Le Bateau-Lavoir un projet 100% social
A genève, la démarche de ce café-restaurant flottant est de promouvoir l'insertion professionnelle des jeunes en rupture

Le bar-restaurant Le Bateau-Lavoir, une initiative notamment soutenue par Unia, agit en faveur de la réinsertion professionnelle des jeunes en difficulté et propose des produits locaux et de saison à des prix raisonnables. Amarré sur les rives du Rhône, l'établissement a su séduire les Genevois et attire toujours plus de clients depuis son inauguration en avril dernier. Reportage.

A deux pas du quartier des banques, coincé entre le pont de la Coulouvrenière et les halles de l'Ile à Genève, Le Bateau-Lavoir, jaune vif, suscite la curiosité. Sa terrasse ombragée en hauteur provoque, elle, l'envie de s'y arrêter pour siroter une boisson fraîche tout en admirant la vue. Inauguré en avril dernier, ce café-restaurant sur l'eau n'a pas que son cadre d'original. La démarche sociale est elle aussi au cœur du concept. Les trois associés qui assurent la gérance de l'établissement tiennent à promouvoir l'insertion des jeunes en rupture socioprofessionnelle ou familiale en leur proposant des stages dans la restauration.

Dynamiser les quais du Rhône
L'accès au bateau se fait par une passerelle. A l'intérieur, dans une salle accueillant à peine cinquante personnes, règne une atmosphère cosy aux touches scandinaves. Les grandes tables, le bois clair, les fleurs, la télévision et les jeux de société en libre service font qu'on s'y sent comme à la maison.
Construit de A à Z en l'espace de deux ans, l'endroit est une reconstitution des fameux bateaux-lavoirs genevois qui peuplaient les quais entre le 17e et le 19e siècle. «Le but premier était de rendre les quais du Rhône plus animés», explique Roman Juon, président de l'association Le Bateau-Lavoir et instigateur du projet. Une manière de faire revivre l'Histoire genevoise mais surtout de mettre en valeur les rives du fleuve à des fins culturelles et de loisirs. On y retrouve les principaux éléments du bateau-lavoir de l'époque: deux galeries étroites, de chaque côté du bateau, qui servaient jadis à faire tremper le linge et qui permettent aujourd'hui aux clients de prendre un verre en terrasse, bercés par les remous de l'eau. L'autre clin d'œil d'époque, trônant au milieu de la salle, le poêle à bois servant à chauffer la salle principale.

Retrouver une hygiène de vie
Les prérogatives des trois gérants sont diverses: d'abord la gestion pure du café-restaurant, ensuite l'encadrement des stagiaires et enfin la programmation musicale et artistique, qui vise à promouvoir la scène locale. Les stagiaires, âgés entre 16 et 25 ans, effectuent une semaine d'essai puis poursuivent le travail sur un mois. «A ce stade, on fait le point avec eux, et si cela les intéresse, on peut prolonger le stage de trois ou six mois», complète Stéphanie, cogérante de l'établissement. Les jeunes sont payés le temps de leur stage par le Fonds chômage de la ville de Genève. L'objectif de ces stages? Qu'ils retrouvent un rythme et une hygiène de vie, avec des horaires, un patron, mais aussi qu'ils retrouvent une estime d'eux-mêmes, rapporte la jeune femme. «Il s'agit de leur redonner la confiance et l'envie, ajoute Philippe, lui aussi gérant. Ils ne partent pas d'ici avec un travail mais avec l'envie de faire quelque chose de leur vie. De plus, c'est toujours un plaisir pour moi de travailler avec les jeunes, d'échanger.»
Lors de leur passage sur le bateau, les objectifs sont fixés au cas par cas, selon les profils de chacun, mais tous touchent à tout. «On essaie de tout leur faire faire, comme nous au final, il n'est pas question qu'ils aient juste droit aux tâches ingrates...», précise Stéphanie.

«Un havre de paix au centre-ville»
Chaque midi, trois plats du jour à 14, 16 et 18 francs (dont un végétarien) sont proposés. Et le soir, place à la petite restauration de type tapas avec au menu des tartes salées ou des ardoises de fromage et de charcuterie. «Je m'efforce de travailler avec des produits de saison qui viennent de la région ou de Suisse», indique Philippe, cuisinier sur le bateau. Quelques mois à peine après l'ouverture du resto, on peut dire que c'est une affaire qui marche. «Ça cartonne! dit Stéphanie, enthousiaste. On est sur les rotules mais super contents!» La clientèle s'est très vite fidélisée: «Nous avons beaucoup de banquiers et d'afterwork... On aimerait quand même bien que cela se diversifie un peu», commente la gérante. Le secret de ce succès? Pour Philippe, l'emplacement y est pour beaucoup: «Le lieu est une réussite, c'est un havre de paix en plein centre-ville.»

Manon Todesco

 


«Il en faut d'autres!»
L'idée de reconstituer un bateau-lavoir est lancée dans les années 90 par le Parti socialiste genevois, notamment par le conseiller municipal Roman Juon, avec le soutien du SIB devenu Unia. Or le projet urbanistique se heurte à beaucoup d'obstacles logistiques et politiques: entre le budget, les financements et les permis de construire, il faudra attendre plus de dix ans pour que le processus se mette en route. L'objectif est double dès le départ: dynamiser les quais du Rhône dans un premier temps, et intégrer une dimension sociale au projet dans un second temps. «J'étais très attaché aux ateliers de réinsertion sociale de par mon parcours professionnel», indique Roman Juon, ancien fonctionnaire de la ville de Genève, responsable, entre autres, du plan d'action «100 places de jeux pour les enfants».
La démarche de l'association Le Bateau-Lavoir vise à soutenir l'insertion sociale et professionnelle de jeunes en difficulté à travers la conception, la réalisation et la mise à disposition du bateau en faisant notamment appel aux entreprises sociales Atelier ABC et Atelier X. Que faire une fois le bateau achevé? «On ne pouvait pas s'arrêter là, il fallait pousser plus loin. Nous avons donc eu l'idée d'en faire un café-restaurant qui aiderait les jeunes en difficulté à se réinsérer à travers l'apprentissage des métiers de la restauration», raconte le retraité. L'association, propriétaire du bateau, décide alors de lancer un appel à projets, qui sera remporté par les trois associés qui ont maintenant la gérance de l'«équipage».
Roman Juon continue à s'y rendre de temps en temps. «Ça marche bien, l'intérêt serait d'en faire d'autres!», lance-t-il, même s'il ne serait plus prêt à prendre personnellement les commandes d'un nouveau projet. Il parle même de céder la présidence. «On est amoureux pendant la construction et après on se lasse. Il y a un âge où il faut savoir se retirer...»

MT


Infos pratiques: Ouvert le lundi de 11h à 15h, du mardi au jeudi de 11h à 1h, le vendredi de 11h à 2h, le samedi de 14h à 2h et le dimanche de 14h à 22h.
Plus d'infos sur: www.bateau-lavoir.ch/ou sur la page facebook du Bateau-lavoir: http://www.facebook.com/cafebateaulavoir

 

Edition n° 35 du 29 août 2012

 
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