Sous-enchère salariale dénoncée chez un franchisé Denner
Unia a protesté devant un Denner Express genevois épinglé pour un cas grave de sous-enchère

Unia a mené jeudi dernier une opération de tractage devant un franchisé Denner à Genève. But de l'action: dénoncer un grave cas de sous-enchère salariale en sensibilisant les passants à la problématique. Une ex-employée du commerce a en effet touché 2000 francs pour un mois et demi de travail! Explications et témoignage.

«Illégales et tout simplement indignes»: voilà comment Unia Genève a qualifié les conditions de travail de Myriam, une ex-vendeuse d'un Denner Express sis à la rue des Charmilles. Tractant jeudi dernier devant le commerce incriminé en présence de l'employée lésée, des représentants syndicaux ont informé les passants des modalités d'engagement de la jeune femme de 21 ans, depuis licenciée. Une Française qui n'aura touché, en tout et pour tout, que 2000 francs pour un mois et demi de travail avec des horaires dépassant souvent les 42 heures par semaine. Et qui aura été remerciée avec effet immédiat pour avoir réclamé un salaire conforme au minimum obligatoire prévalant dans la branche, soit 3740 francs mensuels pour une collaboratrice non qualifiée.

2000 francs de main à main
Myriam a été embauchée par l'enseigne en question à la mi-novembre, lors de son ouverture. A plusieurs reprises, elle réclame un contrat de travail écrit. En vain. Dans l'intervalle, la frontalière accumule les heures. «Certains soirs de la semaine, elle a travaillé jusqu'à 21 heures, en parfaite violation de la Loi cantonale sur les heures d'ouverture des magasins», précise Audrey Schmid, secrétaire syndicale à Unia. A force d'insister, Myriam se voit finalement proposer un contrat de travail spécifiant le montant de son salaire: 2000 francs par mois pour 42 heures par semaine! Un montant inacceptable pour la caissière qui a connaissance des tarifs en vigueur. «J'ai dit à mon employeur que ce n'était pas légal. Il m'a promis de revoir sa copie. J'ai attendu, j'étais inquiète. Il n'a jamais présenté de nouveau contrat», témoigne l'ex-employée qui reçoit, de main à main, après plus d'un mois de travail, 2000 francs.

Sans revenu
«Il m'a alors assuré que le reste me parviendrait prochainement. Je lui ai fait confiance. A tort...» Myriam est finalement licenciée le 28 décembre, avec effet immédiat. «Comme l'employée avait déjà travaillé plus d'un mois, elle aurait dû légalement recevoir un délai de congé d'un mois... Nous avons contacté l'employeur. Il s'est défendu en disant que Myriam n'était pas vraiment engagée. Qu'il s'agissait d'une période d'essai! Il a aussi jusqu'alors refusé de payer le restant du salaire. En l'absence de fiche de paye, Myriam ne peut même pas se tourner vers le chômage. Et se trouve aujourd'hui sans revenu. S'il le faut nous irons aux Prud'hommes», relève encore Audrey Schmid. L'ex-caissière est en tout cas bien déterminée à se battre. «Je suis révoltée. On ne peut agir comme ça avec les collaborateurs. J'ai eu le courage de dénoncer cette situation. J'entends bien récupérer mon dû», s'enflamme-t-elle.
De son côté, Unia en appelle à la responsabilité sociale de l'entreprise Denner, propriété à part entière de la Fédération des coopératives Migros depuis 2009, «pour qu'elle ne se contente pas de contrôler seulement les prix des marchandises vendues par ses franchisés, mais également les conditions de travail du personnel».


Sonya Mermoud

 

 

Edition n° 5 du 30 janvier 2013

 
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