Engagement syndical constructif
Elu à la présidence du comité horloger d'Unia, le Chaux-de-Fonnier Christian Weber incarne la volonté d'un partenariat social

A chaque question que lui pose L'Evénement syndical, il prend le temps de réfléchir calmement, de choisir ses mots, de les peser. Christian Weber est manifestement habité par un souci de clarté et de précision. Goût d'exactitude hérité de son poste de contrôleur de qualité qu'il occupe chez Ismeca à La Chaux-de-Fonds ? Ou prudence cultivée sur les chemins de montagne par cet homme qui présida la section locale du Club alpin suisse ? Sans doute les deux.

 
Dans la tourmente
Christian Weber vient de prendre la présidence du comité horloger d'Unia Région Neuchâtel, un groupement qui avait pratiquement disparu mais que les syndicalistes neuchâtelois ont décidé récemment de ranimer. « J'ai accepté de mandat parce que cette démarche va dans le sens d'une prise de responsabilité des militants de base du syndicat.» Né en Ajoie, père de deux filles, ce chaux-de-fonnier de 57 ans a débuté sa carrière par un apprentissage de radioélectricien et a occupé plusieurs emplois dans des entreprises d'appareils électroniques, de montage d'antennes et de machines. Il travaille depuis dix-sept ans chez Ismeca, entreprise du groupe Schweiter Technologies, spécialisée dans l'équipements pour l'industrie du semi-conducteur. Il préside la commission du personnel. Une tâche « intéressante ». Eprouvante parfois. En particulier en automne dernier, lorsque l'entreprise annonce sa volonté de licencier 35 personnes, pour cause de délocalisation d'une partie de ses activités en Malaisie, où le groupe est déjà implanté. « Nous avons contesté ces licenciements car le travail ne manquait pas. La direction a fait valoir qu'elle n'avait pas le choix, qu'elle perdait de l'argent en raison du taux de change trop défavorable du franc suisse et que cette mesure servait à éviter le pire. Nous avons pu voir les chiffres. Je dois reconnaître que l'argument était malheureusement pertinent. Du coup, avec le concours du syndicat, dont je souligne qu'il a fait preuve d'une grande efficacité, nous nous sommes attachés à limiter les dégâts . Nous sommes parvenus à réduire le nombre des licenciements de 35 à 20 par le biais des départs naturels en 2012 et 2013.  Nous avons également réussi à négocier un plan social alors qu'au départ, il n'était question que de compensations pour des pertes relatives à la caisse de pension. Le directeur du site a manifestement été sensible à la question du partenariat social  et à la préservation du savoir-faire et de la motivation du personnel. ». Christian Weber souligne également la mobilisation déterminante de ses collègues. « Sans elle, nous n'aurions pas obtenu grand-chose ».
Membre du comité d'Unia Région Neuchâtel, délégué à la Conférence horlogère, Christian Weber est entré au syndicat il y a une quinzaine d'années « J'ai entendu un jour le dirigeant de l'organisation patronale Schneider-Ammann, aujourd'hui conseiller fédéral, dire à la radio que les syndicats ne servaient plus à rien. C'était une provocation. Il l'a d'ailleurs reconnu par la suite. Mais cela a provoqué  un déclic. Je me suis dit : c'est le moment ou jamais d'adhérer au syndicat. »

 
L'appel du désert
L'engagement du chaux-de-fonnier en faveur de la justice sociale et la chose publique est marqué par une ouverture d'esprit et un sens des relations humaines qui ont été trempés dans l'expérience des voyages. A 23 ans, avec des copains, il traverse le Sahara pour aboutir au bout de trois mois à Abidjan. « On s'était endetté pour acheter une Land Rover ». Quatre ans plus tard, il remet ça, cette fois avec une Peugeot 505 qu'il revendra en Côte d'Ivoire après avoir traversé le désert par Adrar et le Mali. En 1983, Christian Weber réalise un périple de 10 mois en Asie, effectuant le tour des Annapurna, visitant le Ladakh, Calcutta et le Bangladesh. « Ces voyages m'ont appris à me méfier des clichés. Le monde est beaucoup plus complexe qu'on le pense. L'approche de la vie est différente selon les cultures ». Autre enseignement : l'empathie. « Je me sens davantage touché par ce qui se passe dans le monde. Je suis par exemple frappé par le drame qui se joue actuellement au Mali ». L'impact est d'autant plus fort que Christian Weber, passionné de lecture, est plongé  ces jours dans l'ouvrage du Malien Amadou Hampâté Bâ,  « L'enfant Peul ». Qu'il s'agisse de la réalité d'ici ou d'ailleurs, ce syndicaliste aime la comprendre. Et essaie de la rendre meilleure.
 

Pierre Noverraz

 

 

 

Edition n° 17 du 25 avril 2012

 
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