Emplois sacrifiés sur l'autel du profit
Le personnel de Lonza à Viège en Valais veut se faire respecter

Lonza a annoncé la semaine dernière la suppression de près de 400 emplois sur son site de Viège en Valais. Le personnel exige l'annulation de cette mesure et une prolongation du délai de consultation afin de pouvoir formuler des alternatives. Un préavis de grève a aussi été voté au cas où la direction ne respecterait pas ses exigences.


Coup de massue sur l'emploi en Valais. Mercredi 31 octobre, la direction de Lonza, le groupe chimique bâlois, annonçait la suppression de 395 emplois à Viège. Soit 1 emploi sur 7 dans ce site haut-valaisan comptant 2740 employés. Le soir même, deux assemblées du personnel se sont tenues, à des heures différentes en raison du travail en équipe. Plus de 200 travailleurs se sont réunis et ont affiché leur détermination à lutter contre ces suppressions d'emploi en votant, à l'unanimité, deux résolutions. La première présente leurs revendications en quatre points et la seconde annonce une grève d'avertissement au cas où la direction ne respecterait pas leurs exigences.
Les quatre revendications du personnel sont: l'annulation des suppressions d'emplois prévues, aucun licenciement et pas de tentative d'intimidation du personnel; la fixation d'un délai de consultation raisonnable, jusqu'à fin février 2013, pour permettre au personnel et aux syndicats de formuler des alternatives; l'information ouverte et transparente sur tous les chiffres concernant la marche des affaires; et enfin la création d'une task force placée sous la direction du conseiller d'Etat compétent, avec la commune de Viège, Lonza et les partenaires sociaux.

Soutien du gouvernement valaisan
Lors de la première de ces assemblées, la présidente du Conseil d'Etat, Esther Waeber-Kalbermatten, socialiste, et le démocrate-chrétien Jean-Michel Cina, conseiller d'Etat en charge de l'économie, étaient venus apporter leur soutien au personnel. Le Conseil d'Etat valaisan avait auparavant déjà vivement réagi, affirmant sa «grande incompréhension» face à ces suppressions d'emploi et demandant une entrevue urgente à la direction du groupe. Lors de l'assemblée, Jean-Michel Cina s'est déclaré favorable à la mise sur pied d'une task force. «Ces deux responsables politiques soutiennent également notre demande de prolonger le délai de consultation bien au-delà des misérables deux semaines concédées par Lonza», indique Manuel Wyss, responsable de la branche industrie chimique et pharmaceutique d'Unia. Quant à la menace de grève, Manuel Wyss informe que des réunions entre les représentants des travailleurs, les syndicats Unia et Syna et la direction sont prévues cette semaine. De nouvelles assemblées du personnel auront lieu le lundi 12 novembre. «Nous y présenterons le résultat de ces entrevues et discuterons s'il y a lieu de donner suite au préavis de grève», souligne-t-il.

Des sacrifices... pour plus de bénéfices...
Dès l'annonce du plan de restructuration, Unia a appelé à la résistance contre ce «scandaleux licenciement collectif». Car même si la direction évoque la concurrence de producteurs bon marché, la question des taux de change et la hausse des coûts de l'énergie pour justifier son plan, qui devrait prendre effet dès 2013 pour la plupart des salariés concernés, l'entreprise est loin d'être en difficulté. Au contraire, affirme le syndicat: la production y tourne à plein régime, les installations fonctionnent de manière optimale, la rentabilité avoisine 7,3%, un chiffre supérieur à la moyenne du groupe! Et ce n'est pas tout: durant le premier semestre de 2012, le bénéfice brut s'est élevé à 327 millions de francs et le bénéfice attendu pour toute l'année devrait être de 700 millions! «Il n'est pas acceptable que des chefs mènent des programmes d'économies aux dépens du personnel à cause d'objectifs de rendement excessifs» s'insurge Unia, annonçant que le président du conseil d'administration, Rolf Soiron, viserait ouvertement un rendement d'au moins 10%! Et cela d'autant plus que ces dernières années, le personnel de Lonza a déjà subi des mesures sévères, comme la suppression de 190 emplois en 2010 ou l'augmentation du temps de travail de 1,5 heures par semaine, sans compensation, depuis septembre 2011 à la suite d'un accord passé entre syndicats et direction qui devait prendre fin en février 2013.
Unia et Syna annoncent la constitution d'un comité de soutien interpartis conduit par deux anciens conseillers d'Etat, Thomas Burgener (PS) et Wilhelm Schnyder (PDC), afin d'épauler le personnel de Lonza dans sa lutte. Une pétition est également lancée dans le but de mobiliser la population. 


Sylviane Herranz

 

 

Edition n° 45 du 7 novembre 2012

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page