Pour une nouvelle convention, garante d'emplois industriels durables
Protection de l'emploi, des salaires et des droits syndicaux.Les délégués de l'industrie des machines revendiquent une CCT forte

Les délégués Unia de l'industrie MEM ont adopté la semaine dernière à Berne leur cahier de revendications pour le renouvellement de la CCT en été 2013. Points principaux: l'introduction de salaires minimaux pour contrer le dumping, la suppression de l'article 57 devenu prétexte au démantèlement des horaires de travail ainsi que l'exigence du respect de la liberté syndicale dans les entreprises. Les délégués demandent également de refonder un partenariat social équitable, garant d'une politique industrielle basée sur des emplois plus sûrs et plus durables.

Le renouvellement de la convention collective de l'industrie des machines, des équipements électriques et des métaux (MEM) se concrétisera le 1er juillet de l'année prochaine. Les négociations vont démarrer en octobre et le coup d'envoi de la campagne de revendications sera donné ce 22 septembre à Berne, dans la foulée de la grande manifestation nationale de l'industrie où des milliers de travailleuses et de travailleurs vont réclamer une véritable politique industrielle, fondée sur des emplois de qualité, plus sûrs et plus durables. Une politique qui ne saurait se concevoir sans une bonne convention collective et un partenariat social bien compris.

Partenariat pour l'emploi
Or, au cours de ces dernières décennies, les organisations patronales se sont trop souvent ingéniées à vider le partenariat social de son sens, à le contourner, à l'affaiblir. Elles ont largement privilégié le capital au détriment du travail, répondant prioritairement aux appétits démesurés des actionnaires et des financiers. «En parallèle, les entreprises ont cessé de redistribuer à leur personnel leurs gains de productivité, les salaires réels ont stagné ou n'ont que faiblement augmenté, la durée du travail n'a plus diminué» a déploré Corrado Pardini, responsable du secteur industrie à la direction d'Unia, en ouverture de la conférence de l'industrie MEM qui s'est déroulée le 3 septembre dernier à Berne. «Les entreprises ont réalisé des bénéfices croissants, et même toujours plus gigantesques après 1995. Or ces bénéfices n'ont été qu'en faible partie réinjectés sous forme d'investissements dans l'industrie. Les bénéfices redistribués aux actionnaires et aux spéculateurs sur les marchés financiers en ont absorbé la majeure partie.» Les délégués à la conférence ont souligné qu'il était temps d'en finir avec ce profond déséquilibre qui provoque et alimente la crise. L'heure est venue pour eux de réinventer un partenariat social équitable fondé sur une CCT efficace. Ces deux éléments sont essentiels si l'on veut mettre en œuvre une plate-forme commune pour une politique industrielle.

Points forts
Après examen détaillé et débat, les délégués ont adopté à l'unanimité le cahier de revendications pour la nouvelle CCT. La grande nouveauté de ce texte est l'introduction de salaires minimums d'embauche, selon le degré de qualification et d'ancienneté. Les plus bas sont fixés à 4000 francs (auxiliaire), les plus hauts à 6200 francs (diplômés de hautes écoles). Ces salaires pourront être adaptés chaque année, selon la situation économique. «La fixation des minima est une petite révolution dans l'industrie MEM», commente Christian Gusset, membre de la direction de secteur industrie à Unia. «Il s'agit d'une mesure absolument nécessaire pour combattre le dumping salarial qui ne cesse de gagner du terrain.» A cet égard, le texte précise que «le salaire doit être versé en francs suisses et ne peut pas être lié au taux de change». Les délégués renouvellent et renforcent également leur exigence de bannir toute discrimination salariale entre hommes et femmes.
Deuxième point fort: la suppression pure et simple de l'article 57 de la CCT. Et pour cause, cet article controversé conçu pour donner à l'employeur une marge accrue de flexibilité dans les cas de crise a trop souvent servi de prétexte à des abus grossiers. Des patrons s'en sont généralement servis pour imposer à leurs salariés des heures supplémentaires gratuites. Les travailleuses et les travailleurs ne veulent plus de cette dérogation qui ouvre la voie à une déréglementation galopante.
Le troisième élément phare est la protection des droits syndicaux dans l'entreprise. Les représentants des travailleurs ou délégués syndicaux ne pourront être ni licenciés ni désavantagés en raison de leur activité syndicale normale au sein de l'entreprise. L'employeur qui licenciera une de ces personnes devra prouver qu'il ne s'agit pas d'un congé de représailles. En cas de contestation ou de doute, une instance paritaire (patronat et syndicat) jugera si le licenciement est ou non recevable. «Nous ne pouvons pas tolérer que les représentants du personnel subissent des pressions ou des représailles. C'est tout à fait antidémocratique. La liberté syndicale est un droit constitutionnel. Les patrons doivent le respecter», souligne Christian Gusset. A cet égard, les délégués revendiquent également le droit d'accès, sans entrave, des secrétaires syndicaux dans les entreprises.

