A vélo jusqu'au Portugal, le coeur dans ses bagages
Le syndicaliste Armenio Cabete a entamé son parcours de 2500 km. Un voyage au bénéfice d'une association d'enfants cardiopathes

Le secrétaire syndical jurassien Armenio Cabete a enfourché son vélo le 2 juin à Bévilard (JB) pour rejoindre sa région natale, au Portugal, par les chemins de Saint-Jacques de Compostelle. Un voyage de 2'500 km qu'il dédie à l'Association jurassienne des parents d'enfants cardiopathes, via un appel aux dons d'un franc par kilomètre parcouru.

Sa passion pour le vélo est au moins égale à celle qu'il voue à la solidarité. Armenio Cabete a aujourd'hui le bonheur de marier l'un et l'autre, en plaçant sous le signe de la solidarité le parcours dont il a toujours rêvé : rejoindre à la force du mollet sa région natale, Figueira da Foz, au Portugal, par les chemins de Saint-Jacques de Compostelle. « L'Evénement Syndical » l'a rencontré juste avant son départ, le 2 juin dernier, dans l'immeuble locatif qu'il habite, sur les hauteurs de Bévilard, dans le Jura bernois.

Solidarité
« J'avais ce projet depuis longtemps. C'est un parcours mythique, un beau défi humain et sportif », explique Armenio Cabete. Responsable du secteur de la construction à Unia Transjurane, ce syndicaliste de 52 ans, père de trois enfants, a ainsi cumulé des vacances, de quoi lui permettre de boucler son voyage en 50 ou 60 jours et de s'offrir, en bouquet final, un petit séjour chez les siens, dans son village natal. Au départ, Armenio n'avait pas imaginé que ce défi pourrait servir aux autres. C'est au hasard d'une discussion avec sa collègue secrétaire syndicale, Dominique Perrin, qu'il a décidé de donner à son périple une dimension solidaire. Cette ex ouvrière spécialisée dans la boîte de montre est en effet active dans l'Association jurassienne de parents d'enfants cardiopathes (AJPEC), un groupement bénévole qui s'occupe d'aider concrètement et moralement les familles dont les enfants souffrent de cette terrible maladie du cœur. Elle connaît les difficultés et la douleur de ces familles pour avoir elle-même, il y a huit ans, perdu sa fille Fanny, alors âgée de treize ans, décédée des suites de sa cardiopathie. Armenio a été touché : « il ne nous a pas fallu réfléchir longtemps pour convenir d'offrir à cette association un soutien financier à travers le versement de dons de un franc par kilomètres parcouru ». La formule est symbolique. En clair, chacune et chacun peut en fait verser ce qu'il veut sur un compte spécialement ouvert pour l'occasion (voir ci-contre). Avec l'appui de la direction d'Unia, les deux protagonistes de ce « tour du cœur » ont envoyé des appels aux syndicalistes pour qu'ils soutiennent cette démarche.

Galet symbolique
Armenio Cabete compte effectuer des étapes de 40 à 50 km par jour ponctuées par des haltes dans des gîtes : « Mais je ne me fixe pas de contrainte. Tout dépendra de la météo, de ma forme physique, de mon mental et des difficultés du terrain ». Il a emporté dans ses sacoches 18 kilos de matériel allant du sac de couchage aux vêtements en passant par des cartes, des crèmes et même un petit galet qu'il a ramassé spécialement au bord du lac de Bienne. Il entend le déposer sur un site espagnol où les voyageur des chemins de Saint-Jacques sont invités à marquer leur passage par ce souvenir minéral.

Syndicaliste à 14 ans
Même si son caractère réservé lui interdit de le dire, il faut savoir que parcourir 2'500 km à travers des chemins souvent difficiles n'est pas à la portée de n'importe quel quinquagénaire. Mais Armenio s'y est préparé. Cela fait bientôt vingt ans qu'il fait régulièrement du vélo. « J'ai commencé pour perdre du poids. Et puis j'y ai pris goût ». Jusqu'à devenir accro. Preuve l'année dernière, il a parcouru pas moins de 6'000 km.
Les derniers kilomètres que fera Armenio lui rappelleront le chemin qu'il empruntait à vélo, à 14 ans, lorsqu'il se rendait pour travailler dans une menuiserie, sa caisse à outils sur le porte-bagages. « J'ai quitté l'école à 13 ans et demi pour aller sur les chantiers, comme manœuvre. Mais le ciment me rongeait les mains jusqu'au sang. Mon père, paysan-maçon m'a donc trouvé une place dans cette menuiserie où je me suis formé sur le tas. » Il apprend vite le travail du bois. Mais aussi la lutte syndicale. « Mon patron refusait de me payer mon 13è mois. J'ai appelé le syndicat et malgré les menaces du patron, il a fini par céder devant un tribunal. Il faut dire que la révolution des œillets, en 1974, m'avait ouvert les yeux ». Il se souvient avec émotion des opposants à la dictature de Salazar qui venaient haranguer les villageois. « Je buvais leurs paroles. » Quand Armenio débarque en Suisse, en 1986, c'est tout naturellement qu'il adhère au syndicat et y milite activement. Il deviendra secrétaire syndical après huit ans de travail dans deux menuiseries du Jura bernois.
« Le combat du syndicat, c'est aussi celui de la solidarité envers les plus démunis » nous disait-il avant son départ. « Armenio emporte avec ces petits loups qui souffrent du cœur. C'est un peu comme s'ils étaient du voyage », ajoutait Dominique Perrin.

Pierre Noverraz

Vous pouvez parrainer le nombre de kilomètres que vous souhaitez au profit de l'Association jurassienne de parents d'enfants cardiopathes, en faisant votre don à :
AJPEC, Compte banque Raiffeisen de la Baroche, CB 80027 - IBAN : CH43 8002 7000 0049 7965 7

 

 

Edition n° 24 du 13 juin 2012

 
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