Combattre la crise en ronforçant le pouvoir d'achat
Pour combattre la menace de récession en 2012, les syndicats demandent de lutter contre le franc fort, le dumping et l'injustice

Face à la menace de récession qui plane sur 2012, l'Union syndicale suisse (USS) demande des mesures pour renforcer l'emploi, le pouvoir d'achat, pour protéger les salaires contre le dumping, rétablir l'équité fiscale et alléger les charges des familles, notamment les primes d'assurance maladie. L'USS renouvelle son appel à la Banque nationale pour relever à 1,40 franc le taux plancher du franc face à l'euro, principalement pour soutenir l'industrie d'exportation.

L'Union syndicale suisse (USS) s'attend à une année difficile marquée par une croissance zéro, un taux de chômage atteignant 3,5% et un recul de 0,4% de l'indice suisse des prix à la consommation. «La conjoncture s'est détériorée presque partout dans le monde. La zone euro devrait déjà être entrée en récession. La demande en produits d'exportation suisses se rétracte», déplore Daniel Lampart, économiste en chef de l'USS. «Dans cette situation, avec un franc nettement surévalué, de nombreuses entreprises doivent se battre pour survivre. Celles dont l'existence n'est pas immédiatement en danger disposent de moins de moyens pour l'innovation et l'investissement. De ce fait, les perspectives de prospérité en Suisse sont menacées.» Aujourd'hui déjà, 85% des entreprises industrielles souffrent de cette surévaluation, selon une enquête de l'UBS. Et selon diverses études économiques réalisées l'année dernière, la persistance d'un franc trop fort pourrait se solder en Suisse par la perte de 100000 emplois jusqu'à fin 2013.

Salaires antidumping
Face à ce constat, l'USS a renouvelé, dans une conférence de presse à Berne la semaine dernière, son pressant appel à la Banque nationale suisse (BNS) à relever de 1,20 franc à 1,40 franc le taux plancher pour un euro. Il en va de la préservation de dizaines de milliers d'emplois. Le président de l'USS, Paul Rechsteiner, a critiqué «la passivité difficilement compréhensible de la BNS qui n'a engagé, pour l'heure, que des mesures insuffisantes pour contrer la surévaluation massive du franc suisse».
S'il faut soustraire le franc aux appétits démesurés des spéculateurs, il faut également protéger les salaires suisses, principalement dans les régions frontalières. Ces derniers mois, on assiste à la répétition inquiétante de cas de dumping et à la multiplication des faux indépendants. Il s'agit donc de renforcer les contrôles et les sanctions, mais aussi de généraliser l'usage des salaires minimums. A cet égard, l'Union syndicale suisse salue l'entrée en vigueur, ce 1er janvier, de la convention collective étendue (de force obligatoire) de la branche du travail temporaire. Elle annonce également le dépôt, dans le courant de ce mois, de son initiative pour le salaire minimum à la Chancellerie fédérale. «Son principal point fort ne réside pas dans le salaire minimum légal qu'elle demande, mais dans l'encouragement des conventions collectives. De bonnes CCT ne sont pas seulement un gage de relations stables dans une branche mais aussi le gage d'une plus grande justice salariale», souligne Paul Rechsteiner.

Recul du pouvoir d'achat
Autre signe de dégradation, la consommation privée est en recul. Cette situation est principalement due à une politique publique conduisant à l'affaiblissement du pouvoir d'achat, laquelle touche en premier lieu les bas et moyens revenus. Daniel Lampart a calculé que ces derniers avaient perdu 3 milliards de francs en raison notamment de l'augmentation de la TVA, des primes des caisses maladie ainsi que des coupes dans les prestations de l'assurance chômage.
Cette situation est encore aggravée par le fossé des revenus qui ne cesse de s'élargir. Le revenu réel des familles de condition modeste est aujourd'hui de 800 francs inférieur par année à ce qu'il était il y a neuf ans alors que pendant cette même période, les plus riches ont bénéficié de 9000 francs supplémentaires. «Cette évolution de la fourchette des revenus a deux raisons: l'écart croissant des salaires et la politique fiscale appliquée par les autorités sur le dos des bas et moyens revenus, c'est-à-dire en faveur de la classe supérieure», analyse Daniel Lampart.

