénophobie, Stopexclusion, et Unia ont décidé de soutenir le référendum

Le 28 septembre dernier, le Parlement a adopté une série de mesures urgentes relatives à la loi sur l'asile. Les Jeunes Verts, plusieurs ONG, partis de gauche et Unia ont décidé de les combattre par voie de référendum. Le PS veut de son côté laisser sa base décider alors qu'Amnesty International préfère se lancer dans d'autres batailles. Les arguments des uns et des autres et le point sur ces nouvelles dispositions.

Le 10 octobre dernier, les Jeunes Verts et plusieurs ONG ont lancé le référendum contre les mesures urgentes relatives à la loi sur l'asile. Moins d'une semaine plus tard, la Coordination genevoise contre l'exclusion et la xénophobie, Stopexclusion, a annoncé elle aussi participer à la récolte de signatures et agir comme comité référendaire pour Genève. D'autres mouvements et partis se sont encore annoncés depuis. Unia a également décidé de se joindre à la bataille. Les organisations impliquées dans cette démarche sont opposées aux dispositions adoptées le 28 septembre par le Parlement et entrées dès le lendemain en vigueur, toutes synonymes de durcissement de l'asile (voir encadré). Celles-ci sont qualifiées de «bêtes et méchantes» par Aldo Brina, coprésident de Stopexclusion qui, s'il admet que les espoirs de gagner sur ce terrain sont pour le moins maigres, «se résoudre au silence est impossible». «Bien sûr, comme à chaque fois, nos chances sont limitées. Ce n'est pas nouveau. Mais ne pas agir serait pire. C'est l'occasion de faire entendre une voix critique, de manifester une forme de résistance sans laquelle ces changements risquent aussi de passer inaperçus.»

Question de principe
A Unia, la question du soutien au référendum a aussi été largement débattue. «On s'est demandé s'il y avait d'autres pistes à exploiter. Mais lesquelles? Au final, nous avons décidé de prendre part à la collecte des signatures», relève Rita Schiavi, membre de la direction d'Unia et responsable de la politique de migration. «Les mesures d'urgence ne vont pas changer la situation et diminuer le nombre de requérants d'asile. C'est du populisme. Le problème est non seulement exagéré mais ne sera pas résolu. Nous savons que nous avons peu de chance de l'emporter sur ce dossier mais c'est toutefois une question de principe. Il s'agit également de contrer l'image négative donnée des requérants, fréquemment soupçonnés d'abus. Les membres d'origine étrangère d'Unia se sentent eux aussi indirectement touchés. C'est une attaque contre tous les étrangers.»

Lucidité politique?
Son de cloche sur le référendum nuancé au PS. Si, sur le fond, ce dernier se dit opposé aux mesures d'urgence, il n'a pas, à ce stade, annoncé qu'il soutiendrait la démarche. A ce jour, seul son président, Christian Levrat, s'est prononcé négativement sur la question, pour des raisons stratégiques... «Le parti n'a pas pris position. Tout reste ouvert. Le sujet sera probablement débattu lors de la prochaine assemblée des délégués, le 1er décembre. La base décidera», déclare Jean-Yves Gentil, porte-parole du PS. Ce dernier n'exclut toutefois pas que des partis cantonaux prennent d'ores et déjà leurs propres décisions. A l'image de la Jeunesse socialiste genevoise qui soutient le référendum. En y renonçant, le PS ne donnerait-il pas un signal négatif? Jean-Yves Gentil répond à la question par une autre: «L'empathie et la lutte pour les droits fondamentaux exclut-elle la lucidité politique et un brin de stratégie? Faut-il prendre le risque d'aligner les défaites, référendum après référendum, de se battre à chaque échelon?» Un éventuel combat qu'Amnesty International - qui a décidé de ne pas prendre part au référendum - estime aussi contre-productif. Même si l'ONG critique clairement les mesures en question.

Tribune malvenue...
«On ne fera qu'offrir une tribune à l'UDC...» relève Alain Bovard, juriste à Amnesty International, non sans préciser que ce parti a été suivi par le PDC et le PLR. «A chaque fois que des mesures de ce type sont soumises au verdict des urnes, elles sont plébiscitées par une large majorité. Le vote populaire ne fait que légitimer les positions de la droite. Nous préférons recourir à d'autres manières pour manifester notre désaccord. Comme avec notre campagne actuelle "Ça suffit!" qui vise à sensibiliser la population à ce que vivent les réfugiés, pour contrer la désinformation souvent faite par la droite.»
Les référendaires ont jusqu'au 17 janvier pour récolter les 50000 signatures nécessaires. Quelle que soit l'issue de la démarche, ces dispositions demeureront en vigueur au moins un an. 


Sonya Mermoud

 

 

Edition n° 44 du 31 octobre 2012

 
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