Les mots pour chanter la vie et la solidarité
Troubadour régulier des Fêtes du travail, l'auteur-compositeur Vincent Vallat prépare un 7ème album

On l'a vu avec sa guitare, imperturbable sous la pluie, égrener ses chansons pour des maçons en grève sur un chantier delémontain. Ou à la Boillat, chanter la solidarité avec les grévistes, à l'intérieur de l'usine. Et encore ce 1er mai, animer la Fête du travail interjurassienne, comme il l'a déjà fait de nombreuses fois. «Je suis fils d'ouvrier et j'en suis fier. Mes parents m'ont appris les valeurs essentielles comme la générosité, la sincérité, la ténacité et la modestie. Et tout cela me donne un bon équilibre et une manière de garder les pieds sur terre. Je me définis comme un artisan de la chanson, je n'ai pas plus de mérite qu'un gars ou qu'une femme qui s'en va tous les jours travailler à la fabrique pour produire ce dont nous avons besoin. Et le syndicat m'accompagne depuis mon enfance: gamin, je me souviens des Noëls de la FTMH. On y recevait des cornets avec des biscômes, des cacahuètes et des mandarines.»
Pas question donc de «choper la grosse tête». Pourtant le chanteur jurassien aurait de quoi pavoiser. Il a notamment réalisé des premières parties de concerts pour Jane Birkin, Yannick Noah ou Charlélie Couture. Il a chanté dans de nombreux festivals dont le Chant du Gros, le Festival de la Cité à Lausanne et le Show-au-cœur de Montréal. Il a également donné des récitals un peu partout en Suisse et au Québec. Mais cela ne l'empêche pas de se produire dans les fêtes de village, les fêtes de sociétés. Bien au contraire, ces petits rendez-vous conviviaux représentent l'essentiel de son parcours et il les aborde avec la même énergie que s'il s'agissait de grandes scènes.

Plaisir communicatif
La carrière de Vincent Vallat a véritablement démarré en 1988, avec une victoire à la Médaille d'Or de la Chanson à Saignelégier, suivie une année plus tard par la sortie de son premier album. «J'avais 23 ans, j'étais alors employé de commerce. J'ai décidé de quitter mon travail pour tenter de vivre de la chanson.» Pari gagné. Le barde jurassien fête cette année ses 25 ans de professionnalisme. «Je gagne juste assez pour vivre. Et cela me suffit amplement car j'ai le privilège de faire ce que j'aime. La liberté et la passion n'ont pas de prix.» Le secret de la longévité? La qualité des chansons, des textes et de la voix, un jeu de guitare sobre et profond mais aussi et surtout un plaisir communicatif, un profond respect du public avec qui il sait entrer en osmose. «Pour faire ce métier, il faut y mettre du cœur, parler vrai et aimer les gens. Si tu triches, ça se sent. Partager une chanson, c'est comme partager un bon verre, un bon repas avec des amis.»
Chanteur populaire? «Oui et j'en suis fier.» Outre ses propres compositions, son répertoire va de Renaud à Cabrel en passant par Dutronc, Brel, Brassens et des chansons folks ou celtiques. «Je m'approprie ces chansons en respectant l'esprit de leurs auteurs. Et je ne chante jamais une chanson que je n'aime pas, car je serais incapable d'y mettre de l'émotion.» La sincérité, ça s'entend.

Une terre d'inspiration
Pour marquer son quart de siècle de chanteur, l'auteur-compositeur jurassien prépare la sortie d'un septième album. «Il sera plus acoustique, plus dépouillé, un peu comme un retour aux sources» annonce-t-il. Il prévoit également des accompagnements à l'accordéon. «C'était mon premier instrument. J'ai commencé à l'apprendre à huit ans avant de le délaisser pour la guitare, dans mon adolescence. Mais depuis quelque temps, je revisite cet instrument. Je me suis fabriqué dans ma cuisine un répertoire d'une cinquantaine de thèmes.» Ce dernier CD sera étrenné à la fois à Saignelégier et au Québec, la deuxième patrie de Vincent Vallat et celle de sa compagne québécoise, Luce, avec qui il partage sa vie depuis une douzaine d'années. «Elle travaille à Montréal. Je vais vivre chez elle quatre mois par année et elle vient chez moi un ou deux mois par an.»
Quand il ne chante pas, qu'il ne compose pas ou qu'il ne refait pas le monde avec ses complices d'apéro, Vincent Vallat fait du VTT. Un peu pour le sport mais beaucoup pour la contemplation. «Je peux rester des heures à regarder un paysage, m'arrêter devant un arbre, un étang, un mur en pierres sèches. Selon les lumières, les saisons et les humeurs de celui qui les découvre; les Franches-Montagnes se révèlent chaque jour différentes. C'est un spectacle dont je ne me lasse jamais. Cette terre respire aussi le goût de ses habitants pour la liberté et la générosité. Elle m'inspire.»


Pierre Noverraz

 

 

Edition n° 28/29 du 11 juillet 2012

 
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