Progredir nous a donné notre chance, nous l'avons saisie
De nombreuses femmes de langue portugaise travaillant dans la restauration, la vente, etc...ont suivi la formation

Projet pilote, issu de la seule volonté de syndicalistes et de migrantes, le parcours de formation Progredir s'est achevé début juillet à Vevey, avec de beaux succès. Progredir a permis à de nombreuses femmes d'obtenir un CFC dans le métier qu'elles exercent. Cette précieuse reconnaissance, acquise grâce à un travail et une volonté de fer, leur ouvre de nouvelles perspectives. Tous les acteurs du projet souhaitent qu'il se poursuive. Mais pour cela, des fonds doivent être trouvés...

«Ce qu'on a appris, personne ne nous l'enlèvera!» Pour Maximina Bard, nettoyeuse en bâtiment, comme pour toutes les femmes ayant suivi les cours Progredir, la formation a une valeur inestimable. Progredir - progresser en portugais - est un projet pilote qui s'est achevé le 4 juillet dernier à Vevey avec la remise des attestations aux participantes.
Ce parcours de formation, débuté en janvier 2010, est issu de l'initiative du groupe des migrants d'Unia Vaud. Il a été développé par l'Ecap, institut de formation pour adultes proche du syndicat. Son objectif était de permettre à des femmes de langue portugaise d'acquérir une reconnaissance professionnelle en Suisse, dans les secteurs de la vente, de l'hôtellerie et du nettoyage. Une reconnaissance basée sur la validation des acquis permettant à une personne ayant quelques années d'expérience dans un métier de se présenter aux examens pour obtenir un CFC (certificat fédéral de capacité) ou une attestation professionnelle. Après un «bilan de compétences» individuel, les participantes ont suivi des cours de connaissances générales et de techniques professionnelles.

Fierté partagée
Parti de rien, ou plutôt de la volonté de femmes migrantes de se former et de syndicalistes, tout a dû être créé, inventé. Mais aujourd'hui, alors que 25 participantes ont mené à bien leur cursus, la question de l'avenir de ce projet pilote se pose, car de nouveaux financements doivent être trouvés. Or son succès est éloquent: 14 femmes se sont présentées cet été aux examens fédéraux avec un taux de succès de 80%. D'autres les passeront en 2013. Parmi les lauréates, deux femmes ont obtenu le prix de la meilleure note pour leur CFC de nettoyeuse en bâtiment: Alice da Silva dans le canton de Vaud et Maximina Bard sur Fribourg. Leurs deux collègues nettoyeuses sortent aussi en tête du classement. Une grande fierté pour Paula da Silva, responsable de Progredir qui a accompagné les participantes tout au long de leur parcours. Lors de la remise des attestations de l'Ecap, elle les a toutes félicitées pour leur persévérance, leurs efforts face à un parcours difficile, dont elles sont arrivées à bout avec succès. «C'est une victoire qui vous appartient, je suis très fière de vous!»

Premier projet de Suisse
Le directeur de l'Ecap, Guglielmo Bozzolini, a lui aussi salué l'engagement de ces femmes et rappelé que Progredir était le premier grand projet de Suisse pour la formation des migrantes. Un projet financé notamment par l'Office fédéral de la formation professionnelle, le Bureau fédéral de l'égalité, le canton et des commissions paritaires. «Nous aimerions développer ces possibilités de formation et les ouvrir à d'autres communautés de femmes migrantes», a-t-il souligné.
Vania Alleva, du comité directeur d'Unia, qui avait travaillé à l'esquisse du projet et aux recherches de fonds, a relevé l'admirable travail effectué par ces femmes et réaffirmé l'importance du soutien du syndicat à la formation des gens les moins formés, en particulier dans les branches comme la vente où travaillent beaucoup de migrantes. Amilcar Cunha d'Unia Vevey, l'un des initiateurs du projet, a comparé ces femmes aux navigateurs portugais partant à la découverte de nouveaux mondes, tout en réussissant à concilier leur vie professionnelle, familiale et leurs études. «Que vous ayez obtenu ou non votre CFC, vous bénéficierez toujours de ce travail», a-t-il relevé.
Andrea Leoni, coordinateur régional de l'Ecap, espère lui aussi que cet important projet puisse être reconduit. Mais pour cela, de nouvelles subventions sont nécessaires. Or la demande est forte: une quinzaine de femmes se sont déjà inscrites en prévision de nouveaux cours... 

Sylviane Herranz

 


TÉMOIGNAGES

Ana Marques Hamdi, CFC de gestionnaire en intendance, Lausanne

«J'ai entrepris cette formation car j'ai dû beaucoup me battre pour trouver du travail lorsque je suis arrivée en Suisse, il y a 19 ans. J'ai fait un peu tous les métiers, dans les restaurants, la cuisine, le service, la confiserie, la vente ou encore comme aide éducatrice. Aujourd'hui, je suis cuisinière dans une garderie. Ce CFC de gestionnaire en intendance représente pour moi une ouverture, et aussi une sécurité. Car je suis bien où je travaille actuellement.
Grâce à ces cours, j'ai appris énormément, et approfondi mes connaissances en français. Ce n'était pas facile, j'ai une petite fille de 5 ans, il fallait s'arranger pour la faire garder le soir, car mon mari commençait son travail lorsque je terminais le mien. Mais je suis très contente. Faire une formation sur le tard permet de voir les choses autrement, et je pourrai aider ma fille dans ses devoirs scolaires.
Je conseille aussi à toutes les personnes souhaitant débuter cette formation de gestionnaire en intendance de faire un stage dans un EMS, car l'école se base essentiellement sur le travail dans ces établissements pour personnes âgées.»


