La tête dans les nuages
Fanatique de parapente, Reynald Mumenthaler a plus de mille heures de vol à son actif et des souvenirs magiques

Lunettes de soleil, short de bain et grand sourire, Reynald affiche un air décontracté. De retour d'un déplacement professionnel, ce passionné de parapente a profité du temps splendide pour venir prendre son déjeuner aux Bains des Pâquis à Genève et troquer sa tenue de travail contre sa tenue de plage, le temps de sa pause. «C'est un temps parfait pour voler», lance-t-il, un rien déçu de ne pas pouvoir être dans les airs.
Le trentenaire se frotte pour la première fois à ce sport en 1993, date à laquelle il passe son brevet de parapente. «A l'époque, on était trois copains à s'être lancé le défi.» Sans penser que presque vingt ans plus tard, ce passe-temps deviendrait un réel bol d'oxygène indispensable à sa vie. «J'ai entre 1000 et 2000 heures de vol à mon compteur. J'essaie de voler le plus souvent possible, entre 100 et 150 heures par année.»
La variante du parapente qui séduit le plus Reynald, ce sont les vols de distance. «Il s'agit de trouver des courants ascendants et de faire les bons choix tactiques et stratégiques pour aller le plus loin possible.»

Une association de passionnés
Avec une dizaine d'amis, il a monté l'association Team Alpsfreeride: «On s'est retrouvés autour de la même passion pour les vols de distance, qui est la forme la plus noble du parapente selon nous.» Un exercice intense qui demande beaucoup de concentration et d'observation, notamment des nuages, du ciel et des oiseaux. En juin dernier, le Genevois a réalisé un vol de plus de 200 kilomètres, en 8h30, entre Soleure et Bellegarde (France voisine), l'un des plus longs dans la région du Jura. «Les conditions étaient réunies pour que ça marche», précise-t-il, modeste. D'ailleurs, ce n'était pas la première fois qu'il accomplissait un tel exploit: son record de 225 kilomètres entre le Valais et l'Autriche vient s'ajouter à d'autres très longs vols au Brésil, au Népal ou encore en Afrique du Sud. «C'est une sensation assez indescriptible, c'est un condensé de vie en un seul vol dans lequel on retrouve la jouissance, l'angoisse et l'intensité. Ce sport est une école de vie incroyable!» L'opportunité aussi de découvrir les pays différemment. «On est immergé dans le pays d'une façon unique, on garde des images magiques de paysages à couper le souffle, on vit des moments incroyables, que ce soit avec la nature ou avec les populations des petits villages qui nous accueillent.»

Qualifié pour la Coupe du monde
Aussi membre de la Ligue suisse de parapente, Reynald fait de la compétition sous sa forme la plus commune, à savoir des parcours à réaliser le plus vite possible avec une cinquantaine de points à localiser. «La compétition est un bon exercice pour apprendre à voler vite. De plus, nous avons la chance inouïe de prendre du plaisir à nous entraîner, contrairement à d'autres sports où cela est plus ingrat. C'est que du bonheur!» Son prochain défi aura lieu à la fin du mois puisqu'il a été sélectionné pour participer à une manche de la Coupe du monde de parapente à Sun Valley, dans l'Etat de l'Idaho aux Etats-Unis.
Autre challenge en vue? Réussir à réaliser un vol en triangle entre le Salève, le massif des Bauges et Chamonix. Il aimerait aussi battre le record du Salève de 230 kilomètres détenu par son acolyte, Martin Müller. Mais surtout, l'objectif premier pour cet amoureux du parapente est de faire de beaux vols dans la région: «Le parcours est beaucoup plus intéressant que le but en soit...»

Un moyen de se ressourcer
Le jeune homme, sympathique et avenant, sait aussi garder les pieds sur terre et affirme que sa passion lui a beaucoup apporté dans sa vie au quotidien. Project manager chez Caterpillar, il dit parvenir à gérer plus facilement des situations de stress au travail. «On développe une certaine connaissance de nos limites, de notre mental, et cela aide énormément.»
Malgré cette maîtrise, les couacs peuvent arriver en l'air. «Pour l'anecdote, j'ai percuté un arbre en compétition le jour où ma future femme devait me présenter à ses parents...» Mais, rassure-t-il, si les risques et la météo sont bien évalués, les accidents sont plutôt rares.
Si c'est sous ses plus de vingt mètres carrés et six kilos d'aile que Reynald préfère se ressourcer et déconnecter, il confie que sa plus grande source de bonheur reste sa femme et ses deux enfants de 2 et 4 ans. «Je prends plaisir à les voir évoluer. A cet âge, ce sont de vraies éponges, ils me surprennent tout le temps et me font beaucoup rire.» 


Manon Todesco

 

 

Edition n° 32/33 du 8 août 2012

 
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