Indignés, les chômeurs âgés du Jura ne veulent plus rester sur la touche
Ils se regroupent pour défendre leurs droits et se faire entendre des autorités.

Un groupe de chômeurs âgés s'est constitué dans le Jura pour défendre les intérêts et les droits des demandeurs d'emploi de plus de 50 ans, une catégorie trop souvent réduite à l'impasse. Ce groupe demande à être mieux entendu par les autorités et nourrit le projet de créer une entreprise autonome.

Dans le Jura, comme dans la plupart des autres cantons, près d'un tiers des chômeurs ont plus de 50 ans. «A cet âge-là, il est très difficile de retrouver du travail», déplore Eric Prongué. Cadre commercial employé dans le secteur bancaire, puis dans les assurances, ce chômeur de 56 ans parle en connaissance de cause. Ses multiples offres d'emploi restent vaines, en dépit des solides références dont il peut légitimement se prévaloir. Ses compétences sont reconnues. Son expérience et ses qualifications aussi. «Je réponds le plus souvent à tous les critères énumérés dans les offres d'emploi. Mais c'est l'âge qui fait obstacle. Nous sommes considérés comme trop chers. On me l'a parfois dit ouvertement mais le plus souvent, ceux qui refusent de nous engager trouvent d'autres prétextes.» Eric Prongué n'est pas seul dans ce cas. Loin s'en faut. Et c'est précisément pour cela qu'il a décidé de prendre son bâton de pèlerin, pour faire bouger les lignes sous la bannière de la solidarité.

Défense collective
«Nous ne sommes pas écoutés par les autorités. Ignorent-elles la situation des chômeurs âgés ou font-elles semblant de l'ignorer? Dans les deux cas, le résultat est le même. Rien ne bouge. C'est l'impasse.» Le chômeur de Courtételle a dans un premier temps envoyé en juillet une lettre au gouvernement jurassien, lui demandant de prendre ses responsabilités (voir ci-contre). Il a ensuite lancé un appel aux chômeurs dans son cas, les incitant à se rassembler pour défendre leurs intérêts et interpeller les autorités. Plus d'une quarantaine de chômeurs de tous horizons professionnels (ouvriers, chauffeurs, enseignantes, juristes, etc.) se sont ainsi réunis pour une deuxième assemblée mercredi dernier, à Courtételle. Ils ont convenu de se constituer en association et d'écrire des lettres individualisées à l'exécutif jurassien, «car des dizaines de requêtes valent mieux qu'une seule: c'est plus difficile à oublier sous la pile», note Eric Prongué.
Le groupe des chômeurs âgés est soutenu par Unia Transjurane, par la fondation «Intégration pour tous», par Caritas et par l'association «Partenaires pour l'emploi».

Entreprise par et pour les chômeurs
Le groupe de travail nommé lors de la première assemblée n'a pas chômé. Pour preuve, il a annoncé son projet de créer une entreprise destinée prioritairement aux chômeurs de plus de 55 ans, et œuvrant principalement dans la sous-traitance du secteur de la mécanique, de la menuiserie ainsi que dans les conseils et les services à domicile (jardinage, réparation, etc.) Le groupe de travail est déjà en tractation pour la reprise d'une ancienne menuiserie et de ses machines. A cela devrait s'ajouter la création d'un restaurant populaire. Pierre Friedli, cofondateur de la cuisine populaire Ekir, à La Chaux-de-Fonds, a été invité à faire part de ses expériences face à l'assemblée.
La forme sous laquelle se constituera l'entreprise n'est pas encore définie. «Coopérative, Sàrl ou autre? La question est à l'étude.» Quant au financement, il pourrait provenir au départ de dons privés, de fonds institutionnels ou associatifs, d'aides publiques et de différents organismes. Les revenus seraient ensuite générés majoritairement par le produit des activités. «Ce projet paraît énorme, mais si nous restons unis et motivés, je suis convaincu que nous parviendrons à le réaliser», plaide Eric Prongué.

Pierre Noverraz

Informations sur: http://partenairespourlemploi.arso.org/ A noter que Partenaires pour l'emploi offre une aide gratuite aux chômeurs qui ont des difficultés à remplir leur déclaration d'impôts, mercredi 29 février et jeudi 1er mars de 17h30 à 19h30, rue du Temple 19, à Delémont.


La lettre d'Eric Prongué au gouvernement jurassien:

Madame et Messieurs les Ministres,
Permettez-moi par la présente de vous faire connaître les sentiments d'un chômeur de plus de 50 ans et qu'aucune entreprise ne veut engager malgré sa longue expérience professionnelle, à cause de son âge.
Après maintes postulations y compris au sein de l'administration jurassienne, la réponse est toujours la même, à savoir: «Notre choix s'est porté sur un autre candidat!» Il semble que notre canton fasse également partie des entreprises n'engageant plus d'employés de mon âge.
Dès lors, je vous pose la question: «Comment le gouvernement peut-il m'aider à retrouver une place de travail, actuellement, ou lorsque je serai arrivé en fin de droit, plutôt que de finir à l'assistance sociale qui, auparavant, m'aura dépouillé des maigres biens que je possède avant de subvenir modestement à mes besoins?»
Avez-vous déjà pensé aux problèmes que pourrait engendrer une pareille situation, tels que des problèmes de santé, de tentative de suicide, d'insomnie, d'alcoolisme, etc., etc.?
Dès lors, le gouvernement jurassien se doit de réagir rapidement face à cette situation et trouver une solution.
(Suivi des salutations d'usage.)

 

 

Edition n° 5 du 1 février 2012

 
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