Nos centres sont des usines à idées
Fabio Cattaneo, animateur à Pôle sud, le centre socioculturel de L'Union syndicale évoque un métier riche et passionnant

Pôle Sud, le centre socioculturel de l'Union syndicale lausannoise, situé en plein cœur de la ville, est un peu la caverne d'Ali Baba des échanges entre les cultures et les générations. Passée la porte de l'ancienne bâtisse au regard tourné sur le Flon, un foisonnement d'activités en cours ou en devenir se dévoilent. Des activités menées dans les différents étages du lieu, mais aussi à l'extérieur, sur des places lausannoises par exemple où des jeux du monde ont été installés avec un groupe de migrants, ou à la campagne où les enfants sont invités à des balades et des vacances. Six animateurs socioculturels travaillent à Pôle Sud. Parmi eux, Fabio Cattaneo, Lausannois d'adoption, au petit accent chantant, dévoilant des origines tessinoises, qu'il cultive et dont il est fier.

Travail voué au collectif
Comme ses autres collègues, il est occupé à temps partiel. A-t-il donc un autre emploi? Fabio rit de cette question, entendue mille fois, et révélant la méconnaissance du public sur sa profession. «Animateur socioculturel est un vrai métier, souligne-t-il. Je l'ai appris à la fin des années 70 à l'Ecole d'études sociales et pédagogiques de Lausanne. C'est un métier complexe, de généraliste, d'écoute de ce que les gens disent, de leurs souffrances, de leurs envies, de ce qu'ils revendiquent. C'est un métier d'action aussi. Pour que les gens se mobilisent et pour ne pas laisser certains sur le carreau, sans qu'ils puissent avancer. C'est le sens par exemple de nos cours d'informatique.» C'est aussi une profession en perpétuel changement, explique Fabio Cattaneo. «Ce qui m'a toujours plu dans l'animation, c'est qu'il s'agit d'un travail qui se voue au collectif, contrairement à l'éducation, plus individualiste.» Et s'il travaille à 75%, «c'est un choix de vie», dit-il.
«Les mots forts de mon métier sont: émancipation, organisation des usagers autour de choses faites ensemble et du besoin de se rencontrer, de parler, de retrouver sa dignité. Nous ne sommes pas des thérapeutes, nous cherchons à créer des liens, des étincelles entre les gens. Et nous offrons des lieux qui le permettent», précise Fabio Cattaneo, évoquant aussi ses années passées au centre de rencontre de Bellevaux-Entrebois. «Un centre mal vu, dans un quartier mal vu, qui était pourtant un quartier génial!». Un quartier populaire où, raconte-t-il, l'une des préoccupations du centre est depuis toujours l'intégration. «Dans ses statuts de 1952, il était déjà question d'intégration... mais des Confédérés», sourit-il.


L'éphémère, une force
Le métier d'animateur n'est pas non plus celui d'un «amuseur public», dont la tâche serait d'occuper les gens après leur travail. «Aujourd'hui, beaucoup de personnes n'ont pas de boulot. Nos centres socioculturels offrent une autre activité occupationnelle», indique-t-il, tout en égrenant les multiples possibilités offertes par Pôle Sud: informatique avec la mise à disposition d'ordinateurs et formations diverses en la matière, formation en vidéo et cinéma, promotion de la santé, cours de français pour migrants, ateliers de poterie et de peinture, théâtre amateur, échanges multiculturels et activités pour enfants.
«Nos centres sont des usines dans lesquelles naissent les idées, elles se partagent, se concoctent, se traduisent en actes, parfois éphémères, mais l'éphémère est aussi une force!»
A Pôle Sud, Fabio Cattaneo s'occupe de l'Atelier d'ici et d'ailleurs, l'Aida, né dans les années 2000. «C'est un lieu où l'on favorise la rencontre des cultures, suisses et étrangères, et étrangères entre elles. Des gens vivant ici, ou partis travailler sur d'autres continents et qui reviennent, des militants de diverses causes s'y retrouvent et sont mis en relation», note l'animateur. Ces échanges se réalisent lors de conférences, de débats, ou encore par la projection régulière de films latino-américains et africains. «C'est un lieu qui s'enrichit par le public lui-même», se réjouit Fabio Cattaneo.
Pour gérer les innombrables facettes de Pôle Sud, chaque animateur est responsable d'un domaine d'activité. «Ici, il n'y a pas de hiérarchie, nous travaillons en cogestion», dit-il, tout en rappelant que le centre est financé pour une large part par la Fondation pour l'animation socioculturelle lausannoise, la FASL, gérant seize centres aux spécificités diverses.

Origine ouvrière
Et la spécificité de Pôle Sud est son origine ouvrière. «Le centre de loisirs de l'USL a été créé à la fin des années soixante à la place de la Palud, où se retrouvait une petite troupe de théâtre amateur devenue le Vide-Poche.» L'animateur précise que la compagnie du Vide-Poche est l'une des trois troupes abritées aujourd'hui par Pôle Sud. Les liens actuels avec l'USL se concentrent essentiellement dans le comité où siègent plusieurs syndicalistes. «Ils sont la tête pensante, les défenseurs de l'éthique de Pôle Sud, tout en laissant une grande marge aux professionnels sur les choix quotidiens», souligne Fabio Cattaneo qui souhaiterait un développement de ces liens, par le biais d'activités communes par exemple.

Sylviane Herranz


Activités de Pôle Sud à découvrir sur le site: www.polesud.ch ou en passant au centre, av. J.-J. Mercier 3, à deux pas de la sortie du métro du Flon.

 

Edition n° 7 du 15 février 2012

 
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