Belle hausse salariale chez Nescafé
En plein été, la direction a accordé 75 francs pour tous les travailleurs sous CCT de l'usine d'Orbe

Les discussions sur les adaptations salariales pour 2012 traînaient depuis novembre dernier chez Nescafé. L'Office de conciliation avait été saisi. Mais face à la détermination syndicale, Nestlé - qui n'entendait accorder aucune augmentation - a finalement accepté de revaloriser les salaires de 75 francs. Une victoire après un bras de fer où rien n'était acquis d'avance.

«C'est un sacré boulot, le meilleur résultat de tous les sites Nestlé de Suisse!» Pierre-André Charrière, secrétaire syndical d'Unia à Yverdon, ne tarit pas d'éloge sur l'augmentation salariale obtenue pour cette année à l'usine Nescafé à Orbe: 75 francs pour tous les travailleurs soumis à la CCT, soit 140 personnes, cela dès le 1er avril 2012. Un résultat dû à la ténacité et à la détermination du vice-président de la commission d'entreprise, Pierre-Alain Recordon. Ailleurs en Suisse, les hausses salariales chez Nestlé sont restées bien en retrait, lorsqu'il y en a eu: 35 francs chez Nestlé Waters, anciennement Henniez, 45 francs chez Thomy à Bâle, 20 francs plus un jour de congé par an à la chocolaterie de Broc, et rien chez Findus à Rorschach par exemple.
Militant d'Unia et président des délégations du personnel de Nestlé Suisse, Pierre-Alain Recordon est très content de cette hausse décrochée en pleines vacances estivales. «C'est un bon résultat, et un poids de moins pour nous, car quand ça dure, cela devient éprouvant», relève-t-il. Les «négociations» avaient en effet débuté depuis de longs mois, en novembre 2011. Mais d'entrée, Nestlé avait annoncé la couleur: il y aura zéro franc d'augmentation. «Ils n'ont jamais rien proposé d'autre alors que la CCT prévoit que les salaires soient revus en tenant compte du coût de la vie», explique Pierre-Alain Recordon, dénonçant l'arrogance du géant de l'alimentation. A la mi-décembre, alors qu'une 4e ronde de négociations était prévue, la direction a annulé au dernier moment la rencontre. Le personnel et Unia, qui compte près de 110 syndiqués dans l'usine d'Orbe, ont décidé de saisir l'Office cantonal de conciliation en cas de conflits collectifs du travail. Ce dernier s'est réuni trois fois depuis décembre, la dernière séance ayant eu lieu en juin.

Expertise économique de Nestlé exigée
«Pour justifier son refus de toute augmentation, la direction argumentait qu'en raison du franc fort, l'usine d'Orbe n'était plus assez rentable par rapport à celles d'Espagne et de Russie. Ils veulent nous mettre en concurrence. Or en 2010 et en 2011, notre usine a produit des chiffres record: 13900 et 14000 tonnes, dont 95% est exporté. Cela représente beaucoup d'argent. Où est-il passé?» Pierre-Alain Recordon ne manquait pas d'arguments pour faire valoir, devant l'Office de conciliation, la qualité du travail des ouvriers d'Orbe et la légitimité d'une hausse salariale. Face au blocage des discussions, le président de l'Office a, lors de la dernière séance, décidé de demander une expertise sur la situation économique de l'entreprise. Cette démarche lui aurait permis de faire une proposition car les informations transmises jusque-là par Nestlé étaient des plus succinctes, indique le syndicaliste. Car Nestlé Suisse semble peu enclin à fournir des précisions sur ses résultats...
Un expert, Jürg Müller d'une société de conseil, déjà sollicité lors du conflit de la Boillat, a été mandaté pour réaliser cette expertise. Mais coup de théâtre. Alors que Pierre-Alain Recordon s'apprête à partir en vacances, fin juillet, le directeur l'interpelle. Le syndicaliste lui rappelle que la balle est dans le camp du juge qui attend l'avis de l'expert. Le lendemain, une discussion a lieu entre les deux hommes. Le syndicaliste réclame 100 francs. C'est non. Puis 80, nouveau refus. Il se dit prêt à signer pour 75 francs mais pas en dessous. La discussion se termine là. Une semaine plus tard, coup de fil du directeur: il accepte les 75 francs pour tous, au prorata du taux d'occupation. L'accord est signé le 8 août entre la direction et les représentants du personnel.

«Se battre jusqu'au bout, ça peut payer!»
«Outre la ténacité de nos militants, la peur de l'expertise a sans doute aussi contribué à débloquer la situation», se réjouit Pierre-André Charrière, qui ne s'attendait pas à une telle hausse. Il souligne que cette expertise - dès lors abandonnée - aurait été fort intéressante, car elle aurait entre autres permis de faire la lumière sur les liens entre Nestlé Suisse et ses filiales.
Mais au final, l'augmentation des salaires prime. Une hausse substantielle puisqu'elle représente 1,5% pour un salaire de 5000 francs, revenu moyen d'un ouvrier dans l'usine, et presque 2% pour le salaire minimum de la CCT s'élevant à 4000 francs. «Nous avons obtenu quelque chose de bien pour tout le monde», se réjouit Pierre-André Recordon, rappelant que la CCT chez Nescafé barre la route aux salaires au mérite, comme c'est la tendance chez Nestlé, et notamment chez Nespresso. Cette filiale, disposant également d'une usine à Orbe et d'une seconde à Avenches, refuse de conclure une CCT avec Unia. «Ce résultat montre aussi qu'en se battant jusqu'au bout, ça peut payer», ajoute le syndicaliste qui compte bien aller, dès son retour au travail, trouver les quelques collègues sceptiques vis-à-vis d'Unia pour leur montrer qu'il vaut la peine de se syndiquer!


Sylviane Herranz

 

Edition n° 35 du 29 août 2012

 
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