Mobilisation chez le parfumeur Givaudan
Les travailleurs de Givaudan n'ont pas obtenu la hausse salariale souhaitée mais des garanties pour la reprise du dialogue

«Tout travail mérite salaire, mais un salaire à la hauteur des efforts consentis!» Les employés de Givaudan à Vernier (GE) ont exigé mercredi dernier que leur employeur partage le gâteau avec eux. Car le groupe, numéro un mondial des arômes et parfums, a réalisé, à l'instar d'autres sociétés de la chimie, d'excellents résultats en 2011 et a versé 200 millions de francs à ses actionnaires. La cause du mécontentement est l'offre salariale de la direction jugée insuffisante au vu de conditions de travail de plus en plus dures, avec une flexibilité extrême, des délais raccourcis, du stress, des tensions.
Contrairement aux années précédentes où avaient lieu de vraies négociations salariales, la direction avait annoncé unilatéralement qu'elle n'accorderait que 1,25% d'augmentation salariale (soit entre 60 et 110 francs par mois) en 2012. Le personnel, exigeant une hausse de 120 francs pour tous, avait refusé par deux fois cette proposition. Sur les 850 employés que compte le site de Vernier, seulement 365 sont soumis à la CCT interne de l'entreprise et concernés par ces hausses. Les autres, sous contrat individuel, négocient seuls leurs salaires.
Lors de son assemblée du 24 avril, le personnel sous CCT avait décidé de prendre des mesures de lutte pour obtenir davantage. La première a été l'organisation, le 2 mai, du rassemblement convivial autour d'une grillade aux portes de l'entreprise. Plus de 150 salariés y ont pris part. Des employés en contrat individuel ont également exprimé leur solidarité avec leurs collègues, malgré les menaces de la direction qui, dénonce Unia, les aurait avertis que leur participation à la grillade serait considérée comme une adhésion au moyen de lutte.

Promesses de dialogue
Le lendemain de cette action, une nouvelle assemblée générale, réunissant plus de 200 salariés, devait décider de la suite à donner au mouvement. «Au début de l'assemblée, la direction est venue dire qu'elle ne bougerait pas d'un iota sur son offre», explique Frédéric Loyrion, secrétaire syndical d'Unia. «Selon elle, une hausse plus élevée mettrait en péril le site. Mais c'est un argument qu'elle nous sert depuis 20 ans! Et on le voit, dans les cas de Novartis ou de Merck Serono, ce sont des décisions politiques des entreprises qui priment, pas les salaires», poursuit-il.
Lors du vote, 96 travailleurs se sont prononcés pour la poursuite des mesures de lutte et 104 pour leur arrêt et l'acceptation des 1,25% de hausse. Un vote serré. «Ce qui a fait pencher la balance, ce n'est pas la menace sur les emplois, mais les promesses faites par la direction de renouer avec le dialogue social dans l'entreprise, au niveau des cadences, de l'organisation du travail, du respect des salariés», indique le syndicaliste. Ainsi, une fois par mois, une rencontre est prévue entre la délégation syndicale - constituée d'un président, de deux vice-présidents et de 25 délégués - et la direction du site. Les canaux de communication à l'interne doivent également être rétablis. «Il faut maintenant qu'elle tienne ses promesses; on suivra cela de près», ajoute Frédéric Loyrion, saluant la solidarité et la forte participation des travailleurs aux assemblées et à l'action qui ont permis de faire passer le message. 


Sylviane Herranz

 

 

Edition n° 19/20 du 9 mai 2012

 
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