Petroplus : éviter un naufrage sur fond de désindustrialisation
Unia demande l'intervention du conseiller fédéral Schneider-Ammann pour le maintien des emplois à la raffinerie de Cressier

La menace de fermeture de la raffinerie de Cressier (NE) se précise. Unia sollicite l'intervention personnelle du Conseil fédéral et s'associe à plusieurs syndicats européens pour demander des solutions permettant d'éviter le naufrage du groupe Petroplus et ses cinq raffineries en Europe.

«Les autorités et les banques doivent tout mettre en œuvre pour trouver une solution permettant la poursuite des activités de la raffinerie Petroplus à Cressier». Au moment où nous mettions sous presse, lundi, Catherine Laubscher, secrétaire régionale d'Unia Neuchâtel attend une réponse du conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann, pressé par le syndicat d'intervenir personnellement dans cette perspective de faillite qui menace 260 emplois directs et environ 500 emplois indirects dans la région. «Ce serait un coup très dur pour ce canton déjà fortement touché par la crise». Unia considère qu'il est du devoir des autorités de s'impliquer dans ce dossier, car cette menace de faillite n'est pas du seul ressort de l'économie privée. Elle met en jeu l'autonomie énergétique du pays, la préservation de son tissu industriel et de son environnement.

Revendications intersyndicales
Pour mémoire, Petroplus, dont le siège est à Zoug, emploie 2500 personnes dans ses cinq raffineries en Europe (Allemagne, Angleterre, France, Belgique et Suisse), avec une capacité de traitement de 667000 barils de pétrole par jour. Fin décembre, les onze banques impliquées dans le groupe (dont UBS, Crédit Suisse et la Banque cantonale de Zurich) ont gelé la ligne de crédit d'un milliard de dollars permettant à Petroplus d'acheter du brut, provoquant ainsi le blocage total ou partiel des activités du groupe. Motif invoqué: des lourdes pertes imputables à la concurrence de sites de production dans des pays à faibles coûts salariaux.
Cinq syndicats européens, dont Unia, ont lancé la semaine dernière un appel coordonné pour demander aux autorités locales et nationales des sites visés par un risque de fermeture de faire pression sur les banques partenaires de Petroplus afin qu'elles libèrent les fonds nécessaires à la poursuite des activités. «Le nombre de raffineries ne cesse de se réduire en Europe, ce qui oblige les Etats à importer de plus en plus de produits finis. Cela a des conséquences non seulement sur les balances commerciales de nos pays mais aussi et en premier lieu sur l'emploi, l'indépendance énergétique et cela affaiblit les efforts consentis par les Etats européens qui vont dans le sens d'une politique environnementale et énergétique fondée sur le développement durable», indique le communiqué commun des syndicats. «Nos syndicats exigent de nos Etats qu'ils protègent et défendent les produits raffinés en Europe. En effet, ces produits respectent les normes environnementales et de sécurité, au contraire des produits importés finis venant de pays sans normes et pratiquant le dumping social.»

Concurrence déloyale
En France, la mobilisation est très forte sur le site de Petit-Couronne, en Haute-Normandie. «Notre production subit la concurrence déloyale des importations de produits qui ne sont pas soumis, comme les nôtres, à des contraintes de sécurité et de protection de l'environnement», tonne Yvon Scornet, délégué CGT. Pour dénoncer ces importations, quelques dizaines de salariés de Petroplus ont bloqué il y a dix jours une partie de l'accès au terminal pétrolier Rubis spécialisé dans l'importation de produits raffinés. Le gouvernement français, par les voix des ministres François Fillon et Eric Besson, s'est engagé dans ce dossier. Une intervention marquée cependant par des visées électoralistes, à quatre mois de l'élection présidentielle. L'intersyndicale a pour sa part demandé un rendez-vous avec le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, pour lui demander que l'Europe empoigne aussi ce dossier. Elles considère qu'il faut taxer le pétrole raffiné importé, dont le volume représente aujourd'hui près de la moitié de ce qui est consommé en France..
S'agissant de la raffinerie de Cressier, Unia souligne que des investissements très importants y ont été régulièrement consentis pour adapter les installations aux normes environnementales les plus modernes. «Le Conseil fédéral a donc intérêt à défendre ce site et à maintenir aussi une autonomie d'approvisionnement énergétique», souligne Catherine Laubscher. Le syndicat s'apprête à diffuser des tracts d'information sur le site et envisage, si nécessaire, d'organiser une assemblée du personnel.

Pierre Noverraz

 

 

Edition n° 1/2 du 11 janvier 2012

 
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