Des compensations dignes de ce nom
Au terme de trois jours de grève, les employés d'EP Systems soutenus par Unia ont obtenu un plan social amélioré

Après 3 jours de grève, du 14 au 16 janvier derniers, les employés d'EP Systems à Neuchâtel ont obtenu un plan social nettement amélioré. Son enveloppe a quasiment doublé. Et sa répartition, conformément aux revendications du personnel, s'effectuera en tenant notamment compte de la situation des personnes touchant les salaires les plus modestes. Retour sur une lutte payante et témoignages de grévistes soudés et déterminés.

«Nous sommes très contents de cette issue. L'enveloppe attribuée au plan social a quasiment doublé.» Secrétaire régionale d'Unia Neuchâtel, Catherine Laubscher ne cachait pas sa joie au lendemain de l'accord, le 16 janvier dernier, trouvé entre la direction d'EP Systems et les employés. Satisfaction d'autant plus grande que la plupart des revendications des travailleurs ont été acceptées après un bras de fer musclé qui s'est notamment traduit par trois jours de grève. Un mouvement intervenu entre le 14 et le 16 janvier et suivi par l'ensemble des collaborateurs. «Le montant du plan social s'élève à quelque 7 millions de francs, soit une augmentation substantielle par rapport au projet initial. Il sera réparti entre tous les salariés, en fonction de l'ancienneté, de l'âge et de la charge d'enfants», précise la syndicaliste. Un soutien financier particulier sera accordé aux personnes percevant les salaires les plus modestes. «Les collaborateurs gagnant entre 3800 francs et 5500 francs ont l'assurance de toucher des indemnités de départ de 5500 francs. Tous auront droit à six mois de salaire au minimum et certains jusqu'à 15 mois, selon les critères précédemment mentionnés.» Contrairement aux volontés antérieures de la direction, le plan social sera applicable à la totalité des travailleurs, qu'ils quittent ou non l'entreprise de manière anticipée. «L'assemblée du personnel a approuvé à l'unanimité cet excellent résultat. C'est une victoire», renchérit Catherine Laubscher rappelant les combats âprement menés depuis l'annonce de la fermeture définitive du site, en décembre, qui se solde par 102 licenciements.

Une victoire à l'arraché
Unia et les employés avaient dû, entre autres, se battre pour obtenir une prolongation du délai de consultation ainsi que les informations économiques de l'entreprise. Bien que la situation de la société soit florissante, celle-ci avait balayé toutes les propositions d'alternative à la restructuration. Et avait refusé de négocier avec le syndicat alors même que 74 salariés l'avaient mandaté pour les représenter. Au final, c'est bien la détermination des employés et leur union qui auront permis de tenir tête à la direction d'EP Systems, entreprise appartenant à un groupe américain «qui réalise d'énormes bénéfices et affiche un carnet de commandes débordant». «Ils peuvent être fiers de leur engagement. J'espère que les souvenirs de cette lutte collective seront comme autant de petites graines susceptibles de continuer à leur donner du courage pour leur avenir professionnel.» Du courage, ils n'en ont en tout cas pas manqué. Comme ils ont manifesté leur solidarité avec les grévistes de l'hôpital la Providence, adoptant, après avoir accepté le plan social, une résolution de soutien en leur faveur. Nombre d'entre eux devraient d'ailleurs venir étoffer les rangs de la manifestation organisée par ces travailleurs le 26 janvier à 10h30 au départ de la gare de Neuchâtel.

Sonya Mermoud


«Quel gâchis!»

Rencontrés le deuxième jour de grève, des employés témoignent de leur motivation et expriment leur sentiment. Entre révolte, tristesse et déception

