Apprentis exploités: Unia dénonce un employeur genevois
Le syndicat a mené une action aux Eaux-Vives afin de rendre publique les conditions de travail de jeunes employés

Unia a dénoncé les conditions de travail imposées aux apprentis par un groupe familial genevois lors d'une action devant l'une de ses boutiques. Salaires de misère, journées à rallonge et pression constante sont le quotidien de ces jeunes. Deux anciennes apprenties ont accepté de témoigner.

Mercredi 5 septembre, le syndicat Unia a organisé une action devant une boutique de chaussures aux Eaux-Vives, à Genève, afin de dénoncer l'exploitation des apprentis par un groupe familial genevois, propriétaire de nombreux autres magasins. «Nous sommes là pour dénoncer des cas de sous-enchère salariale mais aussi de non respect du temps de travail et d'absence de formation, indique Anahid Pasha Khani, secrétaire syndicale d'Unia. Les apprentis ont aussi des droits et doivent être protégés.»
Connu du syndicat, l'employeur avait déjà été interpellé en 2010 car les salaires pratiqués ne respectaient pas les barèmes de la Convention collective de travail (CCT) du secteur du commerce de détail.
Salaires de misère, journées à rallonge, sous pression, et travail six jours sur sept, des conditions de travail intenables que dénoncent deux anciennes apprenties, soutenues par Unia.

Apprentis sous-payés
Hana et Valbone ont toutes les deux suivi un apprentissage de trois ans. «La première année, j'étais payée 650 francs, la deuxième 750 et la troisième 850», témoigne Hana. La CCT qui régule la branche prévoit pourtant des salaires respectifs de 750, 950 et 1150 francs mensuels.
Les responsabilités que devaient assumer les deux jeunes femmes étaient, elles, dignes d'un employé expérimenté. «Je travaillais souvent seule ou avec d'autres apprentis, raconte Hana. Je m'occupais des ouvertures et des fermetures et subissais des pressions quotidiennes pour le chiffre d'affaires.» Des journées de travail de plus de dix heures. «Je commençais à 9h pour finir à 19h ou 19h30, voire 21h si j'étais dans une boutique qui faisait des nocturnes.» En effet, les apprentis ne sont pas rattachés à une boutique fixe mais tournent selon les besoins entre Thônex, la gare ou encore le centre-ville. «J'ai travaillé dans toutes les boutiques car j'étais soi-disant polyvalente, ajoute Valbone. Je travaillais cinq jours par semaine mais le patron m'appelait souvent pendant mon jour de congé pour remplacer quelqu'un, et je n'osais pas refuser de peur d'être renvoyée.»

Dégoûtée de la vente
Si les deux anciennes apprenties ont aujourd'hui obtenu leur CFC, elles n'octroient aucun mérite à leur employeur. «Je n'ai jamais reçu de formation, j'ai même passé mon examen pratique dans un magasin que je ne connaissais que depuis trois jours...» se rappelle Hana.
«C'était aux apprentis de former les nouveaux apprentis, renchérit Valbone. Le patron ne s'intéressait pas à nous, ni à l'école. Aujourd'hui, j'ai mon diplôme mais cela ne me sert à rien. Il m'a dégoûtée de la vente...»
Elles ont attendu la fin de leur apprentissage pour entamer des démarches contre leur ancien employeur, craignant d'être licenciées. «Les employés ont tellement peur qu'ils préfèrent garder le silence. Je ne savais pas vers qui me tourner», dit Valbone. Hana, elle, a été licenciée après quatre ans de services rendus avec une semaine de préavis, pour restructuration économique. «Il faut savoir que deux à trois nouveaux magasins ouvrent chaque année», nuance Hana.
De son côté, Unia a lancé des démarches juridiques concernant le licenciement abusif d'Hana. Pour le reste, il s'agit surtout d'alerter l'opinion publique. «Nous voulons attirer l'attention des autorités sur ces faits car en tant que syndicat, nous n'avons pas plus de moyens», conclut Anahid Pasha Khani. Un message en partie reçu par l'Etat puisque l'Office cantonal pour l'orientation et la formation professionnelle (OFPC) leur a retiré l'accréditation pour employer des apprentis de première année.


Manon Todesco

 

 

 

Edition n° 37/38 du 12 septembre 2012

 
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