Multiples avancées
Les revendications de la nouvelle CCT qui sera soumise bientôt à la négociation portent également sur l'amélioration de plusieurs éléments portant sur les horaires et les conditions de travail. Au chapitre des vacances, les délégués revendiquent de 2 à 5 jours de plus par année, selon l'âge, à savoir 27 jours dès 20 ans, 29 jours dès 40 ans, 30 jours dès 50 ans et 35 jours dès 55 ans, ainsi que 7 semaines pour les apprentis. L'allocation pour enfants passe de 200 à 300 francs par mois pour autant que les dispositions cantonales ne prescrivent pas des montants plus élevés. Le congé maternité est porté de 16 à 18 semaines. Un congé paternité non payé de 8 semaines au maximum peut être accordé au travailleur dans le cadre des possibilités de l'entreprise. Le congé en cas de mariage passe de 2 à 3 jours. En cas de naissance ou d'adoption d'un enfant, il fait un grand bond de 1 à 10 jours.
L'accent est également porté sur la formation. Il est recommandé aux employeurs de mettre à disposition, pour chaque emploi à temps complet, au moins 5 jours (au lieu de 3 actuellement) pour la formation continue. S'agissant de la formation syndicale, un nouvel article stipule que les membres du syndicat ont droit à deux jours payés par an pour participer à des cours liés à une telle formation.
Autres nouveautés, les apprentis ont droit à la fin de leur apprentissage à un emploi d'une durée de 12 mois dans leur entreprise formatrice. Quant aux personnes handicapées, il est recommandé aux entreprises de garantir leur intégration et leur formation, de créer pour elles des postes de travail adaptés.
La nouvelle CCT souhaitée fait également une large place, à travers divers articles, à l'égalité entre hommes et femmes, à la promotion de la santé, à la retraite anticipée.

Pierre Noverraz

 

 

«Justifié et mérité»

Dans le débat qui a précédé l'adoption de ce cahier de revendications, le délégué ouvrier thurgovien Peter Lenggenhager s'est dit satisfait de voir l'article 57 passer à la trappe. «Je voudrais même qu'on limite encore davantage la flexibilité car il y a encore des entreprises qui font n'importe quoi.» Oswald Ulrich, secrétaire syndical à Winterthur, a souligné pour sa part l'ampleur du chantier: «On ne peut pas promouvoir ces revendications sans avoir conscience qu'il faudra faire un gros travail d'explication dans les entreprises.» Mais le délégué Ronaldo Felice, ouvrier chez Sulzer, s'est montré confiant. «Nous ne voulons pas la lune, ni des utopies. Au contraire, nous demandons des choses pragmatiques et justes. Ces dernières années, on nous a demandé dans nos entreprises des efforts considérables, parfois énormes. Les bénéfices de ces efforts sont pour la plupart allés dans les poches des actionnaires et des financiers. Et pendant ce temps, nous n'avons eu que des miettes. Notre pouvoir d'achat s'est affaibli. Il est vraiment temps que ça change. Nos revendications sont justifiées et méritées. Nous allons nous battre pour les défendre.» Les applaudissements nourris qui ont suivi cette intervention préfigurent la détermination que les travailleurs attendent des négociateurs de ce renouvellement de la CCT.

PN

 

Le samedi 22 septembre à Berne, à 14 h

Toutes et tous à la
GRANDE MANIFESTATION de l'INDUSTRIE
Pour une politique industrielle d'avenir, pour des emplois durables et de qualité, pour une CCT forte.
Départ du cortège à 14h de la Schützenmatte (près de la gare) jusqu'à la place Fédérale.
Pour les déplacements en train ou en bus, renseignez-vous et inscrivez-vous auprès de votre secrétariat Unia.

 

 

Edition n° 37/38 du 12 septembre 2012

 
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