Les retraités d'Unia se penchent sur l'avenir de l'AVS et du 2ème pilier
Le 21 novembre, plus de 150 membres retraités d'Unia ont répondu à l'appel de leur comité romand pour une journée d'information

Faut-il payer plus pour toucher les mêmes prestations? Faut-il renforcer l'AVS en augmentant les rentes? Faut-il continuer avec les deux piliers, alors que le second est sous l'emprise des marchés? Quelles sont les réformes à apporter à notre système de prévoyance? Telles sont quelques-unes des questions présentes au cœur d'une riche journée ayant rassemblé 150 retraités romands d'Unia.

«Nous sommes réunis aujourd'hui parce que nous sommes tous syndiqués chez Unia. Nous sommes restés syndiqués pour un idéal, nous avons un rôle social et politique à jouer pour la défense de nos acquis dans le domaine des retraites, pour qu'ils puissent être remis en bon état à nos petits-enfants.» C'est avec ces paroles que Jean-Pierre Thorel, président du groupe des retraités d'Unia Genève, a ouvert la journée d'information et de discussion sur l'AVS et le 2e pilier organisée le 21 novembre dernier par le comité romand des retraités d'Unia. Une journée qui a été un véritable succès, s'est réjoui Jean-Paul de Régibus, président romand, car plus de 150 personnes s'étaient rassemblées à la salle des Cantons à Lausanne. Au menu: trois exposés et un vaste débat autour de l'avenir de la prévoyance vieillesse en Suisse, alors que le jour même, hasard du calendrier, le ministre Alain Berset présentait à Berne sa réforme globale du 1er et du 2e pilier.

Payer plus?
Jacques-André Schneider, avocat à Genève, a ouvert les feux en rappelant le système helvétique, basé sur deux piliers. Le premier, l'AVS, créée en 1948, juste après la guerre, basé sur la répartition, soit des rentes versées avec les cotisations encaissées aujourd'hui, permettant une solidarité entre générations. Et le 2e pilier, basé sur un financement par épargne capitalisée et des rentes touchées en fonction de ce que chacun aura cotisé. «Votre génération est la première à pouvoir véritablement bénéficier d'un repos relativement long à la retraite et de disposer d'un revenu de remplacement qui évite la pauvreté liée à la vieillesse qui était une grande question au siècle dernier», a-t-il relevé. Mais pour lui, maintenir ces acquis implique qu'il faudra payer davantage. Notamment parce que l'espérance de vie augmente et que le rapport entre cotisants et retraités est passé de 6 ou 7 salariés pour un retraité il y a 60 ans à bientôt 2,5 pour 1 aujourd'hui. D'où, explique-t-il, les débats en cours autour de la prévoyance: faut-il privilégier le principe de justice redistributive, soit l'AVS, ou le 2e pilier comme le souhaiteraient les néolibéraux?

«Le monde du travail a changé»
«On nous dit qu'il n'y a plus que 2,5 actifs pour un retraité. Mais le monde du travail a changé, et tous les bénéfices faits avec un ordinateur qui remplace sept secrétaires, personne n'en parle. Par contre, les profits vont toujours dans les mêmes poches», a souligné un retraité lors du débat qui a suivi. «En 1947, on ne donnait pas cher de l'AVS. Elle a 64 ans aujourd'hui. A l'époque de sa création, l'écart des salaires était de 1 à 5. Aujourd'hui il est de 1 à 500! De l'argent il y en a, mais il est mal réparti. Il y a toujours plus de pauvres et plus de millionnaires, il faut trouver l'argent là où il est», a surenchéri un alerte octogénaire genevois, applaudi par les participants. Des suggestions d'amélioration ont également été faites, comme celle de soumettre les dividendes des actionnaires à cotisation. Une retraitée s'est indignée face à la hausse de l'âge de la retraite des femmes alors qu'à partir de 50 ans, les gens au chômage ne retrouvent pas de travail. Une autre a répondu à un collègue que donner la même rente aux époux qu'aux personnes seules serait une entorse à la solidarité, et qu'il serait plus judicieux de répartir entre tous, par une hausse des rentes, les 2 milliards que coûterait cette mesure.

