La justice sociale en héritage
Nuria Gorrite brigue un 3ème siège socialiste au gouvernement vaudois. Rencontre avec une femme aux profondes racines

«Avec Novartis, la foudre a frappé chez nous, dans nos familles. Ce qui est extraordinaire, c'est que des gens qui prônaient de lâcher la bride à la finance ont tout à coup rejoint nos idées, les ont reprises et luttent pour empêcher la fermeture du site de Nyon. Les socialistes et les syndicats ont toujours dénoncé cette économie de casino, ce système inique qui écrase les gens. L'union autour de Novartis prouve que notre discours est juste.» Nuria Gorrite est une femme de conviction. Comme syndique de Morges, et comme députée, elle s'est engagée aux côtés des travailleurs de Novartis.
Entrée depuis peu dans la course pour gagner un 3e siège socialiste au Conseil d'Etat vaudois, Nuria Gorrite attend avec beaucoup d'espoir la réponse de la direction de Novartis aux propositions du personnel. Une réponse qui pourrait être connue cette semaine. «Ce serait terriblement choquant qu'elle n'entre pas en matière, d'autant plus que les propositions permettraient de faire les économies escomptées! En cas de refus, le combat continuera. Il y a d'autres armes, comme la grève», souligne cette fille, petite-fille et arrière-petite-fille de syndicalistes.

Origines ouvrières et républicaines
«J'ai bercé dans le syndicalisme depuis ma plus tendre enfance», raconte Nuria Gorrite. «Mes grands-parents étaient syndicalistes. Ils sont arrivés d'Espagne en 1961, quand la Suisse avait besoin de bras pour l'industrie horlogère. Mon grand-père maternel travaillait chez Aciera à La Chaux-de-Fonds et était actif dans la commission ouvrière.» Les parents de Nuria, Rafael Gorrite - qui deviendra secrétaire syndical de la FTMH et d'Unia - et Gloria Duran, avaient 17 ans lorsqu'ils sont arrivés. «Ils se sont rencontrés à La Chaux-de-Fonds, alors qu'ils luttaient pour la libération des prisonniers politiques du régime franquiste», confie-t-elle.
Nuria Gorrite évoque avec beaucoup d'émotion ses racines. Ses arrière-grands-parents maternels par exemple, républicains et militants de la CNT. «Ils ont fait la guerre civile. Mon arrière-grand-père et son frère ont été assassinés par les franquistes. Mon arrière-grand-mère n'a jamais voulu signer le papier disant qu'il s'agissait d'une mort naturelle. Elle voulait qu'ils écrivent: "asesinado por los franquistas". Elle n'a pas cédé, et n'a jamais touché de rente de veuve...» Cette volonté de justice, ce courage, Nuria Gorrite en a hérité. Et sa profonde aversion envers l'UDC s'éclaire à la lumière de ses origines. «Un Etat qui oppresse, qui écrase l'individu, ça m'a toujours marqué. Je pense que c'est pour cela que je me suis d'abord engagée, à 16 ans, chez Amnesty International. Pour lutter contre l'oubli de personnes privées de leur liberté car elles avaient osé s'exprimer», explique Nuria Gorrite qui plaide «pour un Etat bienveillant, régulateur, qui sache redistribuer les richesses.»

Ouverture à l'autre
C'est à 22 ans, alors qu'elle étudie à la Faculté des lettres, qu'il lui est proposé d'entrer au législatif de Morges. «Au départ, je n'étais pas très enthousiaste. Quand on se bat pour de grandes causes, ce n'est pas très attirant de parler d'évacuation des eaux usées», dit-elle en riant. Une séance à laquelle elle assiste dans le public la convainc: «La majorité de droite avait refusé une subvention pour le Théatre Trois P'tits Tours auquel je tenais beaucoup. J'ai alors compris que c'est là que ça se passe, qu'entre les questions de tuyaux et d'eaux usées, il y avait autre chose!» C'est ainsi qu'en décembre 1992, Nuria Gorrite entre au Conseil communal de Morges. Ville où elle vit depuis l'âge de 4 ans et demi, ses parents ayant déménagé sur les bords du Léman à la faveur d'un emploi décroché par son papa, mécanicien de précision. A 28 ans, elle accède à la Municipalité, puis décroche la syndicature 10 ans plus tard, en 2008, en remplacement d'Eric Voruz, élu au Conseil national.
Femme populaire, réélue avec 61,2% des voix en mars 2011, Nuria Gorrite est fière de sa double identité. «J'ai baigné dans la culture espagnole, c'est un plus pour l'ouverture à l'autre. Pour être proche des gens, il faut arriver à ressentir d'autres réalités que la sienne. L'autre a sa valeur, sa richesse, son vécu qui est légitime, quel qu'il soit», dit-elle en fustigeant l'UDC: «Ce qui m'horripile dans la politique d'exclusion de ce parti, c'est qu'il considère l'autre comme une menace, il le méprise, ne cherche pas à le comprendre.»

Ne pas vendre son âme au diable
Nuria Gorrite tire sa force de cette ouverture. Est-elle dès lors plus une femme de consensus que de combat? «On peut être les deux. Il est possible de forger des alliances pour faire aboutir des projets sans vendre son âme au diable. Ce qui compte, c'est le résultat pour les gens.» Une méthode qui l'a conduite par exemple à communaliser les structures d'accueil des enfants à Morges. «Les crèches et les garderies sont un de mes premiers combats. Je n'étais pas encore maman, mais j'avais perçu qu'il s'agissait d'une condition nécessaire à la réalisation de la femme, à son indépendance financière», relève Nuria Gorrite, aujourd'hui maman d'une jeune fille de 14 ans. La candidate s'engage aussi pour la cohésion sociale, mise à mal par la sous-enchère. «Il faut des sanctions plus fortes et plus de contrôles. Comme pour le travail au noir, ce sont les employeurs qui exploitent la misère humaine. La peur doit être dans leur camp!» 


Sylviane Herranz

 

 

Edition n° 3 du 18 janvier 2012

 
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