Oui aux 6 semaines de vacances
Unia soutient l'initiative populaire

«Tous les travailleurs ont droit à des vacances payées de six semaines par an au minimum»: tel est le texte qui sera inscrit dans la Constitution fédérale si le peuple suisse accepte l'initiative de Travail.Suisse soumise à votation ce 11 mars. Tour d'horizon des arguments qui plaident en faveur d'un oui sans réserve.

En matière de vacances et de jours fériés légaux, la Suisse est le parent pauvre du continent. Ces congés sont de 29 jours dans notre pays alors qu'ils s'élèvent par exemple à 40 jours en Finlande et 38 en Autriche. Quant au volume de travail, les salariés de Suisse figurent en tête du peloton européen, avec une moyenne de 44 heures par semaine contre 41 en Autriche, 40 en Allemagne, 39 en Italie et 37 en France.
Ces chiffres légitiment la nécessité d'élargir le minimum légal des vacances en Suisse. Pour l'heure, elles sont fixées à 4 semaines et à 5 semaines pour les apprentis. L'initiative lancée par Travail.Suisse et soutenue par Unia et l'Union syndicale suisse (USS) demande de passer à six semaines au minimum pour tous.

Toujours les mêmes jérémiades
Le Conseil fédéral et le Parlement (à majorité de droite) se sont non seulement opposés à cette initiative mais ils ont également refusé tout compromis, comme celui de garantir un minimum de 5 semaines de vacances pour les travailleuses et les travailleurs de plus de 50 ans.
Les milieux patronaux conservateurs et ultralibéraux combattent eux aussi cette réforme. Ils ressortent les habituelles jérémiades sur les coûts insupportables qu'elle sera censée engendrer. Ces milieux ressassent ces mêmes arguments depuis plus d'un siècle, à chaque fois que se dessine la perspective d'un progrès social. Si on les avait écoutés, il n'y aurait jamais eu de vacances, ni d'AVS, ni de semaines de cinq jours de travail. Tout était toujours de nature à ruiner l'économie du pays. Le camp patronal invoque également le fait que la question des vacances doit être réglée par les conventions collectives de travail (CCT). Très bien! Mais il est piquant de constater que les milieux les plus prompts à se réclamer aujourd'hui de ce partenariat social sont souvent les mêmes qui s'emploient à vouloir casser ou péjorer les CCT.
Précisons que le nombre de jours de vacances inscrit dans la Constitution n'est et ne restera, quoi qu'il arrive le 11 mars, qu'un minimum légal, un plancher. Les CCT pourront bien sûr continuer à prévoir des conditions plus favorables.

C'est mérité
L'initiative syndicale qui passe au vote ce 11 mars prévoit un passage progressif aux six semaines de vacances. La durée minimale des vacances sera portée à 5 semaines la première année puis augmentera d'un jour par année. De quoi laisser aux entreprises privées et publiques le temps de s'adapter.
Ces six semaines n'ont rien d'un cadeau. Elles sont méritées. La productivité en Suisse est en hausse constante. Elle a augmenté de 21% au cours de ces vingt dernières années alors que durant la même période les salaires n'ont augmenté que de 6,4%. Ces efforts soutenus se paient par une augmentation des problèmes de santé, dus en particulier au stress. Selon une étude du Seco (Secrétariat d'Etat à l'économie) réalisée en 2010, un tiers des travailleuses et des travailleurs souffrent de stress chronique, 7% de plus qu'il y a dix ans. La compétitivité globalisée, dopée par l'exigence de profits toujours plus élevés, génère la précarité de l'emploi, la pression sur le travail, l'accroissement de la flexibilité. Cela se répercute sur la santé des travailleurs. Le Seco, dans une étude datant de 2007, a estimé le coût de cette pression à 10 milliards de francs par année. Les vacances sont un bon moyen de décompresser, de se ressourcer, de privilégier les liens familiaux, la vie associative et la santé.
«D'année en année, notre travail génère davantage de profit. Pourtant les salaires ordinaires ne progressent que très peu. Seuls les plus nantis se sont enrichis», constate Paul Rechsteiner, président de l'USS. «Il est temps que des avancées soient faites au profit du plus grand nombre, non seulement en matière de salaires, mais aussi de vacances.» Reste à espérer que cet appel sera entendu le 11 mars prochain.

Pierre Noverraz


Les trois points qui fondent le « oui » d'Unia

• Nous travaillons de plus en plus mais ce sont surtout les actionnaires et les dirigeants qui en profitent. Nos salaires n'augmentent pas dans les mêmes proportions. Avec l'initiative «6 semaines de vacances pour tous», nous en récupérons une part.

• Nulle part en Europe, les droits légaux aux vacances ne sont aussi faibles qu'en Suisse. A travers l'initiative syndicale «6 semaines de vacances pour tous», nous obtenons que les travailleuses et travailleurs de Suisse bénéficient des mêmes temps de repos que dans l'ensemble de l'Europe.

• Le stress, les tensions et la pression rendent malade. Plus de vacances nous permettent de mieux récupérer. L'initiative «6 semaines de vacances pour tous» est au service de la santé des travailleuses et des travailleurs.

Unia

 

 

Edition n° 8/9 du 22 février 2012

 
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