Quand le génie horloger s'invite dans les automates
Trois musées neuchâtelois présentent l'exposition

Horloges mystérieuses, automates célestes, robots délirants, chefs-d'œuvre de miniaturisation: trois musées du canton de Neuchâtel se sont associés pour présenter les différents volets d'une exposition intitulée «Automates & merveilles», basée essentiellement sur les réalisations historiques des horlogers Jaquet-Droz et Leschot. A découvrir jusqu'au 30 septembre.

Les automates ont longtemps été le fleuron et la vitrine de l'industrie horlogère. Le but était d'étonner et d'émerveiller le public, à travers un concentré de mécanismes horlogers au sommet de la complexité technique et d'un aspect esthétique des plus aboutis. Dans le canton de Neuchâtel, le Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel, le Musée international d'horlogerie de La Chaux-de-Fonds et le Musée du Château des Monts au Locle se sont associés pour présenter au public les multiples facettes emblématiques de cet art.

Spectaculaire
Intitulée «Automates et merveilles», cette exposition multisite s'articule autour des créations de Pierre Jaquet-Droz, son fils Henri-Louis et leur collaborateur Jean-Frédéric Leschot, figures majeures de l'horlogerie suisse du 18e siècle, qui ont enchanté le monde entier avec leurs automates. A Neuchâtel, l'exposition montre comment ces techniciens de haut niveau ont constitué leur entreprise à La Chaux-de-Fonds en rayonnant ensuite à Genève, Londres et Paris. A côté de leurs montres de prestige, ils ont créé des horloges à jeux de flûtes, des cages à oiseaux chanteurs, des tabatières, des montres musicales mais aussi et surtout des androïdes dont les plus remarquables sont la trilogie: l'Ecrivain, le Dessinateur et la Musicienne, trois chefs-d'œuvre présentés pour la première fois en 1774 à La Chaux-de-Fonds avant de devenir une attraction à travers toute l'Europe.
Visible au musée de Neuchâtel, l'Ecrivain continue encore aujourd'hui à séduire le public. Le jeune écrivain dont les yeux mobiles suivent le texte qu'il écrit, trempe avec précision sa plume dans un encrier avant de reproduire la phrase souhaitée. Le texte peut aller jusqu'à 40 signes sur 4 lignes grâce à un mécanisme comprenant un empilement de trois cames par lettre et un système de programmation mécanique.
Les concepteurs de ces automates ont fait en Europe une tournée de démonstration dans laquelle le public se pressait, déboursant souvent de grosses sommes pour voir le spectacle. Ils ont également été reçus par le roi Louis XVI. Ainsi que le précisent les organisateurs de l'exposition, le but de ces opérations était «de mettre en évidence les pièces d'horlogerie des Jaquet-Droz et d'en favoriser la vente». Les quatre automates constituent donc un véritable outil promotionnel, reposant sur une stratégie commerciale globale. Ces horlogers maîtrisaient en outre le domaine physiologique. Ils ont fabriqué, sur demande, un certain nombre de prothèses articulées, notamment un bras dont le mécanisme est dévoilé dans l'exposition.

Jusqu'à la robotique
Au 18e siècle, les automates servaient souvent d'outils pour la compréhension et l'expérimentation scientifique. Mais au 20e siècle, ils ont progressivement quitté les laboratoires pour squatter les champs de foire. En parallèle se sont développés des automates plus sophistiqués. François Junod, de Sainte-Croix, est l'une des figures de proue de ce tournant. Mécanicien de précision de formation, ce créateur de 53 ans s'est également spécialisé dans le dessin et la sculpture à l'Ecole des beaux-arts de Lausanne ce qui ajoute à ses œuvres techniques une dimension artistique affirmée. Il a notamment revisité l'Ecrivain et créé «Le défilé des automates», en y associant une touche d'électronique. Son œuvre la plus remarquable est l'androïde Alexandre Pouchkine. Il l'a doté d'un système mécanique qui permet de choisir aléatoirement des mots qui forment un poème au gré de 1458 combinaisons possibles.
A La Chaux-de-Fonds, l'exposition se prolonge sous le thème de «Merveilleux mouvements... surprenantes mécaniques», au Musée international d'horlogerie. On y découvre toute une gamme de boîtes et d'automates à musique, d'instruments mécaniques, de carillons et d'orgues de Barbarie. Le thème musical, dont le clou est la «Musicienne» d'Henri-Louis Jaquet-Droz, est complété par des horloges étonnantes, des mécanismes à mouvement perpétuel, des automates «célestes» et des horloges à indications astronomiques complexes. A quoi s'ajoute encore une série de robots actuels, les descendants des automates.
La dernière étape de cette exposition en trois volets se situe au Locle, au Musée du Château des Monts. Intitulée «Chefs-d'œuvre de luxe et de miniaturisation», elle aborde en particulier le domaine de la miniaturisation des mécanismes. La maîtrise des petits mouvements permettait aux horlogers d'inclure des oiseaux chanteurs, des boîtes à musique ou des personnages animés à l'intérieur de divers objets tels des pommeaux de canne, des pistolets, des montres, des cages ou des tabatières. A partir de la fin du 19e siècle, ces objets sophistiqués et richement décorés étaient considérés comme des bijoux.
En trois musées, le visiteur passe du siècle des Lumières à l'ère des robots dans un parcours surprenant et plein de beauté, marqué par l'inventivité et le savoir-faire du monde horloger.

Texte I Pierre Noverraz
Photos I Neil Labrador

 

Infos pratiques

Les trois expositions sont ouvertes jusqu'au 30 septembre prochain, du mardi au dimanche.
Neuchâtel: de 11h à 18h
La Chaux-de-Fonds: de 10h à 17h
Le Locle: de 10h à 17h

Prix d'entrée pour les trois expositions «Automates & merveilles», les visites pouvant se faire sur plusieurs jours:
20 ou 15 francs pour groupes, étudiants, AVS, chômeurs.
Entrée gratuite jusqu'à 16 ans.

Afin de faciliter la visite des trois sites, il est possible d'acheter un billet CFF combiné avec les entrées des musées et les trajets en train et en bus.
Chaque jour durant l'exposition, une démonstration d'automates a lieu dans l'un des trois musées.
Renseignements et détails: www.automatesetmerveilles.ch

 

 

 

Edition n° 32/33 du 8 août 2012

 
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