Jamais sans son faux nez
En août, Antonin Wicky intégrera la prestigieuse Ecole nationale de cirque de Montréal

Au mois d'août prochain, Antonin Wicky intégrera la prestigieuse Ecole nationale de cirque de Montréal. Une ascension fulgurante pour ce jeune clown de Neuchâtel

Ce fut un long, un très long mois de mars. Un mois qui a mis la patience d'Antonin Wicky à rude épreuve, suspendu à une réponse de la prestigieuse Ecole nationale de cirque de Montréal. Cette dernière tombe enfin le 30. Via un courrier électronique, le Neuchâtelois apprend qu'il est accepté au sein de l'institution où il se formera au métier de clown. Incrédulité. Joie. Appréhension. Le jeune homme de 21 ans passe par différents états d'âme. Et, à la veille de son départ, ne réalise pas encore vraiment ce qui lui arrive. Et pour cause. En présentant en début d'année sa candidature, le clown et acrobate n'ignore pas que si l'école mondialement reconnue compte beaucoup d'appelés, rares sont les élus. Il tente néanmoins sa chance et passe une audition à Paris.

Rictus prometteur
Antonin Wicky est d'abord testé sur sa souplesse, sa force, son maintien du corps, ses facultés de danse, son jeu d'acteur et ses talents d'acrobate. Pratiquant la gymnastique artistique depuis l'âge de cinq ans pour atteindre un niveau romand, le Neuchâtelois ne manque pas d'atouts dans nombre de ces disciplines. Il doit ensuite se produire en spectacle, trois minutes durant. Pas une de plus. «Très court et particulièrement impressionnant. L'épreuve s'est déroulée dans l'immense cirque vide du Zénith, sur une scène gigantesque, face à un jury de quatre personnes, qui n'était pas là pour rire mais pour évaluer ma prestation», se souvient Antonin Wicky. Le clown - qui intègre des acrobaties dans sa présentation - exécute alors une saynète mettant en scène un lit de camp. Il interprète le rôle d'un amoureux attendant sa petite amie qui ne viendra jamais au rendez-vous fixé... Et fait mouche. «J'ai vu le jury ébaucher un rictus» relève Antonin Wicky qui, pragmatique, estime alors que même s'il n'est pas retenu, l'expérience aura été belle. Mais la chance sourit au jeune homme qui a toujours rêvé d'orienter sa vie dans le monde du spectacle, sans jamais vraiment oser y croire. Et juge aujourd'hui son chemin de vie aussi incroyable que fulgurant.

Carte blanche
«Enfant, le cirque me fascinait... Plus tard, vers l'âge de 16 ans, j'ai ressenti la forte envie de faire un métier en relation avec les arts scéniques, mais j'hésitais à le dire... Une idée trop marginale.» Une obligation citoyenne va néanmoins servir indirectement ses desseins. Après deux semaines d'armée mal vécues en 2010, la recrue cherche à échapper à ce milieu en optant pour le service civil. «J'avais envie de faire quelque chose d'utile, dans le social.» Le hasard le conduit à proposer ses compétences de gymnaste-acrobate à l'école Le Zarti'cirque, à Sainte-Croix. Avec succès. Le jeune homme donne, dès janvier 2011, des cours aux enfants et adolescents dans ce domaine. Parallèlement, il suit l'enseignement de Marylène Rouiller qui forme des clowns. «J'y suis allé sur la pointe des pieds. Mais je me suis très rapidement senti à l'aise dans cet univers. Comme si une passion enfouie s'était réveillée», affirme le Neuchâtelois aussi séduit par la liberté d'expression que lui offre le personnage décalé du clown. «Avec un faux nez et un costume, on peut tout faire, tout dire, ou presque. On a carte blanche» relève Antonin Wicky qui décide alors, à l'issue de son service civil, de poursuivre dans cette voie, encouragé par son professeur et d'autres élèves. «J'ai continué à prendre des cours et à m'entraîner dans cette école avec, pour objectif, l'audition à Paris.»

A la puissance mille
Ses premiers spectacles avec LeZarti'cirque le confortent aussi dans son envie de se lancer professionnellement dans le métier, Antonin Wicky ne boudant pas son plaisir de se produire en public et appréciant cette interaction, malgré le tract qu'il ressent. «Une montée d'adrénaline... Mais j'aime cette rencontre avec les gens, susciter des réactions. C'est très porteur. En interprétant un personnage, on est toujours soi, mais à la puissance mille. On force les traits. Et puis, on peut jouer toute une gamme d'émotions», relève le clown qui estime que, dès que l'on s'amuse sur scène, le courant généralement passe. «Que l'on soit potache ou plus grave, minimaliste ou extraverti, le plus important, c'est d'être sincère et heureux de jouer», affirme le jeune homme qui apprécie tout particulièrement le cirque contemporain. «Il narre des histoires et se révèle davantage théâtral. Il ne s'agit pas de faire seulement une série de numéros et de chutes pour provoquer le rire. Le cirque contemporain est plus porté sur le jeu d'acteur.» Un jeu que n'imagine toutefois pas l'artiste sans son faux nez. «C'est le plus petit masque au monde mais il fait une sacrée différence. Sans ce nez-là, on n'est pas pareil. On se sent tout nu. Avec cet accessoire en revanche, les yeux s'ouvrent, s'illuminent. Il me permet de mieux me concentrer sur mon personnage», déclare encore Antonin Wicky qui s'envolera en août prochain pour Montréal pour trois ans. «Après? On verra. Je considère cette première étape comme un tremplin.» Gageons que l'acrobate confirmé saura faire virevolter le clown au firmament de sa jeune mais déjà talentueuse passion.


Sonya Mermoud

 

 

Edition n° 26/27 du 27 juin 2012

 
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