Pour des salaires minimums dans tous les pays
Alors que le Conseil fédéral rejette l'initiative pour un salaire minimum l'OIT invite ses Etats membres à adopter cette norme

Dans son dernier rapport, l'Organisation internationale du travail (OIT) demande à ses 185 Etats membres d'introduire des salaires minimums garantis pour combattre la pauvreté au travail. De quoi donner tort au Conseil fédéral qui vient de rejeter l'initiative des syndicats pour un salaire minimum.

Au mois de décembre dernier, l'Organisation internationale du travail (OIT) a demandé à ses 185 Etats membres d'adopter des politiques en matière de salaire minimum, afin de réduire la pauvreté au travail, de lutter contre la précarité et de garantir une protection sociale aux employés les plus vulnérables. Mais aussi pour lutter contre la crise et ses effets particulièrement dévastateurs pour les bas salaires. Pour Guy Ryder, directeur général de l'OIT, «les salaires minimaux contribuent à protéger les travailleurs faiblement rémunérés et à prévenir une chute de leur pouvoir d'achat qui, à son tour, affecterait la demande intérieure et la reprise économique».

En Suisse aussi
A détailler le rapport mondial sur les salaires 2012 (voir notre dernière édition), l'on constate que les salaires minimaux ont, dans de nombreux pays développés, servi d'instrument de protection sociale pour les salariés les plus vulnérables au début de la crise. Mais encore faut-il que ces minima soient relevés pour compenser l'inflation, ce qui n'est pas le cas partout. Et, bien sûr, que le seuil soit suffisamment élevé pour permettre de vivre de son travail. Or, les mesures d'austérité prises par certains Etats peuvent se révéler dévastatrices, comme par exemple en Grèce où le salaire minimum a subi une amputation de 22%. A l'opposé, plusieurs pays aux économies émergentes ont relevé leurs minima, notamment le Brésil. Cela dit, dans les pays les plus pauvres, des centaines de millions de salariés continuent à gagner moins de deux francs par jour.
Mais la pauvreté au travail ne frappe pas que les pays du tiers monde. En effet, selon les données les plus récentes, les travailleurs pauvres représentent plus de 7% de l'ensemble des salariés aux Etats-Unis et 8% en Europe. En Suisse, la proportion est de 3,5%. Mais attention, 430000 personnes touchent des salaires inférieurs à 4000 francs, autrement dit 12% des travailleurs. Selon les dernières données de l'Office fédéral de la statistique, 9,2% des salariés peinent à boucler leurs fins de mois et 18% ne sont plus en mesure de supporter une dépense imprévue de plus de 2000 francs.
Selon le directeur de l'OIT, les salaires minimaux devraient prendre en compte «les besoins des travailleurs et de leur famille ainsi que des facteurs économiques, notamment les niveaux de productivité, les exigences du développement économique et la nécessité de maintenir un haut niveau d'emploi». A bon entendeur...

Pierre Noverraz


Le peuple suisse aura le dernier mot

L'appel de l'OIT en faveur de l'introduction des minima s'adresse également à la Suisse. Et pourtant, le Conseil fédéral a proposé la semaine dernière de rejeter l'initiative populaire pour un salaire minimum légal. Pour mémoire, cette initiative de l'Union syndicale suisse, munie de 111000 signatures, a été déposée à la chancellerie fédérale en janvier de l'année dernière. Elle demande de fixer le seuil salarial à 4000 francs (22 francs de l'heure) et demande également à la Confédération et aux cantons d'encourager l'inscription de salaires minimums dans les conventions collectives de travail.
Pour justifier ce rejet, le conseiller fédéral Johann Schneider Ammann a affirmé qu'une telle mesure menacerait certaines branches comme la vente et l'hôtellerie-restauration. Autrement dit, la viabilité de ces branches serait, de son propre aveu, liée au maintien de salaires de misère. Curieuse conception de l'économie et de la cohésion sociale.
Pour Unia, la prise de position du Conseil fédéral est inacceptable. «On ne peut accepter que, dans un pays aussi riche que la Suisse, des salariés qui travaillent à 100% ne puissent vivre de leur salaire», souligne Vania Alleva, coprésidente d'Unia. «Un salaire de 4000 francs par mois pour un travail à plein temps n'a rien d'un luxe. Il s'agit plutôt d'un droit fondamental à mener une existence dans la dignité. Mais comme le Conseil fédéral continue à fermer les yeux sur ce problème, c'est maintenant au peuple d'exprimer sa volonté d'éradiquer les salaires de misère dans ce pays.» La votation devrait avoir lieu en fin de cette année ou au début 2014.

PN

 

 

Edition n° 4 du 23 janvier 2013

 
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