La préservation du loup éthiopien dans le viseur
Photographe professionnel, Thierry Grobet se passionne pour le loup en Ethiopie, menacé de disparition

Si Thierry Grobet crie au loup, l'alerte lancée n'est en rien exagérée. «Le loup d'Ethiopie est le canidé le plus menacé du monde et le carnivore le plus rare d'Afrique, en plus d'être le seul loup de ce continent», affirme ce Vaudois de 38 ans, photographe professionnel, qui mobilise aujourd'hui son énergie pour sauver l'animal de l'extinction. Son arme? L'image. Thierry Grobet envisage en effet de tourner un documentaire sur le mammifère, dans le parc national du Bale Mountains, à 400 kilomètres d'Addis-Abeba, la capitale de l'Ethiopie. Le futur réalisateur mettra aussi l'accent sur les interactions du carnivore avec la population locale et son mode de vie. Pour mener à bien sa démarche, il a créé «Nyala Productions», un média consacré à la protection de la nature, qui initie sa vocation avec ce premier film, Un loup pour l'Ethiopie. De passage en Suisse, l'ami du loup mène une campagne de recherche de fonds pour financer son projet, devisé à 28000 francs. Ventes de ses photos transformées en cartes postales et conférences soutiennent sa démarche qui doit aussi profiter aux Ethiopiens.

Fer de lance de l'écotourisme
«L'écologie est un truc de riches dans un pays confronté à des problèmes de survie. Pour que mon initiative rencontre du succès, elle doit avoir un impact économique positif sur la population. Ce métrage servira de fer de lance à la promotion de l'écotourisme comme activité génératrice de revenus et de conservation du loup», précise Thierry Grobet. Avec son film et d'autres supports journalistiques, l'homme espère ainsi attirer un nombre croissant de visiteurs sur ce coin de terre décrit comme magnifique, peu connu et mal protégé. «Aujourd'hui, la plupart de ses habitants vivent de l'agriculture et de l'élevage du bétail. Si le tourisme se développe, il favorisera la création d'emplois dans la restauration, le logement, l'artisanat. Des postes de guide, de ranger verront le jour.» La disparition du loup serait en revanche, estime-t-il, une perte supplémentaire irréversible pour la biodiversité. Mais qu'est-ce qui menace l'élégant animal au flamboyant pelage? Ce carnivore roux mi-chacal, mi-renard dont on ne compterait plus que quelque 500 spécimens sur l'ensemble du territoire éthiopien.

Territoire grignoté
«Les raisons de son déclin sont essentiellement liées à l'homme», répond Thierry Grobet expliquant que, l'herbe se faisant de plus en plus rare, les éleveurs de bétail ne cessent de grignoter le territoire du loup. «Quelque 10000 personnes vivent désormais dans le parc national de Bale Mountains, occupant des terres à plus de 3500 mètres d'altitude, où le loup était au préalable à l'abri. En plus des nuisances liées à la présence des humains dans son habitat naturel, le loup est confronté aux maladies transmises par les chiens accompagnant les troupeaux dont la rage qui, en 2003-2004, a causé la mort de 65 spécimens.» Autre problème soulevé: l'accouplement parfois de chiens avec des loups, dégradant le patrimoine génétique de l'animal. Mais si le carnivore est en péril, des menaces pèsent aussi sur la population. «A terme, quand tout l'espace disponible aura été épuisé, elle devra trouver d'autres moyens de subsistance. L'écotourisme en est un.»

Le cœur battant
Si Thierry Grobet a toujours été épris de nature - à l'âge de dix ans il a reçu ses premières jumelles et passé beaucoup de temps dans la réserve de Champ-Pittet, près d'Yverdon, d'où il est originaire - le loup exerce sur lui une fascination particulière. «Peut-être parce que c'est l'animal qui symbolise le plus la liberté, la vie sauvage», relève le photographe qui a eu l'occasion d'observer le carnivore dans plusieurs pays. En Ethiopie, il l'a aperçu la première fois en mai dernier. «Ce que l'on fait alors? On court se cacher et on regarde, le cœur battant... Une belle émotion», s'enthousiasme-t-il, relevant que ce «renard rouge», comme le nomment les gens du cru, ne se montre pas trop farouche. Et que, contrairement à ses pairs, il chasse le jour, le plus souvent seul, se nourrissant essentiellement d'une variété de rats-taupes géants.

Loup, y es-tu?
La mobilisation de Thierry Grobet pour le carnivore de la corne de l'Afrique relève quant à elle d'un concours de circonstances. Outre son intérêt marqué pour cette bête et la photographie animalière, c'est la rencontre avec sa compagne, travaillant pour l'Onu dans la capitale éthiopienne, qui l'a conduit à s'installer l'an dernier dans cette ville et à initier son projet. Ayant travaillé pour différents médias dans nos frontières et réalisé régulièrement des reportages à l'étranger, le Vaudois devrait retourner à Addis-Abeba d'ici quelques semaines. Mais il sera le plus souvent à arpenter les paysages lunaires du Bale Mountains - «la marche est le seul sport qui ne m'ennuie pas» - que les rues de la capitale. Des expéditions pour traquer amicalement l'animal fétiche, caméra au poing, aux côtés de collaborateurs éthiopiens. Et en rêvant peut-être, de temps à autre, à un bon morceau de gruyère, ce qui lui manque le plus dans son pays d'accueil avec les quatre saisons. Pas de quoi en faire un fromage...

Sonya Mermoud


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Edition n° 5 du 1 février 2012

 
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