Le renforcement du
Unia soutient le projet d'amélioration de ce label soumis ce mois au Parlement fédéral

Le Conseil national va se prononcer dans huit jours sur le projet Swissness visant à durcir les critères permettant d'obtenir le label «Swiss Made» dans l'industrie. Unia s'est associé à la Fédération horlogère pour soutenir publiquement ce projet qui représente une garantie pour l'emploi et la solidité de la place industrielle helvétique.

«Swiss Made»? Vraiment? Introduit en 1971, ce label principalement utilisé dans l'horlogerie ne peut pas tenir ce qu'il promet. Du moins pas suffisamment. Et pour cause, pour l'obtenir, il suffit de prouver que 50% du mouvement, au moins, est fabriqué en Suisse. Ainsi, certaines montres presque exclusivement produites à l'étranger peuvent s'en prévaloir à bon compte (voir l'illustration ci-contre), car il n'y a pas de seuil fixé pour la plus-value globale de la montre. Les utilisations abusives de la marque «Suisse» ne cessent d'augmenter.

Soutien syndical
Face à cette situation, la Fédération de l'industrie horlogère suisse (FH) porte depuis quelques années le projet de rehausser l'accès à ce label. Ce projet, baptisé Swissness, sera examiné le 15 mars prochain par le Conseil national. Les élus devront se prononcer sur un relèvement de 10% des exigences permettant d'accéder au Swiss Made, autrement dit que 60% du produit soit fabriqué en Suisse.
Unia s'est associé à une conférence de presse de la FH, le 16 février dernier, pour appuyer publiquement ce projet. Face aux médias, Corrado Pardini, membre de la direction du syndicat, a souligné qu'un label renforcé va dans le sens de l'innovation et de la qualité et qu'il renforce ainsi la place industrielle suisse et ses emplois. Il a rappelé que «les syndicats ont toujours soutenu haut et fort la place industrielle suisse, contrairement à de nombreux directeurs et organisations économiques, qui ont menacé ou déjà commencé dans les années 1980 et 1990 à délocaliser des milliers d'emplois dans des pays à bas salaires en Europe de l'Est et en Asie, au nom de la valeur actionnariale, menaçant la place économique suisse».

Menaces infondées
Ce renforcement a également le mérite d'asseoir la crédibilité du label suisse. «Les consommateurs qui achètent une montre suisse veulent non seulement acquérir la qualité qui caractérise nos produits, mais aussi et surtout obtenir la garantie que la montre est fabriquée en Suisse», plaide Jean-Daniel Pasche, président de la Fédération de l'industrie horlogère suisse, laquelle regroupe plus de 500 membres, soit plus de 90% de l'ensemble des fabricants suisses d'horlogerie (montres, horloges, mouvements, composants, etc.). Si la nécessité d'un durcissement du Swiss Made fait l'objet d'un large consensus, elle n'en est pas moins combattue dans l'industrie horlogère par une minorité constituée d'une vingtaine de fabricants réunis sous l'appellation IG Swiss Made. Ces derniers brandissent notamment le spectre d'une augmentation des coûts de production en arguant que cela se traduirait par une pression sur les emplois, avec le risque de délocalisations. Des arguments que réfute Hanspeter Rentsch, membre de la direction de Swatch Group: «Si la part de plus-value suisse augmente, les opérations industrielles qui ont été partiellement délocalisées en Extrême-Orient devront être rapatriées. Cela signifie qu'en Suisse, des emplois supplémentaires d'un haut niveau qualitatif seront créés avec des investissements correspondants.»

Partenariat pour un avenir industriel
Corrado Pardini note pour sa part que les entreprises soumises à la convention collective emploient 85% des salariés de l'horlogerie et qu'elles sont toutes favorables à la réforme du Swiss Made. «Les entreprises qui ne dépendent d'aucune convention collective veulent par contre diluer le projet Swissness et menacent de délocaliser des milliers d'emplois à l'étranger. Cela est réellement absurde, en termes de l'évolution de l'emploi, si l'on considère le succès de l'horlogerie suisse depuis la grande crise structurelle des années 1970.» Et effet, le nombre de postes de travail dans l'industrie horlogère a passé de près de 33000 à quelque 49000 en l'espace de ces vingt dernières années. «Depuis des dizaines d'années, la Fédération horlogère ne prend pas seulement fait et cause pour la place économique suisse, elle soutient également la place industrielle et le partenariat social avec une convention collective très progressiste», souligne Corrado Pardini.
D'une manière générale, le syndicaliste rappelle que toute politique de développement industriel crédible et durable doit passer par le partenariat social, par le respect des conditions de travail. «Une industrie prospère et innovante est une industrie qui s'acquitte également de ses obligations sociales avec une convention collective qui garantit des conditions de travail et des droits syndicaux socialement modernes et protège les travailleurs syndiqués contre les licenciements et les discriminations sur le lieu de travail.» A bon entendeur...


Pierre Noverraz

 

Edition n° 10 du 7 mars 2012

 
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