Dérapage de la sous-traitance sur l'autoroute A16
Unia intervient sur le chantier autoroutier à Bévilard pour dénoncer les pratiques d'un sous-traitant

Des syndicalistes jurassiens et vaudois sont intervenus vendredi sur un chantier de l'A16 à Bévilard (JB) pour dénoncer les pratiques de l'entreprise de ferraillage CR7. Unia reproche à cette entreprise sous-traitante basée à Morges des retards dans le versement des salaires, des samedis travaillés sans compensation ainsi que des trajets non payés. Un cas qui démontre une fois de plus la nécessité d'introduire la responsabilité solidaire.

Vendredi dernier, 9 heures. Un groupe de syndicalistes jurassiens et vaudois débarquent sur le chantier de l'autoroute A16, sur les hauteurs de Bévilard, dans le Jura bernois. Le but est de dénoncer les conditions de travail déplorables que subissent une douzaine de travailleurs portugais engagés par CR7 ferraillage et carottage Sàrl, basée à Morges. «Nous sommes ici pour réclamer des salaires en retard ou partiellement payés, des salaire impayés pour des samedis travaillés et non déclarés à la commission paritaire ainsi que des indemnités pour les trajets quotidiens d'au moins quatre heures qu'effectuent un certain nombre de ces ouvriers», dénonce Armenio Cabete, secrétaire syndical chargé de ce dossier à Unia Transjurane, face à la presse, dont la TV romande, invitée à suivre l'opération.

Problèmes multiples
Le syndicaliste estime à plus de 100000 francs les arriérés de salaire. «Depuis le mois d'août, date du début des travaux, certains ouvriers n'ont touché que 3500 francs en tout. Aucun décompte individuel des salaires n'a été fourni aux travailleurs jusqu'à aujourd'hui.»
Le syndicat exige une régularisation de la situation, le paiement immédiat des arriérés de salaire et le paiement intégral des frais de déplacement.
L'entreprise de ferraillage CR7 est ici sous-traitante du consortium Marti. Le directeur de chantier de ce consortium, Christophe Moor, arrive sur les lieux vers 10 heures. Il déclare regretter le comportement du sous-traitant. «CR7 nous a fournis certains papiers mais il est impossible de tout vérifier.» Sa direction ne fera en revanche aucune déclaration. Pour sa part, le patron de CR7, Francisco Da Silva Pinto, dément avoir commis des irrégularités, malgré les évidences. Il est également dans le collimateur d'Unia Vaud. «Nous avons de nombreux problèmes avec cette entreprise sur d'autres chantiers. Elle doit d'ailleurs comparaître ces jours devant le Tribunal des prud'hommes de Nyon et le Tribunal paritaire à Tolochenaz», note Pietro Carobbio, secrétaire d'Unia Vaud, présent lors de cette action à Bévilard. Avec Armenio Cabete, ce dernier souligne que loin d'être un cas isolé, cette nouvelle affaire de dumping montre une fois de plus la nécessité d'introduire dans la législation suisse le principe de responsabilité solidaire.


Repris par le consortium Marti
A l'issue de l'action d'Unia, les responsables du consortium Marti, le patron de CR7 et les représentants d'Unia ont convenu de se rencontrer ce lundi sur le chantier pour trouver des solutions. A l'heure où nous mettions sous presse, le patron de CR7 s'était engagé à remettre au syndicat, d'ici à mercredi 14 novembre, tous les décomptes d'heures et de salaires des collaborateurs en question, ainsi que leur nom et les chantiers où ils ont travaillé. «S'il n'a pas nié les problèmes, il les a relativisés», commente Armenio Cabete précisant que, dès réception des documents, Unia allait pouvoir déterminer précisément ce que la société devait à chacun. «Nous entamerons alors les démarches nécessaires pour que les arriérés de salaires et les frais de déplacement soient payés.»
De leur côté, les ouvriers avaient ce lundi matin refusé de reprendre leur activité avant qu'une solution ne se dessine. Pour débloquer la situation, le consortium Marti a alors proposé de les reprendre à son compte, via une agence de placement temporaire. Une offre que dix d'entre eux, sur les onze concernés, ont acceptée, se remettant l'après-midi même au travail. Le consortium Marti a par ailleurs promis de verser immédiatement à ces maçons une avance de salaire afin de les aider à faire face à une situation financière difficile. Un geste salué par Unia.


Pierre Noverraz & SM

 

Edition n° 46 du 14 novembre 2012

 
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