Barbara Lanthemann, une place pour chacun
Depuis plus de 20 ans, Barbara Lanthemann s'engage dans la défense des droits des lesbiennes

Plutôt difficile, quand on habite une région réputée conservatrice comme le Valais, de porter les casquettes de lesbienne, gauchiste, féministe et syndicaliste! Pas de quoi toutefois décourager Barbara Lanthemann qui revendique tous ces qualificatifs. Et ne craint pas d'afficher sa différence en matière d'orientation sexuelle. Plus encore. De réclamer une reconnaissance et une égalité des droits pour toutes les personnes homosexuelles. Résolument optimiste, le caractère bien trempé, cette courageuse Valaisane de cœur - elle réside depuis plus de 35 ans dans ce canton - s'implique depuis de nombreuses années dans la défense de cette cause. Engagée d'abord dans une association locale, Alpagai, elle a été nommée, depuis le 1er décembre dernier, secrétaire générale de l'Organisation suisse des lesbiennes (LOS) qui compte plus de 1000 membres. Ce travail occupe désormais cette employée de commerce de 47 ans à plein temps, car si des progrès ont été réalisés - à l'image du partenariat enregistré entre personnes du même sexe introduit en 2007 - il reste toujours beaucoup de pain sur la planche.

Non à une société à deux vitesses
«Nous ne voulons pas d'une société à deux vitesses», s'enflamme Barbara Lanthemann et de citer encore de nombreux points discriminants. «Nous nous battons par exemple pour bénéficier de la naturalisation facilitée existante pour les couples hétérosexuels, pour le droit à la rente de veuve ou encore - bataille majeure - pour celui de fonder une famille. Nous réclamons la possibilité d'accéder à la procréation assistée», énumère la secrétaire générale de LOS qui, en couple depuis sept ans et pacsée l'an dernier, se rend régulièrement au Parlement pour effectuer un travail de lobbying. Et milite également au sein du Parti socialiste dans une commission planchant sur ces différentes thématiques. Des activités qu'elle mène sans relâche - elle a pris la résolution, cette nouvelle année, de ne pas ramener de dossiers à la maison - animée par une quête intrinsèque de justice. «La richesse d'une société relève de sa diversité. Il y a de la place pour tout le monde. Les personnes homosexuelles souhaitent être reconnues comme une communauté. La notion d'appartenance au groupe est importante pour ses membres, en particulier pour les jeunes», poursuit Barbara Lanthemann qui a particulièrement souffert à l'adolescence de se découvrir lesbienne. Et n'osait alors en parler à ses parents.

Le meilleur et le pire
«Tous ces silences, ces non-dits... L'impossibilité de trouver sa place dans le monde... Un curé qui m'a conseillé de consulter un médecin... Je me suis confiée à ma famille à l'âge de 25 ans seulement. Elle l'imaginait certainement. Mais, très religieuse, elle préférait l'occulter», se souvient Barbara Lanthemann, racontant aussi ses difficultés pour décrocher un job en Valais. «Aucune chance, en tout cas, d'obtenir un poste à l'Etat», affirme-t-elle - faisant également référence à ses autres étiquettes - et non sans préciser qu'elle a aussi rencontré des personnes extraordinaires dans le canton. Le meilleur comme le pire... Cette dernière notion ayant notamment été incarnée par les campagnes discriminatoires des Jeunes UDC du Valais romand, n'hésitant pas, lors de la Journée internationale contre l'homophobie le 17 mai 2009, de parler de déviance, de danger pour la famille, etc. Heureusement, dans son quotidien, Barbara Lanthemann déclare ne pas faire l'objet de remarques insultantes. «Ou du moins, je ne les entends pas. Donc elles ne me touchent pas», lance-t-elle, blindée. Même si elle avoue, en cette période de crise, sa peur de voir «l'extrême droite, l'exclusion et la haine de certaines idées gagner du terrain». Même si elle craint d'assister à l'exacerbation des vieux mécanismes du bouc émissaire, à l'encontre des étrangers et des minorités.

Encore une curiosité
Des dérives qui ne remettent pas en question son optimisme vis-à-vis de la nature humaine. «J'ai foi en l'être humain. En la solidarité. C'est mon moteur. J'aime beaucoup les gens», relève Barbara Lanthemann qui a fait de la citation de Saint-Exupéry sa devise: «On ne voit bien qu'avec le cœur, l'essentiel est invisible pour les yeux.» Et rêve que LOS ne soit un jour plus nécessaire. «Mais il ne suffit pas seulement de modifier des lois. Il faut aussi des changements dans les mentalités.» Dans l'intervalle, la militante croit toujours en l'utilité des Gay Pride auxquelles elle participe. «Tant qu'il y aura encore des personnes au bord de la route pour nous regarder passer, tant que nous resterons une "curiosité", ces rencontres demeureront importantes», conclut-elle, fustigeant au passage les médias plus enclins à montrer des images croustillantes des cortèges que celles de simples manifestants demandant seulement à être reconnus comme des citoyens à part entière...


Sonya Mermoud

 

Edition n° 1/2/3 du 16 janvier 2013

 
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