Vaud: oui à une convention collective
Sondés par Unia, les employés de la vente revendiquent à 90% une réglementation de leurs conditions de travail

Les résultats de l'enquête lancée par Unia dans le commerce de détail vaudois ont été dévoilés. Outre la demande massive des employés d'ouvrir rapidement des négociations pour une convention collective de travail cantonale, le sondage met en avant leurs revendications, principalement salariales. Eclairages et témoignage d'une employée.

Unia Vaud a récemment présenté les résultats de sa vaste enquête lancée à la fin de l'été dans le commerce de détail. Face à la péjoration des conditions de travail des vendeurs dans le canton, où seules les villes de Lausanne et Nyon bénéficient d'une Convention collective de travail (CCT), l'opération de tractage avait pour objectif de recueillir les revendications des travailleurs de la branche. «Le but premier de ce sondage était de savoir si le personnel de vente était favorable à l'ouverture de négociations en vue d'élaborer une CCT cantonale», précise Muriel Chenaux Mesnier, secrétaire syndicale à Unia Vaud. Et la réponse est oui, à 90%. «Il y a une vraie demande que le secteur soit réglementé afin d'améliorer les conditions de travail.»

13e salaire et 41 heures
Concernant les priorités des employés, elles sont essentiellement salariales. 91% des sondés revendiquent un treizième salaire et 87% veulent la mise en place de salaires minimaux. Elles concernent aussi le temps de travail. Alors que les vendeurs travaillent en moyenne entre 42 et 44 heures par semaine dans le canton, 85% des personnes interrogées souhaitent passer à 41 heures hebdomadaires. A noter que 70% d'entre elles se sont prononcées catégoriquement contre l'ouverture des commerces le dimanche. «Il y a aussi beaucoup de préoccupations autour du travail sur appel, qui se généralise de plus en plus, avec toute la précarité que cela suppose, notamment les difficultés à concilier vie professionnelle et vie privée», ajoute la syndicaliste. «Les employeurs veulent que leur main-d'œuvre soit toujours plus flexible à cause des incertitudes économiques mais cela péjore très fortement les conditions de travail.»
Enfin, 76% des interviewés se sont déclarés en faveur d'une harmonisation des horaires d'ouverture des magasins au niveau cantonal. Rappelons qu'à l'heure actuelle, la réglementation des heures d'ouverture dépend des communes, pas du canton.
A travers cette enquête, le syndicat s'engage désormais à demander l'ouverture de discussions avec la partie patronale pour négocier une CCT. «Le processus ne sera pas facile mais je suis optimiste», confie Muriel Cheneaux Mesnier.

«Des machines à rendement»
Si les employés du commerce de détail sont si nombreux à demander une réglementation du secteur, c'est que leurs conditions de travail ne cessent de se péjorer. En témoigne Nathalie (prénom fictif), gérante d'une boutique de confection dans le canton de Vaud. «Ma responsable ne m'adresse plus la parole car je ne fais pas le chiffre escompté, raconte-t-elle. Les vendeurs ne sont pas traités comme des humains mais comme des machines à rendement.» Il est aussi courant que les employés subissent des pressions. «On joue à qui craquera le premier. Par exemple, comme j'avais beaucoup d'heures supplémentaires, j'ai demandé à avoir congé plutôt l'après-midi au lieu du matin, et on m'a automatiquement donné quatre matinées consécutives de repos. Il n'est pas rare non plus que je sois seule au magasin pendant des heures sans prendre de pause. Cette année, ma responsable a aussi déplacé quatre fois mes vacances à la dernière minute.» Ce projet de CCT tient Nathalie à cœur car cela représente une protection pour l'employé. «Nous sommes sous-payés par rapport à ce que l'on nous demande, renchérit-elle. Au quotidien, on nous répète sans arrêt qu'il faut faire du chiffre, sans quoi on risque de perdre notre place ou notre commission. Cette pression doit s'arrêter. Le problème, c'est que les vendeurs ne sont pas écoutés.»

