Des conteneurs pour pallier la crise du logement
A genève, le projet de loger les plus démunis à bas prix dans des studios mobiles se concrétise peu à peu

L'association genevoise Carrefour-Rue a présenté aux médias le 17 octobre dernier un prototype de studio mobile pensé pour loger les personnes les plus précaires, premières victimes de la crise du logement. Les financements obtenus permettraient de lancer un premier hameau de dix habitations assez rapidement. Reste à trouver un terrain où s'intaller...

La crise du logement fait rage à Genève. Et touche de plein fouet les populations les plus fragilisées, qui se retrouvent souvent dans des situations très précaires. Pour pallier cette crise, l'association Carrefour-Rue, connue pour son action auprès des sans-abri, avait présenté en 2011 un projet d'habitations transportables à bas prix pour les plus démunis. Une idée tout droit inspirée de la «Container City» de Londres ou encore de la cité universitaire au Havre.
Presque un an plus tard, le concept genevois prend forme. Seule différence, les studios mobiles ne seront pas empilés. «Notre souhait est de créer un hameau d'habitat qui permette d'avoir une vie collective, ce que les quartiers n'offrent pas ou plus» précise Noël Constant, fondateur et président de l'association lors d'une conférence de presse tenue le 17 octobre. Le «village» comptera dix studios mobiles avec entre dix et vingt habitants, pas plus. «Les architectes ont imaginé cette configuration pour, d'un côté, favoriser la vie en collectivité et rompre l'isolement, mais aussi respecter la vie privée de chacun», explique Vince Fasciani de Carrefour-Rue. En plus des logements individuels, un lieu commun sera mis à disposition comprenant, entre autres, une machine à laver et une télévision mais aussi un espace de détente et de rencontre où les habitants peuvent se retrouver et «partager des moments de vie».

Responsabiliser les habitants
Un conteneur témoin, arrimé dans un jardin, a permis aux médias de se faire une idée du projet final. Chaque studio mobile, de 14 m2, comprend un coin sanitaire, un coin cuisine, un lit simple ou deux lits superposés, une table et des chaises ainsi que des petits meubles de rangement. Un nid, étroit certes, mais douillet et confortable pour lequel l'association demandera un loyer avoisinant les 400 francs. «Dans le cas où certains ne peuvent pas payer, ils ne seront pas mis à la porte pour autant», rassure Noël Constant.
Les habitants seront accompagnés et épaulés par les membres de l'association, notamment dans l'organisation de moments festifs, mais le but est aussi de les responsabiliser. «Ils doivent, eux aussi, porter le projet pour qu'ils ne dépendent pas que de nous» pense Vince Fasciani. Dans ce cadre, l'idée est de faire régner une certaine harmonie dans ces hameaux, en mélangeant les populations. «Nous ne voulons pas créer des ghettos, donc il y aura des gens dans l'urgence, et d'autres qui le sont moins, afin qu'une vie communautaire puisse se mettre en place.»

La problématique des terrains
Le coût total d'un bungalow neuf s'élève à 13800 francs, sans les meubles et les raccordements. Carrefour-Rue détient les fonds suffisants pour lancer un premier hameau. «Financièrement, nous nous sommes démenés, confirme Noël Constant. Nous avons obtenu des appuis financiers de plusieurs fondations privées.»
Le plus délicat reste à faire: trouver des terrains sur lesquels installer ces hameaux. Aucune date n'est pour le moment arrêtée, mais l'association a actionné plusieurs leviers, auprès du canton, des communes mais aussi des privés. Elle est donc en attente de réponses, un processus qui pourra prendre plus ou moins de temps, mais reste très confiante. «Les freins administratifs sont une réalité mais nous avons pu rencontrer le conseiller d'Etat en charge du logement, François Longchamp, et tous les acteurs ont l'air favorable à cette initiative, se réjouit Noël Constant. Maintenant, il s'agit d'être patient en attendant que les choses prennent forme.»
L'avantage de ces conteneurs, c'est leur mobilité. «Le studio peut être évacué en quinze minutes.» Un argument mis en avant par les instigateurs du projet qui imaginent la possibilité, par exemple, d'occuper des terrains en attente de procédure. «Nous pouvons tout aussi bien nous installer sur un terrain boisé, tant qu'il est viabilisé.» Néanmoins, un «bail» de minimum cinq ans serait préférable selon Carrefour-Rue.
De même, à partir de l'instant où le feu vert est donné, le délai de fabrication et de livraison des conteneurs est de sept semaines. «En comptant leur aménagement et les possibles retards, on peut dire qu'en trois mois, tout peut être bouclé» affirme Vince Fasciani. Un moyen rapide et économique d'agir contre la précarité et l'exclusion sociale. Noël Constant s'y voit déjà. «Pourquoi pas déclencher un éparpillement d'autres projets de hameaux dans la ville?»


Manon Todesco

 

 

Edition n° 44 du 31 octobre 2012

 
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