Mettre du SEL dans sa vie
Plusieurs Systèmes d'échange local (SEL) se sont créés en Suisse romande

Les Systèmes d'échange local (SEL) permettent de troquer des services, des savoirs ou des objets contre une monnaie virtuelle. Existant depuis 30 ans, ces réseaux se sont développés notamment en France et en Angleterre. Depuis quelque temps, ils ont le vent en poupe en Suisse romande.

Il y a ceux qui offrent: des contes pour enfants, une plaque à crêpes, des cours de musique... Et ceux qui demandent: un promeneur pour leur chien, une machine à pain ou encore un cours de tricot... Entre échange de services, de savoirs et d'objets, les Systèmes d'échange local (SEL) regorgent de bons plans et tissent un réseau de liens entre des personnes aux profils bigarrés. «Il n'y a pas de portraits-robots de «selistes». Ils viennent de milieux divers. Il y a des riches, des pauvres, des ouvriers, des thérapeutes, des immigrés, des Suisses», explique André Meilland, membre actif du SEL de Romont. Fondé en avril 2010, ce réseau compte quelque 150 personnes et a lancé un site Internet sur lequel d'autres SEL se sont depuis greffés. Ils sont actuellement une petite dizaine des cantons de Vaud et de Fribourg.

Tisser des liens
Le SEL du quartier de Chailly à Lausanne est l'un des derniers arrivés. C'était en octobre 2012, peu de temps après ceux d'Oron et de Begnins. En ce samedi 12 janvier, ils sont une quinzaine à se retrouver à la maison de quartier de Chailly. Un petit groupe intergénérationnel et majoritairement féminin, aux parcours et aux professions variés. Alexandra Gindroz, co-initiatrice du projet, explique les objectifs et les modalités des échanges aux nouveaux membres. Tisser des liens, valoriser ses compétences, se sentir utile, s'extraire des échanges marchands, encourager un système équitable, durable, économique et convivial. En plus de se filer des coups de main, le prêt ou le don d'objet évite le gaspillage... Un pied de nez à la société de consommation en somme. «Ce qu'on échange, c'est du temps surtout», souligne Alexandra Gindroz. «La notion de local est importante pour faciliter les échanges et permettre les contacts directs. Car le premier échange reste la parole», ajoute-t-elle. Une des «selistes», Liliane Widmer, jeune retraitée, ajoute: «C'est un autre genre de vie. On revient à une forme de simplicité, à davantage de fraternité et à des contacts beaucoup plus authentiques.»

Monnaie virtuelle
Chaque SEL a sa propre «monnaie» virtuelle d'échange. A Chailly, ce sont les tiponts (en référence à l'arrêt de bus «Pont de Chailly»), à Romont les sésames, à Oron les faînes...
Pas de hiérarchie. Chaque service ou troc est plus ou moins équivalent et se discute entre le demandeur et le prestataire. Vingt tiponts pour une heure en moyenne. La règle est souple: crédits et débits vont de moins 400 à plus 400 tiponts. «L'idéal serait de trouver un équilibre, c'est-à-dire être proche du zéro», explique Alexandra Gindroz. Donner autant que recevoir, mais qu'importe à qui, et de qui. Plus souple que le troc traditionnel qui implique un face-à-face, le réseau tisse une large toile. Il va sans dire qu'aucune conversion n'est possible en argent. Les échanges sont transparents puisqu'ils sont finalisés sur le site Internet et visibles par tous.
Pour ceux qui n'auraient pas Internet, des parrainages sont possibles. L'aide d'une voisine ou d'un membre doit permettre à chacun de participer. Actuellement le SEL de Chailly compte une vingtaine de membres. «Pour que ça tourne bien, il faudrait au minimum 50 personnes», explique Alexandra Gindroz.

Echanges fraternels
Dans la maison de quartier, après les explications sur le site Internet et de nouvelles inscriptions, les échanges se font plus informels et fraternels autour d'un repas canadien. L'ambiance y est chaleureuse. La doyenne de la tablée, Renée Hermenjat, raconte: «Le SEL, c'est tout à fait dans mes convictions. Ce que je propose? Des contes pour les enfants. Je suis une repasseuse conteuse», explique la journaliste à la retraite, un sourire au coin des lèvres... «A mon époque, on lavait encore à la main. Le repassage, c'était la récompense. Pendant ce temps, je racontais des histoires à mes enfants. Aujourd'hui, je conte à mes arrière-petits-enfants.» Et, espère-t-elle, peut-être bientôt à d'autres enfants du quartier...

Aline Andrey

Plus d'informations sur le site des échanges InterSEL: www.enlien.ch

 

Depuis 30 ans...

C'est au Canada, dans les années 80, que le premier SEL (L.E.T.S. - local exchange trading system - en anglais) est créé. Un écossais, Michael Linton, imagine ce réseau d'entraide pour faire face au chômage qui sévit dans la région de Vancouver... Suivront l'Australie et l'Angleterre où des réseaux se forment dans des quartiers pauvres des villes industrielles. En France, le premier SEL est fondé en 1994 en Ariège par des militants écologistes, des mouvements paysans et ouvriers. Depuis, cette structure a fait des petits. Il existe aujourd'hui dans l'Hexagone plus de 400 SEL, et quelque 40000 membres regroupés dans l'Association SELidaire. Un réseau qui s'amplifie pour faire face à la crise, au chômage, à l'exclusion. Les «selistes» revendiquent ainsi de nouvelles formes de solidarité en marge du système capitaliste, sans pour autant s'en extraire. En Suisse romande, le Val-de-Ruz est pionnier en créant le premier SEL en 1997. Actuellement, on en dénombre une vingtaine en Suisse romande. A Lausanne, trois jeunes SEL existent, dans les quartiers de Chailly, des Bergières et sous-gare, et pallient celui de Lausanne qui s'est éteint après 8 ans d'activité début 2012. «L'une des critiques faites au SEL lausannois est que c'était trop grand», explique Alexandra Gindroz. Reste que des échanges se prêtent aussi très bien entre les SEL en fonction du type de services et de biens. Ce que permet la plateforme des SEL vaudois et fribourgeois (lire ci-dessus). Alexandra Gindroz est optimiste: «Le nombre de SEL qui se créent ces derniers mois prouve qu'on va vers un changement de société.»

AA

 

 

Edition n° 6 du 6 février 2013

 
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