Renforcer l'AVS, système unique au monde
Le ton de la journée était donné. D'où l'accueil favorable à la deuxième conférencière, Doris Bianchi de l'Union syndicale suisse (USS), venue présenter l'initiative «AVS plus» qui sera lancée en début d'année. Elle a alerté l'assistance sur les projets du Conseil fédéral sur le futur de l'AVS et du 2e pilier, «un futur assez sombre, avec la hausse de l'âge de la retraite des femmes à 65 ans, une flexibilisation de cet âge vers le haut et à nouveau une baisse du taux de conversion». Et de préconiser de ne pas seulement dire non aux projets du gouvernement, mais de dire comment améliorer la situation des retraités en Suisse, car beaucoup n'arrivent pas à vivre de leur retraite. Doris Bianchi a ainsi plaidé pour un renforcement de l'AVS: «C'est une vraie assurance sociale, permettant de mieux compenser les différences entre riches et pauvres. Elle est basée sur un mécanisme extraordinaire, unique au monde: les cotisations sont versées sur l'ensemble du salaire, alors que les rentes sont plafonnées. Monsieur Vasella paie sur tout son revenu, mais touchera la même rente que les autres» a-t-elle illustré, rappelant la bonne santé de l'AVS.
Aux retraités l'interrogeant sur les raisons de l'USS de se contenter d'exiger avec son initiative une hausse de 10% des rentes, alors qu'il faudrait au moins 20% de plus pour couvrir les besoins vitaux, Doris Bianchi a indiqué qu'il s'agissait de la proposition la plus réaliste, ayant le plus de chance de succès politiquement. Un autre participant a demandé si l'USS serait prête à exiger une réduction du 2e pilier pour donner plus d'importance à l'AVS. «Nous n'avons pas lancé l'initiative avec l'idée de changer l'architecture de la prévoyance professionnelle, a répondu Doris Bianchi. Mais il est clair qu'il faudra revoir la question. Et payer plus dans l'AVS est plus important que payer plus dans le 2e pilier.»

Salariés et rentiers actionnaires
Troisième intervenant, Aldo Ferrari, du comité directeur d'Unia, a défendu le 2e pilier «qui permet à certains collègues d'avoir un régime digne à la retraite». Un second pilier où le «tiers cotisant», soit le rendement des capitaux, apporte une contribution de quelque 15 milliards par année. Il a rappelé que le capital des caisses de pension s'élève à 600 milliards, sans compter les 120 milliards détenus par les compagnies d'assurance. «Comme salariés, nous sommes détenteurs de ces 600 milliards et avons mis les mains dans le cambouis pour gérer ce capital», s'est-il félicité, tout en rappelant qu'il fallait relativiser les discours catastrophistes sur les caisses de pension, qui présentent actuellement un taux de couverture de 107%. Et de relever que sur la durée et malgré les crises, le 2e pilier est viable mais que des correctifs doivent y être apportés, notamment au niveau des frais de gestion et des placements spéculatifs. «50 milliards des caisses de pension sont investis dans des hedge funds. Nous ne pouvons pas continuer à jouer à ce jeu-là, cet argent, personne ne sait où il est» a-t-il dit, en rappelant que les salariés actionnaires avaient des droits et qu'ils devaient les utiliser.
Dans la discussion, des retraités sont intervenus pour demander la suppression du montant de coordination, permettant à certaines entreprises, comme Lidl ou Aldi, d'engager du personnel à temps partiel pour éviter de payer le 2e pilier. D'autres se sont questionnés pour savoir où était la solidarité dans ce système. «Les deux piliers sont indissociables, a répondu Aldo Ferrari. Il est juste que l'on améliore aujourd'hui le 1er pilier, mais ce n'est pas une raison de laisser tomber l'autre. La solidarité dans le 2e pilier existe sur les risques, mais aussi parce que ce sont les salariés qui produisent la richesse du pays et que nous en bénéficions en tant qu'actionnaires.»
«Notre pouvoir d'achat diminue de 1 à 2% par année. La crise actuelle a été provoquée par les spéculateurs, et on nous demande de payer» s'est indigné un participant. «On devrait arrêter de favoriser le rendement de l'argent et revaloriser le travail. On parle de 1er et de 2e pilier, mais les deux se font piller!», a-t-il poursuivi, résumant à sa manière les enjeux de la discussion.


Sylviane Herranz

 

Edition n° 51/52 du 19 décembre 2012

 
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