Susi, 54 ans, employée au secteur de la clientèle, 6 ans et demi de service
«Nous voulons un meilleur plan social. L'entreprise en a les moyens. Elle enregistre des bénéfices - aussi grâce à nous! - et tourne à plein régime. On travaille beaucoup. Je ne compte plus mes heures supplémentaires, les vacances à rattraper. Idem à la production. Depuis la fin de l'année, je n'ai jamais vu un carnet de commandes aussi plein. Quel gâchis! Probablement que la clientèle s'inquiète aussi des changements annoncés... Je ne suis pas révoltée mais terriblement déçue. On s'est beaucoup donné. La direction pourrait faire un effort. Elle nous a demandé d'être professionnels jusqu'au bout. Je le suis. Mais certes plus avec le même cœur. Je suis néanmoins contente de voir que la grève est si bien suivie. Avant, il n'y avait pas vraiment d'unité entre nous. Aujourd'hui, on est tous là. On montre qu'on existe. Je suis fière de cette équipe. La raison pour laquelle nous ne nous battons pas pour le maintien des emplois? Une grève n'aurait rien changé. Nous faisons partie d'un groupe mondial. La production sera délocalisée en France et en Allemagne. Nous devrions d'ailleurs former des personnes de ces sites. Ce ne sera pas facile, même si nous n'avons rien contre ces employés. L'avenir? Je ne suis pas trop inquiète mais, en raison de mon âge, il ne sera pas aisé de retrouver du travail.»

Gilberte, 57 ans, employée au secteur qualité, 34 années de service
«J'ai toujours aimé mon travail. J'ai été employée à la production, dans l'administration, au secteur qualité et contrôle... C'était très varié. Jamais je n'aurais pensé que l'entreprise allait nous jeter comme ça. On a tout donné. Ça fait mal (ndlr: elle essuie d'irrépressibles larmes). Jamais je n'aurais cru non plus faire un jour grève et m'opposer à la direction. Je lui faisais confiance. C'est dur. Ce que j'attends de ce débrayage? Que les responsables nous écoutent. Qu'ils proposent de meilleures indemnités de départ. Beaucoup de personnes ont consacré une partie de leur vie à l'entreprise. Ce serait aussi une manière de les remercier. Je n'arrive toujours pas à comprendre pourquoi ils ferment le site. On nous l'a expliqué mais ce n'est pas clair pour moi. On a parlé de centraliser?!?. Quelque chose comme ça...
Si je m'inquiète pour l'avenir? Oui. Je n'ai jamais rédigé de curriculum vitae par le passé. Je n'ai aucune piste. Et à mon âge, je peine à imaginer la suite.»

Kevin, 27 ans, employé au secteur assemblage, un an et demi de service
«Le plan social proposé par EP Systems n'est pas convaincant. On se bat pour son amélioration. Nous n'avons pas fait grève pour le maintien des emplois car le combat nous semblait perdu d'avance. Toutes nos propositions d'alternative à la fermeture du site ont été rejetées. Si je suis révolté? Oui, et déçu aussi. La société est rentable, l'activité intéressante, les collègues sympathiques. J'ai du plaisir à venir à mon travail. Ça va être difficile de rester motivé jusqu'à la fin. En même temps, l'usine tourne à plein régime...
C'est la première fois que je participe à une grève. Une solidarité exceptionnelle... L'aide du syndicat est efficace. Quant à mon avenir professionnel, je reste confiant.»

Bertrand, 50 ans, responsable de l'atelier injection plastic, délégué du personnel, 10 années de service
«On a fourni un travail énorme, des équipes tournant en 3 x 8, parfois aussi le week-end. C'est injuste de fermer l'usine. Mais nos propositions d'alternative ont été balayées. Ils avaient décidé de fermer aux USA. Nous n'avions aucune chance. Nous réclamons dès lors une augmentation de l'enveloppe du plan social et une distribution équitable, tenant compte de l'ancienneté, de l'âge des collaborateurs, des salaires... un système de points. Nous avons revendiqué un montant d'environ 8,8 millions; les patrons en ont proposé 4,4 millions! Ils doivent revoir leur copie. Mon sentiment aujourd'hui? Celui d'avoir perdu mon temps ici. Nous avons participé à l'augmentation de la production, effectué un travail de qualité pour quel résultat? Un bon plan social calmerait le jeu. Je ne m'inquiète pas pour l'avenir. Je suis de nature optimiste. Mais j'ai quand même 50 ans. Après dix ans de service, de "confort", il va falloir se remettre en question.»

Propos recueillis par SM

 

Edition n° 4 du 23 janvier 2013

 
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