Trois nouveaux licenciements brutaux chez Tesa
Pour une énième fois, Unia s'insurge contre les méthodes de l'entreprise: trois nouveaux collaborateurs licenciés sans motif

Après le licenciement de deux délégués de la commission du personnel devenue exsangue, trois nouveaux employés de Tesa ont été mis à la porte, de manière abusive selon Unia. Tensions et pressions ne cessent de monter dans l'entreprise d'instruments de mesure de précision.

«Tu as peur d'être licencié?», lance en demi-boutade une employée de Tesa à son collègue qui fait mine d'entrer dans l'usine sans s'arrêter devant la délégation de secrétaires syndicaux d'Unia qui, en ce petit matin pluvieux du 4 avril, distribuent des tracts pour dénoncer les licenciements abusifs et les violations de droits syndicaux. L'employée, fidèle au poste depuis de nombreuses années, relève: «Je n'ai jamais vu ça. Les pressions sont telles que tout le monde a peur de perdre son poste. Tu dis quelque chose qui ne leur plaît pas et ils te foutent dehors.» C'est ce qu'ont vécu les trois employés de la production qui distribuent des tracts pour dénoncer les méthodes de la direction, avec entrain, devant le parking de l'entreprise d'instruments de mesure de précision sise à Renens. Tous trois ont été licenciés le lundi 19 mars avec effet immédiat et raccompagnés illico presto aux portes de l'entreprise. «J'étais sur le cul! C'était le choc», lance Jérôme*. «Nous sommes trois pères de famille. Ça fait deux semaines que je ne dors pas. Il y a des gens qui péteraient les plombs pour moins que ça!» Pedro*, lui, relève qu'il se battra jusqu'au bout pour faire respecter ses droits et réparer les torts moraux subis.

Motifs houleux
Les raisons à ces licenciements expéditifs? Les lettres reçues après coup ne mentionnent aucun motif. Lors des rapides entrevues entre les employés licenciés et la direction, celle-ci a relevé qu'ils ne correspondaient plus au profil de Tesa. Alors que deux des travailleurs avaient reçu récemment des louanges sur leur travail. «En ce qui concerne les licenciements, nous ne sommes pas habilités à commenter publiquement leurs causes, et ceci pour d'évidentes raisons de confidentialité et de protection de la personnalité», relève pour sa part Floriane Jacquemet, porte-parole de l'entreprise.
Ces congés s'appuieraient aussi sur une discussion tendue qui a eu lieu le vendredi 16 mars, soit quelques jours avant les licenciements. «Nous discutions travail et on s'est lancé une vanne. On a rigolé un peu. A ce moment-là notre responsable de secteur est passé près de nous...», raconte Pedro. «Il nous a menacés. Et j'ai juste demandé à ce qu'il reste poli...», renchérit Jérôme.
Au-delà de cette querelle, l'arrivée d'une nouvelle direction il y a quelques mois serait la source de nombreuses tensions. Pedro: «La peur des représailles fait que les gens se taisent pour sauver leur place de travail. La direction a peur que l'on soit soudé, et donc utilise un régime militaire. Ils ont réussi à dissoudre la commission du personnel, et à nous imposer des horaires de travail plus stricts...» Horaires qui auraient dû être discutés avec la commission du personnel comme le stipule la Convention collective de travail (CCT).

Licenciements abusifs
«La direction cherche à museler l'ensemble des travailleurs», renchérit Abdou Landry, secrétaire syndical à Unia Vevey. «Dans leurs dossiers, rien ne justifie un licenciement. Pour nous, ce sont des licenciements abusifs.»
Entre autres griefs, Unia relève aussi l'arrogance de la direction, la négation du dialogue social et la remise en question de la légitimité du syndicat à défendre ses membres. Abdou Landry raconte que lorsqu'il s'est retrouvé devant la direction pour parler des trois licenciements, cette dernière lui a demandé de présenter ses lettres de procuration, alors qu'il avait les dossiers des trois employés avec lui. «Nos relations avec Tesa, en tant que partenaires sociaux, n'ont jamais été aussi formelles. Depuis un an environ, il y a de gros changements. A chaque fois que je tente d'atteindre des membres de la direction, on me dit qu'ils sont en Chine. La question qui vient à l'esprit est celle d'une éventuelle délocalisation...» A cette crainte, la porte-parole de Tesa, Floriane Jacquemet, renvoie au communiqué de presse de l'usine daté du 23 janvier. Celui-ci annonce des investissements de plus de 3,5 millions de francs à Renens, dont 1,5 million dans une nouvelle halle entièrement automatisée. Reste que les travailleurs continuent à craindre pour leur emploi.

Aline Andrey

* Prénoms fictifs à la demande des intéressés, car ils sont à la recherche d'un nouvel emploi.



Une commission du personnel détruite

En ce 4 avril, l'action d'Unia fait suite au licenciement des trois employés. Mais pas seulement. Pour rappel, deux délégués de la commission du personnel ont été licenciés l'automne passé. Le Tribunal civil a été saisi, la conciliation n'ayant pu aboutir. Depuis, tous les délégués, à l'exception d'un seul, ont démissionné, écœurés et usés par les pressions qui ont commencé dès leur lutte contre l'augmentation à 45 heures de travail hebdomadaires sans compensation au motif de la crise et de l'affaiblissement de l'euro, et en vertu de l'article 57.4 de la Convention collective de travail de la métallurgie (CCT MEM). «La direction a fini par renoncer à cette mesure, mais a réussi à liquider la commission d'entreprise», relève Abdou Landry.
L'élection récente de la nouvelle commission du personnel est, elle, entachée de suspicion. «C'est étrange. On a choisi un ouvrier, et c'est lui qui a récolté le moins de voix. Alors qu'un autre a été élu, sans que personne ne le connaisse...», relève une salariée révoltée. «La direction a mis en place un candidat qui représente la direction, même si cette dernière ne le reconnaît pas, puisque lors d'une négociation sur les salaires il y a quelques années, il y avait participé en tant que membre de la délégation patronale», s'insurge Abdou Landry. A ces critiques, Tesa se contente, par l'entremise de sa porte-parole, de mentionner que «la commission d'entreprise a été élue par le personnel selon le règlement de la convention collective, rédigé en accord avec Unia».
Plus généralement, la nouvelle CCT sera négociée dès cet automne. L'occasion de revenir sur ces points défaillants et notamment l'article 57.4 et l'insuffisance de la protection des délégués du personnel. Abdou Landry: «Aujourd'hui, la proposition est d'augmenter de 6 à 12 mois le montant des indemnités maximales en cas de licenciement. Mais ce n'est pas l'argent qui fera reculer les patrons. La meilleure des protections serait d'exiger la réintégration quand le délégué est licencié pour ses activités syndicales, comme le prévoit la convention internationale de l'OIT. La bataille doit donc se mener au niveau du renouvellement de la CCT, mais aussi au niveau parlementaire.»

AA


Collecte solidaire

En novembre 2011, suite au licenciement des deux délégués du personnel de Tesa (dont Jennifer présente sur la photo), Antonio Cajada et Celio Rodrigues (de gauche à droite) de la commission d'entreprise de Novartis à Prangins ont lancé, en signe de solidarité, une collecte au sein de leur entreprise et auprès de l'assemblée nationale du Parti socialiste. Ce montant a été remis fin mars.

 

 

Edition n° 16 du 18 avril 2012

 
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