Marlène Pinto Oliveira, CFC de spécialiste en hôtellerie, La Tour-de-Peilz

«Je suis en Suisse depuis 3 ans. J'ai fait une formation en secrétariat au Portugal, mais obtenir une équivalence ici coûte cher, et il y a le problème de la langue, le français est difficile à écrire. Lorsqu'on arrive, on doit accepter n'importe quel travail, même si on a un papier. C'est pour cela que je voulais faire une formation, pour avoir la possibilité de choisir.
J'ai travaillé 2 ans comme femme de chambre, et j'ai suivi les cours de français proposés par Unia. Puis, dans l'hôtel où je travaille, on m'a proposé de descendre au buffet; j'ai ensuite fait de la réception, de l'office, je suis devenue polyvalente. J'ai deux enfants de 5 et 11 ans. Lors de mon bilan de compétences, le responsable m'a dit que pour cela, il serait mieux que je fasse une attestation professionnelle plutôt qu'un CFC. Mais j'étais motivée, je voulais ce certificat. Je me suis dit que si j'échouais la première fois, je repasserais les examens l'année suivante. Et j'ai réussi du premier coup!
Ce CFC m'ouvre beaucoup de portes. Il y a des services hôteliers partout, dans les hôpitaux, les EMS, les établissements thermaux. Mais pour l'instant, je suis bien où je travaille, nous avons de très bonnes conditions et je veux me dédier à ma fille, qui est malade.
Je suis très fière de moi, ce n'était pas facile, travailler, étudier, la famille. Beaucoup de copines ont laissé tomber, elles n'arrivaient pas à tout concilier. Moi, je voulais montrer à tout le monde que c'est possible et que ça en vaut la peine.
Nous avons aussi eu de très bons formateurs. Le savoir, c'est important. Le savoir-faire vient avec l'expérience. J'ai également beaucoup appris sur la Suisse. C'est un atout, je suis ici pour m'intégrer, je veux faire ma vie ici. Nous ne sommes pas là que pour travailler!»


Maximina Bard, CFC de nettoyeuse en bâtiment, Ménières

«Je viens de faire des cartes de visite. Dessus, j'ai écrit: Nettoyeuse en bâtiment CFC. Rien que ça, ça change tout! C'est la marque d'un savoir, c'est aussi une protection pour mes différents employeurs, et pour mes futurs clients. Car je vais ouvrir ma petite entreprise de nettoyage. Un projet que j'avais déjà auparavant, mais avec ce CFC, ça me donne des ailes!
Le nettoyage fait partie de ces tout petits métiers, mais maintenant, j'ai la preuve de ce que je fais. Avant, j'avais des certificats de travail de mes employeurs, mais là, c'est différent, c'est un certificat fédéral, c'est très valorisant, et aussi un bon exemple pour mes enfants. Ils peuvent dire "à bientôt 40 ans, ma mère a obtenu un CFC"! Ils ont 10 et 12 ans, j'avais des craintes au début car l'aîné était en année d'orientation, mais tous les deux ont très bien réussi!
Ce n'était pas toujours évident de tout concilier, l'école des enfants, la mienne, le travail, les déplacements. A la fin d'une longue journée de travail, c'était dur de partir aux cours, à Vevey ou à Lausanne, mais je n'en ai manqué qu'un seul, pour maladie. Mon ex-mari et mon ami m'ont beaucoup aidé pour les enfants.
Aujourd'hui, je suis fière de moi, on oublie tous les petits pépins! Au début, on ne savait pas où on allait. Mais j'y ai toujours cru. C'est une grande satisfaction. C'est aussi une perspective de revenus plus élevés. Des employeurs sachant que j'avais obtenu le CFC m'ont déjà augmenté.
Nous sommes quatre nettoyeuses à avoir suivi la formation Progredir et nous avons eu les meilleures notes! Nous l'avons appris lors de la remise des certificats à Lausanne. Nous sommes restées bouche bée, nous ne nous attendions pas à ça, on est des mamans... On avait les larmes aux yeux.
J'encourage vraiment tout le monde à suivre un tel parcours. Si j'ai réussi, tout le monde peut y arriver! Et si c'était à refaire, je le referais. Je remercie aussi toute l'équipe de Progredir et les enseignants: le savoir, l'expérience vous emmènent loin. J'espère que les cours continueront. Progredir m'a donné ma chance, je l'ai saisie, et ça m'a donné le goût aux études. J'envisage de commencer la maîtrise fédérale, au printemps.»


Propos recueillis par Sylviane Herranz


 

Edition n° 30/31 du 25 juillet 2012

 
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