La mobilisation s'organise contre le travail 24 h sur 24 dans les shops
La campagne contre l'extension des heures d'ouverture des magasins des stations-service a été lancée au niveau national

La libéralisation des heures d'ouverture des shops acceptée par le Parlement en décembre astreindrait le personnel de vente au travail de nuit, même le dimanche. Une large alliance appelle au référendum pour éviter une nouvelle dérégulation qui risque de précariser, à terme, le commerce de détail dans son ensemble.

«Le Parlement n'a pas donné un coup de canif, mais un coup de couteau de boucher à la Loi sur le travail déjà insuffisante», s'est insurgé Armand Jaquier, secrétaire régional d'Unia Fribourg, en guise d'introduction à la conférence de presse organisée pour le lancement de la campagne «Non à la journée de travail de 24 heures!» le 8 janvier dernier à Fribourg. Une campagne qui fait écho à celle nationale lancée le même jour à Berne par l'Alliance pour le dimanche.
Cette coalition a jusqu'au 7 avril pour recueillir les 50000 signatures nécessaires au référendum contre l'extension de l'ouverture des magasins des stations-service 24 heures sur 24 proposée par le libéral genevois Christian Lüscher et acceptée par le Parlement en décembre.
Ces dernières années, pourtant, la libéralisation des heures d'ouverture dans la vente a été à de nombreuses reprises rejetée par le peuple. Les Fribourgeois ont même refusé en 2009, avec 57% des voix, la prolongation des horaires de 16 à 17 heures le samedi. «Les Parlementaires de la droite économique bourgeoise et néolibérale sont donc en complet déphasage avec la population», analyse Xavier Ganioz, secrétaire syndical à Unia Fribourg.

Attaque contre le personnel
Pour les référendaires, cette extension des heures d'ouverture des shops est une attaque directe des grandes chaînes du commerce de détail et des entreprises actives dans le pétrole contre la vie sociale, familiale, culturelle et sportive des travailleurs, ainsi que de leur santé. «Le travail de nuit est source de maladies chroniques, d'insomnies, de problèmes cardiovasculaires, d'ulcères...», souligne Véronique Rebetez, responsable syndicale à Syna. Les syndicats relèvent également la difficulté pour le personnel, à plus de 60% féminin, de faire garder ses enfants la nuit ou le week-end. Ainsi que l'insécurité inhérente au travail nocturne. En outre, d'autres corps de métiers, tels que ceux du nettoyage et de la logistique, devront suivre. Mais pas seulement. En effet, cette dérégulation risque de faire boule de neige, car pas moins de quatre autres projets parlementaires d'extension des horaires d'ouverture des magasins ont été déposés. «C'est une étape supplémentaire vers la levée de l'interdiction du travail du dimanche et de nuit. Et cela touche les salariés les plus précaires, car seulement 11% du personnel de la vente est couvert par une convention collective», déplore Valérie Piller Carrard, conseillère nationale socialiste.
Pour le personnel spécifique des shops, Fribourg est l'un des seuls cantons (avec le Tessin et Schaffhouse) à avoir obtenu une convention collective de travail de force obligatoire. «Reste que le salaire brut n'est que de 3630 francs (3800 francs avec CFC) y compris les heures de nuit ou du dimanche. Mais ailleurs, il n'y a aucune limite», indique Véronique Rebetez.

Un projet de loi flou
La révision de la loi spécifie que seuls les shops «sur les autoroutes et les grands axes routiers» et qui offrent «des marchandises et des services répondant principalement aux besoins spécifiques des voyageurs» seront touchés par cette dérégulation. Mais ces définitions sont assez floues pour englober tous les shops estime les référendaires.
En outre, la Loi sur le travail stipule que le travail de nuit et du dimanche doit répondre à «l'indispensabilité économique et technique». «Dès lors est-il réellement indispensable d'acheter des fruits et des légumes à toute heure de la nuit?», questionne Véronique Rebetez. Quant à l'argument des partisans selon lequel cette extension des heures d'ouverture permettrait la création d'emplois, le comité référendaire le balaie: le fractionnement des horaires risque de devenir la règle. Armand Jaquier: «Il y aura un saucissonnage des postes. Les employés seront appelés à venir travailler selon les besoins. Comme c'est déjà le cas dans les grandes surfaces.» Et de conclure: «Il faut cesser ce tout à l'économie. Notre vie est plus large que la consommation.»

Aline Andrey

 


L'Alliance pour le dimanche a lancé la campagne

L'Alliance pour le dimanche, constitué en juin 2012 - qui regroupe syndicats, partis politiques de gauche, médecins du travail, Eglises et associations féminines - a officiellement lancé, le 8 janvier dernier à Berne, la campagne du référendum contre la décision du Parlement d'ouvrir les magasins des stations-service 24 heures sur 24. Dans son communiqué «Non à la journée de travail de 24 heures!», la coalition relève que «le manque de clarté du champ d'application entraînera une prolifération sauvage incontrôlable des magasins et accroîtra fortement la pression à la libéralisation dans le commerce de détail». Elle réfute ainsi les arguments du Parti libéral-radical qui soutient en substance, dans son communiqué du 8 janvier, que l'initiative parlementaire veut simplement éviter que le choix des produits exposés dans les stations-service déjà ouvertes et autorisées à vendre du carburant et des produits finis tels que des cafés ou des sandwichs soit restreint entre une heure et cinq heures du matin. «C'est une stratégie pour minimiser l'impact de ce projet de loi», alerte Vania Alleva, coprésidente d'Unia, avant d'ajouter: «Toute une série d'interventions parlementaires seront prochainement traitées. Elles se présentent à chaque fois comme un "projet raisonnable et sans grandes conséquences", dans le but de minimiser leur impact. Or en les restituant dans leur contexte, on s'aperçoit qu'elles font partie d'une stratégie d'ensemble, aux conséquences désastreuses pour le personnel de vente.» Et notamment en termes de santé comme le souligne la Société suisse de médecine du travail.
AA

 

 

 

 

Edition n° 1/2/3 du 16 janvier 2013

 
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