Un débrayage et une manif plus tard, la grève...
Plusieurs centaines d'employés ont fait grève mardi 12 juin, fâchés de n'avoir pas été consultés sur leurs propositions

Durcissant leur mouvement, les employés de Merck Serono ont, mardi, mis leur menace de grève à exécution. Ils ont ainsi débrayé pour protester contre l'absence d'entrée en matière sur leurs propositions d'alternatives à la fermeture du site, propositions remises à la direction le 4 juin dernier. Les responsables ont annoncé de leur côté qu'ils ne se prononceraient pas avant le 19 juin. Le samedi 9 juin, quelque 400 manifestants ont par ailleurs défilé à Genève pour dénoncer les licenciements massifs et la passivité des autorités. Un débrayage d'une heure a aussi eu lieu quatre jours avant.

Nouvel épisode de lutte dans la saga Merck Serono. Mardi 12 juin, plusieurs centaines d'employés ont fait grève. Ils entendaient ainsi protester contre la non-entrée en matière sur leurs propositions d'alternatives à la fermeture du site. Car si la direction a annoncé rendre sa réponse le 19 juin, elle n'a pas suggéré rencontrer le personnel pour parler du contenu de ses projets. «On n'appelle pas ça une procédure de consultation», s'indigne Joël Varone, secrétaire syndical d'Unia Genève. Dans ce contexte, une grande partie des collaborateurs de l'entreprise ont débrayé. Cette décision a été prise la veille lors de l'assemblée générale du personnel à la quasi unanimité (500 participants en faveur de la grève, 50 abstentions), dans une ambiance tendue. « Les employés ont vivement déploré l'absence d'interlocuteurs sur leurs projets de sauvetage des emplois », note le syndicaliste. Mégaphones, drapeaux, banderoles, et chorégraphie à l'appui, ils ont alors le lendemain déserté leur poste de travail, fustigeant une nouvelle fois l'attitude du groupe qui, bien que faisant des bénéfices, licencie massivement. L'après-midi, les grévistes ont manifesté devant le bâtiment de l'Organisation des Nations Unies où devait se rendre le conseiller fédéral Johann Scheider-Ammann, attendu à une séance au Bureau international du travail. Rappelons que le ministre de l'Economie fait partie de la task force mise sur pied par l'Etat genevois qui s'est réunie pour la première fois ce même mardi. «La grève votée le 11 juin lors de l'assemblée du personnel avait pour but de faire pression et sur Merck Serono, pour qu'il prenne au sérieux les propositions des employés, et sur les élus politiques», renchérit le syndicaliste, fâché du message que nombre d'autorités ont fait passer dans les médias, laissant entendre leur impuissance devant la décision de l'entreprise. «On assiste au plus important licenciement collectif dans le bassin lémanique et le monde politique ne bouge presque pas... On devrait pouvoir pénaliser financièrement les entreprises qui restructurent alors qu'elles font du bénéfice.»

Pas une fatalité
Une attitude de passivité aussi décriée par des représentants de la gauche genevoise ayant pris part, aux côtés de quelque 400 salariés de Merck Serono, à la manifestation organisée le samedi 4 juin dans la cité de Calvin. Parmi ces derniers, Manuel Tornare, conseiller national PS, Rémy Pagani d'Ensemble à gauche, maire de Genève, ou encore Anne Emery-Torracinta, candidate socialiste au Conseil d'Etat. Parlant d'une même voix, ils ont estimé, pour leur part, que la fermeture du site n'était pas une fatalité. Et qu'autorités cantonales et fédérales devaient agir de concert.
Scandant des slogans tels «bénéfices records, employés dehors», les manifestants ont reçu plusieurs témoignages de soutien à leur démarche, applaudis au passage par des passants ou encouragés par les klaxons d'automobilistes. Quelques jours avant, le 5 juin, ils avaient donné un autre coup de semonce en débrayant une heure durant. Alors que le 13 juin, une pétition munie de milliers de signatures contre la suppression de postes chez Merck Serono était remise au Département fédéral de l'économie exigeant que les employés passent avant les actionnaires.


Sonya Mermoud

 

 

Edition n° 24 du 13 juin 2012

 
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