Bobby Sands, jusqu'à la mort
Un livre retrace le parcours émouvant de cet ouvrier indépendantiste irlandais, mort en prison d'une grève de la faim

Il y a un peu plus de trente ans, Bobby Sands meurt en prison après 66 jours de grèves de la fin à l'âge de 26 ans. Ce jeune carrossier irlandais se battait pour l'indépendance de l'Irlande du Nord mais aussi pour les droit des opprimés du monde entier. Un livre récemment traduit en français retrace en détail le parcours de cet homme devenu une icône planétaire des combats pour la liberté et la dignité.

Cinq mai 1981. La nouvelle se répand comme un trainée de poudre autour de toute la planète. Bobby Sands, militant de l'IRA, est mort dans sa cellule de Long Kesh à l'issue d'une grève de la faim de 66 jours. Le choc est immense. De New Delhi à Mexico en passant par Rome et Lisbonne ainsi que dans certains états américains, les parlements nationaux observent des minutes de silence.

Un livre passionnant
Qui est ce jeune ouvrier qui a passé neuf ans de sa vie en prison pour son engagement politique ? Qui est cet intraitable militant des droit civique qui inspirera des hommes de la tempe de Nelson Mandela ? Curieusement, bien que son combat soit célèbre, peu d'ouvrages lui ont été consacrés. Le journaliste et professeur d'université américano-irlandais Denis O'Hearn a comblé cette lacune en publiant en 2006 une biographie remarquablement documentée et truffée de témoignages. Ce livre vient de faire l'objet d'une traduction français parue fin 2011 sous le titre « Bobby Sands, jusqu'au bout », aux éditions de l'Epervier - CETIM. « Ce livre est très narratif, il se lit comme un polar tout en restant précis et basé sur des références en béton », note sa traductrice, Julie Duchatel qui l'a présenté le mois dernier à la librairie Espace Noir, à Saint-Imier. « Derrière le militant courageux, armé d'une force de conviction et d'une détermination impressionnante, on découvre aussi un homme émouvant qui écrit des poèmes clandestins en dépit de condition de détention terrifiantes ». Bobby Sands a croupi dans une cellule minuscule, privé de tout contacts et objets d'humiliations, de vexations, de mauvais traitements, de rétorsions. Il a refusé de de se soumettre à la violence et à l'injustice britannique. Comme ses autres camarades emprisonnés, il s'est battu pour faire reconnaître sa qualité de prisonnier politique. Avec eux, il a refusé de revêtir l'uniforme des détenus de droit commun et a vécu pratiquement nu dans sa celle, hormis une toile cache-sexe. Comme eux, il a fait le grève de l'hygiène, refusant de se laver et allant jusqu'à couvrir les murs d'excréments . Comme eux enfin, il a mené une grève de la faim. Sans merci. Fatale pour lui, pour neuf autres prisonniers. Margareth Thatcher, Premier ministre britannique d'alors, est restée inflexible, insensible, sourde comme elle l'a été face aux mineurs en grève. Tout cela, le livre le raconte avec à la fois avec l'émotion du vécu quotidien et la mise en contexte de la situation politique de l'Irlande du Nord à cette époque.

La poésie défie la mort
Militant issu des milieux ouvriers catholiques, Bobby Sands a adhéré très jeune à l'IRA, l'armée de libération irlandaise, pour participer à la protection de son coin de rue face aux exactions des loyalistes. A 16 ans, il entame son apprentissage de carrossier à Belfast. Mais une année plus tard, il est incarcéré pour avoir participé à des opérations armées du mouvement. Dès lors, à part une parenthèse de liberté de six mois, il passera le reste de ses jours en prison, sous l'effet d'une condamnation à 14 ans d'incarcération pour détention d'armes.
En prison, je jeune militant apprend le gaélique et se forge une culture historique, littéraire et politique importante. Le livre, explique comment ses convictions indépendantistes s'élargissent, deviennent révolutionnaires, anticapitaliste, anti-impérialistes. Il critique la politique expansionniste de Ronald Reagan et de Margareth Thatcher et plaide pour unité ouvrière face à la tyrannie. Peu avant sa mort, le jeune prisonnier remporte une élection au parlement national, ce qui atteste à la fois de sa popularité et du cynisme du gouvernement Thatcher.
« Bobby Sands, comme cette magnifique biographie nous le rappelle, a été un héros pour le monde entier et l'est encore jusqu'au cœur de Belfast. Nous avons pleuré quand il est mort, mais il a souri au nez de la tyrannie et il nous enseigné le sens le plus profond de la camaraderie », constate Mike Davis, professeur d'histoire à l'Université de Californie.
Pour son dernier anniversaire, en prison, Bobby Sands a demandé à Liam Og de lui apporter un livre de poèmes d'Ethna Carberry. Il a précisé. « C'est vraiment tout ce que je veux. Ma dernière volonté, comme on dit. Certains demandent des cigarettes, d'autres à avoir les yeux bandés, ton ami te demande de la poésie ».

Pierre Noverraz

Livre « Bobby Sands, jusqu'au bout, Les Editions de l'Epervier (CETIM. 29.-

 

 

Edition n° 6 du 8 février 2012

 
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