1000 francs pour les familles!
L'inégalité sociale est aggravée encore par l'injustice fiscale. Depuis plusieurs années, le poids de l'impôt se déplace sur les moyens et bas revenus alors que les classes aisées et les superriches se voient accorder toute une série de cadeaux fiscaux. Le cas le plus flagrant est tout récent. La réforme de l'imposition des entreprises votée en février 2008 était censée aider les PME pour un total estimé à 85 millions de francs. En réalité, cette réforme s'est transformée en formidable aubaine pour le cercle privilégié des gros actionnaires, lesquels reçoivent un cadeau de plus de 600 millions de francs par année. Le Conseil fédéral a même dû avouer juste avant Noël que le recensement de ces cadeaux fiscaux occupait 15 personnes de l'administration fiscale, des personnes «qui seraient plus utiles à faire rentrer les impôts des riches et des entreprises», note Daniel Lampart. L'USS demande de fermer ce robinet doré et consacrer cet argent à améliorer les revenus des familles ordinaires.

Pierre Noverraz


Les pistes pour éloigner la récession

L'USS propose six mesures pour combattre la récession. En voici le résumé:

• La BNS doit relever le taux plancher pour atteindre 1,40 franc pour un euro. Il sera ainsi possible de réduire la pression sur les salaires et les emplois. La Confédération doit soutenir la BNS, si nécessaire en introduisant un contrôle du mouvement des capitaux ou d'autres mesures administratives.
• En Suisse, ce sont les salaires suisses qui doivent être versés. Ce principe des mesures d'accompagnement doit être appliqué de manière conséquente. Les lacunes doivent être comblées. Il faut que les salaires particulièrement menacés lors des nouvelles embauches soient contrôlés de près.
• La Confédération doit renforcer le pouvoir d'achat. A cet effet, il faut utiliser le solde positif de 1,4 milliard des comptes 2011 de la Confédération. Si ce montant était distribué sous forme d'aide aux primes de l'assurance maladie, une famille de 4 personnes disposerait par exemple de 700 francs de plus.
• Le Conseil fédéral doit réduire les cadeaux fiscaux aux actionnaires induits par la réforme de la fiscalité des entreprises. Les 600 millions ainsi économisés doivent bénéficier à l'ensemble de la population pour stimuler le pouvoir d'achat. Combiné avec la mesure ci-dessus, cela représente environ 1000 francs par famille.
• Le Conseil fédéral doit bloquer toutes les propositions de réduction d'impôts en faveur des hauts revenus, des banques (suppression du droit de timbre) et des gros actionnaires. Ces cadeaux fiscaux sont à la fois injustes et économiquement infondés.
• Les autorités fédérales doivent prendre des mesures afin de redonner sa dimension sociale à l'assurance maladie: personne ne doit payer plus de 8% de son revenu pour les primes. De plus, au lieu d'accorder des allègements fiscaux dans le cadre de l'épargne-logement, il faut plutôt engager des fonds pour la construction de 100'000 logements à prix abordables dont le pays a besoin.

PN/USS



Défendre les rentes

L'érosion du pouvoir d'achat en Suisse touche également les rentes. Le mythe du «vieux riche» ne résiste pas à l'épreuve des faits. La statistique fédérale indique que la moitié des personnes à la retraite ont un revenu inférieur à 3500 francs. «Pour un ménage d'une seule personne, cela peut suffire, mais un couple ne peut guère en vivre», constate Doris Bianchi, secrétaire dirigeante de l'USS. De plus, 12% des rentiers et rentières n'ont ni 2e, ni 3e pilier. Or, la majorité bourgeoise du Conseil national voudrait encore péjorer l'AVS en supprimant son adaptation automatique aux prix et aux salaires. Le 2e pilier est également attaqué avec un nouveau projet de baisse du taux de conversion. Les Chambres fédérales veulent en outre un relèvement de l'âge de la retraite des femmes alors que le marché de l'emploi est des plus asséchés pour les plus de 60 ans. Face à ces tentatives de démantèlement, l'USS préconise un renforcement de l'AVS. Elle présentera un projet dans ce sens, au cours de cette année.

PN

 

 

Edition n° 1/2 du 11 janvier 2012

 
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