Manon Todesco


Vaud: les députés rejettent l'ouverture des commerces le dimanche

C'est une victoire pour le personnel de vente! Le 12 décembre dernier, le Grand Conseil vaudois a rejeté à 78 voix contre 37 et 17 abstentions la motion du député UDC François Brélaz qui demandait l'ouverture des commerces deux dimanches durant la période de l'avent. Un non encore plus net qu'il y a trois ans, lorsque les députés avaient dû se prononcer sur un projet similaire. Une décision dont Unia se félicite puisqu'elle freine la volonté de déréglementer les heures d'ouverture des magasins et donc la péjoration des conditions de travail des employés. Celles-ci restant encore très précaires, le syndicat exige l'ouverture rapide de négociations dans le but de conclure une Convention collective de travail (CCT) cantonale pour lutter contre la sous-enchère salariale et améliorer les conditions de travail. A l'heure actuelle, seules les villes de Lausanne et Nyon disposent d'une CCT dans le canton.
MT


A Genève, la surcharge de travail imposée au personnel de vente en ce mois de décembre met en exergue la péjoration des conditions de travail

La période de l'avent est loin d'être magique pour le personnel de vente genevois. Entre les ouvertures nocturnes des commerces et la masse de travail imposée, Noël est plutôt synonyme de calvaire. Ce mois symbolique de décembre est l'occasion pour Unia de dénoncer une nouvelle fois les conditions de travail dans la branche, notamment les conséquences dues au manque d'effectif. «Les patrons ont prétexté des difficultés économiques, comme le franc fort, pour licencier alors qu'on se rend compte que leur chiffre d'affaires a augmenté», indique Audrey Schmid, secrétaire syndicale. Globalement, le syndicat dénonce la baisse des effectifs dans la grande distribution. Par exemple, Coop s'est séparé de 5,5% du personnel dans le retail de Suisse romande entre 2010 et 2011. De son côté, Migros Genève a biffé 6,3% de son personnel de magasin depuis 2008, entraînant une hausse de travail pour chacun des employés de 8% pour la même période. «Le problème est qu'il y a toujours moins de salariés pour faire plus de travail», déplore la syndicaliste.
Le mois de décembre rime aussi avec journées à rallonge. En effet, Unia rapporte que les employeurs profitent des heures en négatif qu'ils font accumuler aux employés tout au long de l'année pour les leur faire rattraper pendant la période de l'avent. «Les employés subissent davantage de pression et effectuent des horaires non contractuels», précise Audrey Schmid.
C'est l'hypocrisie qui est pointée du doigt. «On prétend à une baisse massive du chiffre d'affaires dans le commerce de détail pour péjorer les conditions de travail, dénonce Timothée Besson, secrétaire syndical du tertiaire. Cela va jusqu'à affecter la qualité de la formation offerte aux apprentis ainsi que le service à la clientèle. Il faut que cela cesse!»
MT

 

Neuchâtel: l'extension des heures d'ouverture contre une convention collective

Dans le canton de Neuchâtel, l'assouplissement des horaires d'ouverture des commerces semble se profiler. Après deux échecs consécutifs, le Conseil d'Etat revient avec une nouvelle version de la loi sur les heures d'ouverture des commerces présentée le 13 décembre qui, cette fois, aurait des chances de passer. Ce projet, élaboré en accord avec les partenaires sociaux, prévoit de repousser la fermeture des magasins de 18h30 à 19h du lundi au vendredi et de 17h à 18h le samedi et les veilles de jours fériés. Par ailleurs, il propose de supprimer le demi-jour hebdomadaire de fermeture et d'ouvrir les portes des commerces le 26 décembre et le 2 janvier. Le comité vente d'Unia a décidé de ne pas s'opposer à ces modifications à condition que la Convention collective de travail (CCT) négociée l'été dernier entre en vigueur et soit déclarée de force obligatoire sur tout le territoire cantonal afin d'améliorer les conditions de travail dans la branche. Le syndicat demande au canton de faire son maximum afin que la CCT prenne effet au plus tard au deuxième semestre 2013. Reste au Grand Conseil à se prononcer sur ce projet de loi.
MT

 

 

 

 

 

 

Edition n° 51/52 du 19 décembre 2012

 
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