Licenciements chez Tornos: arrêtons l'hémorragie industrielle
Unia s'attache à sauver un maximum des 225 emplois que Tornos entend supprimer

Aux côtés de la commission du personnel, Unia s'emploie activement à trouver des solutions pour éviter un maximum de licenciements après l'annonce du géant de la machine-outil de supprimer le tiers de ses effectifs. Dans la foulée, pour éviter l'hémorragie liée à la crise, le syndicat plaide pour des assises régionales et pour une mobilisation nationale en faveur d'une véritable politique industrielle.

Moutier et sa région sont encore sous le choc. «On s'attendait à des licenciements, mais pas de cette ampleur: c'est un coup de massue», avouait Pierluigi Fedele, secrétaire régional d'Unia Transjurane, le lendemain de l'annonce faite par Tornos de la suppression de 225 postes de travail, autrement dit de tout près du tiers de ses effectifs. Le géant prévôtois de la machine-outil compte en effet 680 emplois dont 39 à La Chaux-de-Fonds. Confrontée de plein fouet à la crise mondiale, à l'érosion des marchés européens et au poids du franc suisse, l'entreprise essentiellement vouée à l'exportation accusait depuis plusieurs mois une accumulation des pertes. Le recul des commandes pour le premier semestre de cette année s'est élevé à 34,2%. Le 14 août dernier, la direction de Tornos avait ainsi annoncé qu'elle devait économiser 30 à 35 millions de francs par année pour retrouver un équilibre opérationnel et amorcer une restructuration et une réorientation de ses activités, principalement avec des produits adaptés aux marchés asiatiques.
Face à ce choc, les syndicalistes d'Unia Transjurane ont immédiatement jeté toutes leurs forces dans la bataille. Dès l'annonce des licenciements, ils ont passé une bonne partie de la nuit, avec la commission du personnel, à analyser la situation et explorer les pistes pouvant conduire à des solutions alternatives. Le délai de consultation pendant lequel le syndicat et les représentants du personnel peuvent étudier et présenter des propositions est fixé au 21 septembre. «C'est très court, trop court même, mais nous nous efforçons de faire le maximum», note Pierluigi Fedele. Le point positif, c'est que la direction a transmis à la commission du personnel, dès le mois d'août, toutes les informations nécessaires sur la marche opérationnelle, financière et stratégique de l'entreprise. «Nous avons donc déjà pu anticiper et élaborer un certain nombre de propositions concrètes. Et nous sommes en train d'affiner nos pistes avec Unia», précise Daniel Heizmann, président de la commission. «Nous avons bien davantage d'outils entre nos mains que nous n'en avions au début des années 2000, lorsqu'on nous mettait devant le fait accompli, sans recours possible», constate-t-il, évoquant les 600 licenciements intervenus chez Tornos en l'espace d'une année à cette époque. Tornos a par exemple mis en place, à l'instigation de la commission, une bourse de l'emploi en collaboration avec ses partenaires, fournisseurs et clients. Environ 300 places seraient disponibles dans un rayon ne dépassant pas une heure de déplacement.

Assises régionales sur l'avenir industriel
Le coup de massue chez Tornos intervient à quelques semaines de l'annonce de 180 licenciements chez Greatbatch Medical à Corgémont et Orvin (Jura bernois) et après le constat d'un net recul de l'industrie des machines dans la région. Au-delà de la seule intervention d'urgence, au pied du mur, cette dégradation inquiétante appelle une action préventive concertée. «Nous ne pouvons pas nous contenter de jouer le rôle de pompiers au cas par cas. Il faut maintenant se mettre à réfléchir à des solutions durables, solides et concrètes pour éviter la catastrophe», plaide le secrétaire syndical Achille Renaud, lequel fait part de la volonté d'Unia de mettre sur pied, le plus vite possible, des assises régionales sur l'avenir industriel de la région, assises réunissant autour de la même table les autorités politiques, le patronat et les syndicats. Interpellé à ce sujet par Unia Transjurane, le maire de Moutier, Maxime Zuber, a immédiatement souscrit à ce projet. «Je défends cette idée depuis longtemps et j'espère que tous les acteurs concernés s'y rallieront. En attendant, pour faire face à l'urgence, nous avons, avec le Conseil municipal, débloqué 150000 francs pour mettre sur pied une cellule de crise pour venir en aide aux travailleurs touchés et à leurs familles.»
La tenue d'assises régionales s'inscrit dans le sillage des appels à la mise en œuvre d'une véritable politique industrielle suisse, lancés par la direction d'Unia. Et pour cause. «Alors que l'industrie pèse trois fois plus lourd que le secteur bancaire dans notre économie, rien n'est fait pour aider l'industrie. Les banques sont renflouées à coups de milliards tandis que le tissu industriel est saccagé», déplore Pierluigi Fedele.
Daniel Heizmann souligne que la situation que traverse Tornos est emblématique de ce vide: «C'est une raison de plus de participer massivement à la manifestation de l'industrie ce 22 septembre à Berne!» 


Pierre Noverraz



Dégradation alarmante Largement orientée vers l'exportation, l'économie du Jura et du Jura bernois est fortement touchée par la crise. Depuis 2008, dans l'industrie des machines de cette région, quatre entreprises ont disparu, entraînant 200 pertes d'emplois qui s'additionnent à 870 autres liées à des restructurations. «En 55 mois, nous sommes passés de 2390 à 1520 emplois sous couverture de la CCT des machines (MEM), ce qui fait que la branche conventionnelle s'est affaiblie en termes d'emplois de 36,5%», déplore Jean-Pierre Chapuis, secrétaire syndical à Unia Transjurane. Précision: «Ces 1520 emplois sont répartis dans 11 entreprises, 5 dans le canton du Jura et 6 dans le Jura bernois.»
Réuni le 28 août dernier, le comité des métallos Transjurane a pris acte de cette situation avec inquiétude, d'autant plus que la grande majorité des entreprises de ce secteur est actuellement sous le régime du chômage partiel (RHT).
Pour l'ensemble de la Suisse, la situation n'est globalement guère meilleure puisque les commandes dans l'industrie des machines ont reculé de 11,1% au cours du premier semestre de cette année.

PN

 

Edition n° 37/38 du 12 septembre 2012

 
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