Les pouvoirs doivent agir pour préserver la place industrielle
Président du comité Unia de l'industrie, Daniel Heizmann forge son engagement dans les épreuves du terrain

Daniel Heizmann est depuis mars dernier président national du comité Unia pour la branche MEM. Sa brillante élection ne doit rien au hasard. Ce sexagénaire de Moutier, père de deux enfants, consacre depuis tout jeune le plus clair de son temps à la défense du monde ouvrier, à la cause syndicale et à l'engagement social et associatif. «J'ai toujours éprouvé le besoin de me mettre au service de la communauté, de me rendre utile. C'est un moyen de donner du sens à ma vie. J'aime les gens, tout simplement, et c'est ça qui me fait avancer.»
Après un apprentissage de ferblantier, Daniel Heizmann a bifurqué vers l'industrie pour devenir tourneur avant de se spécialiser sur les commandes numériques dans son domaine. Il a également effectué des travaux de conciergerie et travaillé comme opérateur dans un cinéma local, histoire «de mettre un peu de beurre dans les épinards pour la famille». Côté associatif, l'homme n'est pas en reste. Il souffle dans un cuivre (euphonium) dans la fanfare de Perrefitte et a présidé longtemps l'Union instrumentale de Moutier. Il fut durant 19 ans actif dans les premiers secours prévôtois, officia longtemps au Tribunal du travail, dirigea une section de la Protection civile locale et siège aujourd'hui au Conseil de ville (législatif) de Moutier, dans les rangs du Parti socialiste autonome.

Partenariat fondé sur la transparence
Sur le plan syndical, Daniel Heizmann, entré à la FTMH au début des années 70, est connu pour son charisme, sa capacité à rassembler et à convaincre. Une force de persuasion et un sens du dialogue qui lui valurent d'être sacré meilleur propagandiste de la région et de présider, depuis plus d'une quinzaine d'années, la commission d'entreprise de Tornos, géant de la machine-outil, à Moutier. A la fin des années 90, cette commission a progressivement occupé une place importante et s'est révélée à bien des égards un exemple national en matière de partenariat social. «Tout a commencé avec l'introduction du travail en "îlots". Nous avons obtenu de participer pleinement à cet important changement dans nos méthodes de travail, avec une grande liberté d'action.» Dans la foulée et face à l'ampleur de ses tâches auxquelles s'ajoute son mandat pour la surveillance de la caisse de retraite, Daniel Heizmann a vu son temps d'affectation à la commission porté à 50%, puis progressivement à près de 100%. Une sorte de professionnalisation. Risque de dépendance face à la direction? «Au contraire, elle a compris l'importance d'un partenariat social réel et de l'ouverture aux activités syndicales, comme vient encore de le montrer son adhésion au programme Logib pour l'égalité salariale entre hommes et femmes. Nous avons accès à tout ce qui touche la conduite de l'entreprise, les salaires, les comptes, les investissements, les projets, le développement des marchés, sans aucune restriction. Cette transparence nous permet de faire des propositions pragmatiques, fondées sur des faits et non pas sur des critères idéologiques irréalistes, sans quoi nous perdrions notre crédibilité. Bien sûr, l'idéologie est nécessaire pour garder la vision d'une société plus juste, mais elle ne doit pas devenir un dogme.» Les objectifs syndicaux en matière de salaires et de conditions de travail guident le travail de la commission. «Je ne signe jamais un accord sans en avoir référé à la direction d'Unia.» Fort de son expérience, le syndicaliste a été choisi il y a quelques années pour conseiller les acteurs du partenariat social en Bulgarie et Roumanie.

«Il faut que le peuple se réveille»
Le travail de la commission peut se révéler très éprouvant. Daniel Heizmann revit comme un cauchemar le séisme de 2002, lorsque Tornos, au bord du gouffre, s'est résolu à licencier quasi la moitié de son personnel. «Notre premier objectif était d'éviter la faillite. La direction était remplacée par une task force. Il n'y avait plus un sou, plus une commande, plus rien. Un drame!» Face à ce vide, la commission avait créé un fonds de solidarité alimenté par des collectes mais aussi et surtout des travailleuses et travailleurs épargnés qui faisaient don à leurs collègues infortunés d'une partie de leurs vacances (converties en argent). «Nous avons récolté 400000 francs, de quoi verser 1900 francs à chaque collègue touché pour les fêtes de Noël.» Par la suite, la commission est parvenue également à sauver quelques dizaines d'emplois.
Daniel Heizmann lance un appel pressant à participer à la manifestation du 22 septembre prochain à Berne pour une place industrielle suisse forte. «Il faut que le peuple se réveille. Les pouvoirs dans ce pays n'ont pas mesuré l'importance de notre industrie. Les plans de relance portent sur les infrastructures routières, ferroviaires, sur les bâtiments publics, ce qui est une bonne chose. Mais il n'y a rien pour l'industrie. Il est urgent de mettre en place des programmes de formation, des pôles de recherche technologique, de reconversion industrielle ou d'aide à l'innovation. Pour y parvenir, il serait bon de créer une plate-forme tripartite réunissant l'Etat, les syndicats et le patronat, dans une structure souple et efficace, sans pesanteur bureaucratique.» A bon entendeur...


Pierre Noverraz

Informations sur la manifestation du 22 septembre sur: www.unia.ch

 

Edition n° 35 du 29 août 2012

 
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