Un chapeau, c'est comme un point sur un i
Chapelière depuis six ans, Uschi Ruegg a installé son atelier dans une ancienne tour médiévale à Fribourg

Au cœur de la vieille ville de Fribourg, dans une tour historique, Uschi Ruegg confectionne des chapeaux. De toutes les formes. Et pour tous les goûts. Rien ne prédestinait pourtant cette ancienne programmatrice scientifique à ce métier. Mais la magie du lieu et un penchant pour le bricolage et les matières ainsi que des stages ont ouvert la voie...

Elle semble avoir sorti cette idée... tout droit d'un chapeau, rien ne la prédestinant à se lancer dans ce métier. Mais des velléités d'écriture contrariées, en marge d'un parcours professionnel atypique - Uschi Ruegg travaillait comme programmatrice scientifique avant de devenir conseillère en écologie - l'ont conduite à jeter l'ancre sur une nouvelle rive créative. Et l'envie soudaine de fabriquer des couvre-chefs s'est imposée. Quand bien même cette native d'Allemagne, ayant posé ses valises en Suisse par amour, n'en avait jamais confectionnés. Et que son expérience de la couture se limitait à personnaliser ses vêtements par de légères retouches. Pas de quoi démotiver Uschi Ruegg, aussi servie par un extraordinaire lieu pour donner corps à ce nouveau projet: une tour historique faisant partie des remparts de la vieille ville de Fribourg. «J'ai toujours rêvé de posséder un endroit comme celui-ci. La tour a été construite au 13e siècle et a subi plusieurs rénovations. Je l'ai achetée il y a six ans à un particulier et l'ai aménagée. Je voulais d'abord écrire - j'avais déjà rédigé des histoires - mais, une fois l'endroit opérationnel, l'inspiration m'a fait défaut.»

Secret partagé
Qu'à cela ne tienne. Habile de ses mains, bricoleuse, Uschi Ruegg, forte de sa nouvelle idée, décide de se former auprès de chapeliers de la région. D'abord dans un atelier spécialisé dans la confection de modèles en paille tressée, destinés à accompagner des costumes traditionnels. Puis auprès d'un modiste qui l'initie à la réalisation de chapeaux en feutre, à Zurich. Un maître d'apprentissage particulièrement bienveillant puisqu'il accepte alors de lui livrer des secrets jalousement gardés. «Peut-être parce qu'il était âgé... Il faut parfois des années de tâtonnement avant de trouver le bon mélange d'eau et de colle pour qu'il ne laisse pas de traces sur le feutre. J'en ai été dispensée grâce à l'enseignement reçu», raconte la chapelière qui, au terme de ses deux stages, s'est lancée dans l'aventure.

Pour toutes les têtes
En forme de cloche, de crêpe, à bords étroits ou larges..., en feutre, paille ou laine... agrémentés de plumes, paillettes, rubans, voilettes, fleurs ou perles... afin de se protéger du soleil ou tenir sa tête au chaud... pour des occasions spéciales ou le quotidien... Uschi Ruegg confectionne toutes sortes de bibis, hauts-de-forme, chapeaux melon et autres couvre-chefs. Le plus souvent, sur mesure. «Certaines personnes savent précisément ce qu'elles souhaitent, mais la plupart de mes clients essaient différents prototypes en stock et se font conseiller. Le modèle choisi, je fais généralement deux propositions de décoration», poursuit l'artisane affirmant qu'il existe des chapeaux adaptés à toutes les têtes. «Mais parfois, ça prend du temps de trouver celui qui convient le mieux. Il n'y a pas de règles en la matière. Certains peuvent tout porter, d'autres non. Il faut faire des essayages.» La réalisation d'un chapeau prend en moyenne 8 heures qui peuvent être réparties sur plusieurs semaines en raison du processus de fabrication et selon l'inspiration du moment. Quant à son prix, il varie entre 80 et 150 francs.

Mon salaire, leur bonheur
«Mais mon véritable salaire, c'est toutefois de voir des gens quitter l'atelier heureux de leur nouvelle acquisition.» Parmi eux, aussi des hommes. «Ils représentent 20% de ma clientèle et optent le plus souvent pour des modèles classiques et des couleurs sobres.» Reste que si cet accessoire revient à la mode et compte des adeptes de tous âges, nombre de personnes n'osent pas y recourir. «On dit quelque chose avec un chapeau. Il faut avoir du courage pour en porter. Se sentir bien dans sa peau. Le chapeau termine une allure générale. Il est comme un point sur un i», déclare Uschi Ruegg qui, pour sa part, n'en possède pas moins d'une vingtaine. «Surtout pour l'hiver, pour me protéger des averses, et pour les sorties. J'en mets toujours quand je vais au théâtre. Histoire, aussi, de montrer ce que je fais et de donner envie d'en porter», relève la chapelière en faisant la démonstration de quelques-uns de ses trésors. Dont un en rotin rose surmonté d'une plume légère. Ou encore son couvre-chef fétiche, le premier qu'elle a confectionné, en feutre rouge et noir. Mais au fait, comment fabrique-t-on un chapeau?

Tour de passe-passe
«L'étape initiale consiste à immerger le feutre dans un mélange d'eau et de la colle pour le durcir avant de l'essorer et le laisser sécher un jour», explique Uschi Ruegg. «Il faut ensuite le tremper une nouvelle fois dans de l'eau bouillante additionnée d'un produit spécial qui assure une égale répartition du liquide» poursuit la chapelière qui, alliant le geste à la parole, gants de protection aux mains, touille le tissu dans une grande marmite. L'artisane tend ensuite le futur couvre-chef sur une forme en bois - deux types, à bord ou version cloche - veillant bien à éviter les bulles d'air. «Il faut agir vite. S'assurer que le tissu soit bien lisse sinon on verra les imperfections. Il est toutefois possible, le cas échéant, de rectifier le tir en recourant au fer à repasser et à une pâte humide.» Le modèle vierge séché, Uschi Ruegg procède à sa personnalisation, laissant libre cours à son inspiration. Sans omettre, au final, de signer ses œuvres du nom de son atelier, «Au chapeau de la tour». Un lieu magique qui, dans un étrange tour de passe-passe, a transformé l'auteur en panne de mots en créative chapelière. Ouvrant ainsi un nouveau chapitre de sa vie. Et permettant à cette femme qui confie une nature plutôt pessimiste de se changer la tête...


Sonya Mermoud

Au chapeau de la tour, rue de la Lenda 31, Fribourg. Heures d'ouverture, les mardis, mercredis et jeudis, de 14h30 à 17h30 ou sur rendez-vous: 076 431 31 61. Site Internet: www.chapeaudelatour.ch

 

 

Edition n° 51/52 du 19 décembre 2012

 
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