La Grande Table, c'est le vivre ensemble
A Morges, le 17 juin, se tiendra la 6ème Grande Table, moment de rencontre entre citoyens suisses et étrangers

A Morges, les préparatifs de la 6e édition de la Grande Table vont bon train. Cet événement, mis sur pied par la Commission consultative Suisses-Etrangers, voit affluer tous les deux ans des milliers de personnes attirées par les saveurs et les musiques du monde. Rencontre avec quatre de ses organisateurs.

La Grande Table? C'est l'histoire d'un succès, celui de l'intégration, de l'engagement et de la rencontre des cultures. Un succès aussi par l'affluence inattendue qu'elle a attirée, dès sa première édition en 2002, et qui a pour cadre la cité lémanique de Morges-la-Coquette. Une coquette qui s'enorgueillit non seulement de ses tulipes printanières, mais également de ses communautés étrangères, de ses migrants d'hier et d'aujourd'hui.
«Notre municipal, Yves Paccaud, président de la Commission consultative Suisses-Etrangers, a vécu comme étranger à Barcelone. A son retour, il nous a raconté que lors de la nuit de la St-Jean, au début de l'été, les gens sortaient les tables et la nourriture dans la rue. Et tout le monde se retrouvait là à faire connaissance et à fêter. Nous nous sommes dit que nous pourrions faire quelque chose de pareil ici. C'est de là qu'est née l'idée de la Grande Table», explique Jacky Amato, responsable de son organisation, avec une dizaine d'autres personnes de la Commission Suisses-Etrangers (CCSE). «Nous avons décidé d'organiser cette Grande Table un dimanche de juin à la Grand'Rue. Les communautés étrangères locales ont été invitées à proposer leurs spécialités culinaires. Lors de notre première Grande Table, 15000 personnes sont venues. Nous avons été débordés, à 14 heures, il n'y avait plus rien à manger! Cela dépassait toutes nos espérances!» se souvient le Sicilien d'origine, en plein préparatifs de la 6e Grande Table qui aura lieu le dimanche 17 juin prochain.

Découverte des cultures
Vu l'importance du travail bénévole qu'elle représente, la Grande Table se tient tous les deux ans. La fréquentation a toujours oscillé entre 10000 et 15000 personnes. La veille de l'événement entre 40 et 50 personnes installent les tréteaux, les tentes protégeant le public du soleil ou de la pluie, les stands sur les 400 mètres reliant le Château au Temple. Une quarantaine de stands culinaires des cinq continents permettent de déguster et de humer les saveurs du monde. Cette année, des spécialités portugaises, péruviennes, des Balkans ou encore de Singapour ou du Vietnam seront proposées. Des groupes folkloriques animeront aussi ce prélude au solstice d'été.
«L'objectif est de découvrir les cultures par la nourriture et la musique», souligne Sylvie Trudu, épouse de Francesco Trudu, membre lui aussi de la CCSE où il représentait le syndicat FTMH puis Unia. Tous deux sont actifs dans l'organisation de cet événement convivial, qui demande de longs mois de préparation. «La Grande Table, c'est un moment très folklorique, très coloré. Elle fait l'intégration, le vivre ensemble», ajoute Giuseppe Cossetto, pionnier de la CCSE.
Sylviane Herranz

6e Grande Table, dimanche 17 juin de 9h à 18h à la Grand'Rue de Morges. Par n'importe quel temps.

 

 

Un but: l'intégration

Giuseppe Cossetto, «Italien et Morgien de Morges» comme il aime à se nommer avec une petite pointe d'accent vaudois, est l'un des fondateurs de la Commission consultative Suisses-Etrangers (CCSE). Il a été approché en 1976, en tant que président de la Colonie libre italienne, par l'abbé et le pasteur de la ville. Ces derniers avaient eu connaissance de la création d'une telle commission à Yverdon. Une lettre a été adressée au syndic de l'époque, Xavier Salina. «Presque un an après, en 1977, il nous a convoqués, moi pour la Colonie libre et les présidents du Centre espagnol, du Cercle italien et de la Mission catholique italienne. Une commission pour étudier la faisabilité du projet a été constituée. Mais ce n'est qu'en 1981 que la CCSE a été créée. Je crois que la commune n'avait pas tellement envie. Ils avaient un peu peur...» raconte Giuseppe Cossetto, arrivé à Morges de son Piémont natal en 1951, à l'âge de 17 ans.
La commission, présidée par un municipal, compte aujourd'hui 22 membres, parmi lesquels des représentants des autorités, des associations d'étrangers, des partis, des commerçants, du syndicat, des églises. «Notre but, c'est l'intégration», note Giuseppe Cossetto. Depuis l'introduction, en 2004, du droit de vote et d'éligibilité communal dans le canton, le rôle consultatif de la commission a cédé de la place aux activités favorisant l'accueil et l'intégration. Outre les moments de rencontre, comme la Grande Table et une soirée tropicale en automne, elle propose des cours de français pour adultes et des cours de soutien pour les jeunes.
La commission aide également les étrangers sur le chemin de la naturalisation. Elle a publié un livre à cet effet, «Le Pays où je vis»*, diffusé aux communes du canton. «Nous préparons les nouveaux citoyens et les étrangers qui veulent devenir Suisses pour les examens. Notre livre est moins barbant que le Chevallaz», rigole Jacky Amato. Etonnamment, bien qu'arrivé en Suisse il y a bientôt 50 ans, il fait partie avec Giuseppe Cossetto des trois membres de la CCSE à ne pas avoir la double nationalité. «En Italie, ils donnent la nationalité à nos épouses. Ici, on doit l'acheter... Mais je suis le plus Morgien des Italiens!»
SH

* Le livre peut être commandé, au prix de 8 francs, au 021 801 31 47. Plus d'informations: www.ccse-morges.net

 

 

Edition n° 23 du 6 juin 2012

 
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