Il faut promouvoir de l'espoir
A 80 ans, Pierre Schmid revient sur ses souvenirs de syndicaliste à la FTMH, entre fierté et nostalgie

Un pilier de l'histoire du syndicalisme genevois. Voilà comment on pourrait présenter Pierre Schmid en quelques mots. De jeune ouvrier de l'industrie syndiqué, il passe rapidement au statut de militant à la Fédération ouvrière de la métallurgie et de l'horlogerie puis monte en grade au sein du syndicat et s'engage parallèlement en politique sous l'étiquette socialiste. Une carrière réussie, sans embûche. Une carrière nourrie d'événements marquants, comme sa rencontre avec François Mitterrand, de victoires mais aussi d'échecs. Rieur et doté d'une grande mémoire, Pierre Schmid se rappelle de la manifestation antifranquiste du 5 mai 1965. Il en a conservé un dossier, fait à la main par ses soins, dans lequel il a regroupé photos et articles de presse. Il se souvient aussi de cette manifestation des métallos, convoquée très discrètement, et qui avait rassemblé 4000 travailleurs dans les rues de Genève réclamant de meilleures conditions de travail dans l'industrie. «Les patrons ne nous ont même pas déclaré la guerre, alors qu'on était en pleine paix du travail!» A moitié français, il a aussi beaucoup milité pour la cause des travailleurs frontaliers, qui n'avaient à l'époque aucun statut et aucun droit à des prestations sociales. En tant que député, Pierre Schmid œuvrera pour qu'une partie de l'impôt payé à Genève soit reversée aux communes françaises. «Grâce à cette motion, les communes de l'autre côté de la frontière ont pu construire de nombreuses infrastructures.»

Une autre époque
La politique lui plaisait, mais ce qui le motivait vraiment, c'était son activité de syndicaliste. «Je donnais mon temps d'abord au syndicat.» D'ailleurs, une de ses fiertés est d'avoir réussi à former à Genève la plus grande section syndicale de Suisse dans les années 80 avec quelque 7000 membres. «Nous avions parfois jusqu'à 1000 adhésions par an.» C'était une autre époque, dit-il, déplorant une syndicalisation de plus en plus faible. Un phénomène qu'il explique par la hausse de l'individualisme. «Nous n'avons plus les mêmes repères. D'ailleurs, je n'aimerais pas être secrétaire syndical aujourd'hui. Ils sont confrontés à des situations difficiles voire insolubles. Sans parler des membres qui n'osent plus s'engager par peur de représailles.»
On peut sentir un peu de nostalgie chez ce retraité de 80 ans. «Aujourd'hui, il n'y a plus que des dirigeants syndicaux issus de carrières universitaires, c'est dommage. Certains diront que c'est de l'ouvriérisme mais pour moi, le syndicat doit être la prise en charge des problèmes des travailleurs par les travailleurs.» Cela dit, Pierre Schmid n'a jamais voulu se montrer donneur de leçon. «J'ai mon avis mais je le garde. D'ailleurs j'ai eu la satisfaction de voir qu'après mon départ du syndicat, de nouvelles choses avaient été développées. Il faut rester actif d'un point de vue intellectuel mais il faut savoir décrocher.» C'est pour cette raison qu'il a également décidé de quitter il y a quelques mois la présidence de Cogerim, la coopérative d'habitation qu'il dirigeait depuis 1975. Il reste cependant toujours disponible pour participer à des tribunaux arbitraux. L'un des derniers en date concernait l'affaire des salaires payés en euro aux frontaliers chez Von Roll dans le Jura. «Cette situation est totalement injuste. J'espère que notre jugement servira à freiner les ardeurs du côté patronal.»

Passionné d'histoire
Actif donc, tout en gardant ses distances. Et quand il n'est pas affairé à son bureau aménagé au dernier étage de sa maison, il consacre le reste de son temps à ses petits-enfants qui vivent tout près et à sa femme, Solange, elle aussi ancienne militante syndicale et socialiste. Son autre passe-temps? La lecture. «Je suis passionné par l'histoire et la préhistoire.» On trouve dans sa bibliothèque de nombreux ouvrages sur l'égyptologie mais aussi sur l'histoire du mouvement ouvrier. «Je suis aussi un grand admirateur de Jean Jaurès. Il a jeté un regard sur tous les aspects de la vie, de l'agriculture à l'armée.»
Invité au congrès d'Unia à la fin du mois, Pierre Schmid fait le point sur les acquis sociaux et les avancées obtenus à son époque. «Je serais tenté de dire qu'aujourd'hui, tout est remis en question à cause de la conjoncture économique.» Pour lui, l'assainissement de notre économie doit passer par sa diversification. «Il faut se bagarrer pour le renouvellement de l'industrialisation et de la recherche et promouvoir de l'espoir. On ne peut pas tout baser sur le tertiaire et les banques! Hélas je n'ai pas de recette magique pour cela mais au jour d'aujourd'hui, brandir des drapeaux n'est plus suffisant...»


Manon Todesco

 

 

Edition n° 47/48 du 21 novembre 2012

 
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