Le lieu de tous les possibles
Centre ouvert aux sollicitations artistiques et artisanales, le Pantographe à Moutier promeut une création et un mode de vie

Outil collectif au service de l'accueil et de la création artistique et artisanale, le centre culturel le Pantographe, à Moutier, organise ce mois une vaste rencontre entre les musiques classiques et contemporaines, baptisée «Liaisons» (voir encadré). Cette initiative, mise sur pied pour la deuxième année consécutive, s'inscrit naturellement dans l'esprit de ce lieu nourri de partage et d'éclectisme. Incursion au cœur de cette friche industrielle qui vibre sur un mode alternatif privilégiant l'humain et décloisonnant les genres.

Réparer un pneu de vélo, construire une armoire ou faire de la couture... Répéter avec son groupe de musique, monter une pièce de théâtre ou peindre... Y rester un jour, une semaine ou un mois, le temps d'initier, de peaufiner ou d'achever une œuvre... Assister à des représentations de professionnels, encourager une troupe d'amateurs ou visiter une exposition... Le Pantographe, c'est le lieu de tous les possibles. C'est du moins l'esprit qu'entendent promouvoir les deux chevilles ouvrières du centre, Gilles Strambini et Ondine Yaffi. Un couple animé par une même flamme de partage et d'échange, qui veille aux destinées pluriculturelles de cette ancienne usine de machines-outils propriété de Tornos. Une friche industrielle dévolue, depuis 2002, à la promotion de la création artistique et à sa diffusion, par le biais de spectacles, concerts, soirées thématiques... Dans cet extraordinaire bâtiment, élevé sur plusieurs étages, les artistes, toutes disciplines confondues, peuvent bénéficier gratuitement de salles de répétition et de studio d'enregistrement; y loger et manger sur place, moyennant une contribution symbolique; et bien sûr se produire... Des ateliers bois, métal, plâtre, sérigraphie ou peinture... sont aussi ouverts aux bricoleurs. Utilisateurs et public, tous sont les bienvenus.

Pour le plaisir...
«Le Pantographe appartient à chacun et à personne. Il fonctionne sur le principe de la confiance mutuelle. La seule condition émise, c'est le respect des activités en cours», déclarent d'une même voix Gilles Strambini et Ondine Yaffi assurant tout à la fois l'aménagement et l'entretien des lieux, l'accueil des visiteurs, la gestion du bar, l'aide à la sonorisation et l'éclairage des spectacles au besoin... Avec, pour seul salaire, la joie de vivre une expérience qui «donne du sens à l'existence» et la jouissance d'un appartement sis dans le bâtiment. «On le fait pour le plaisir. Nous recevons autant que nous donnons. Notre paie, c'est l'énergie transmise par les visiteurs», affirme le duo. Un enthousiasme partagé par le comédien lausannois Yann Mercanton qui a tout récemment rejoint le bateau. Et ne tarit lui aussi pas d'éloges sur cet espace, séduit aussi bien par son esprit que par sa vocation, visant à décloisonner les genres. «Le Pantographe offre une véritable plateforme de discussion et d'échange de savoir-faire... Une vision plus large... C'est ici que j'ai envie d'être. Je cherchais moi aussi du sens à mon travail, effectué jusqu'alors en solitaire», indique l'artiste qui participe désormais à la gestion du lieu. «Dans cet endroit, on a tout le temps envie d'agir. On est constamment en activité. Et pour la création, c'est un contexte idéal.»

Pros du recyclage
Mais comment tourne financièrement le Pantographe? «Sur le principe du chapeau et de la récupération», précisent les concierges devenus de véritables pros du recyclage, de la débrouille et de la bonne combine. Et bien sûr des réparations. «On répare tout. Et, si nécessaire, on n'achète que des choses en seconde main. Cette démarche réclame du temps. Nous en avons. Il remplace l'argent.» Entre le tour des débarras et les nombreux dons matériels et en savoir-faire, l'équipe affirme s'en sortir. Pour la nourriture, elle s'approvisionne essentiellement dans les poubelles de la grande distribution. «On récupère en cachette ce qui est jeté, les surplus. Rien de pourri. Tout est consommable. On agit de la sorte depuis quatre ans. Sans n'avoir jamais été malades. L'alimentation ne nous coûte quasi rien à l'exception de quelques produits de base. On a la chance de vivre dans un pays qui gaspille beaucoup.»
Les artistes qui décident de leur côté de séjourner au Pantographe doivent également investir un peu de leur temps. «Nous ne sommes pas à leur service. Nous leur demandons aussi de participer aux tâches culinaires. Tout ce qui se trouve dans le frigo est à disposition. Mais chacun doit assumer son empreinte. C'est un don mutuel. Une manufacture culturelle où chacun met la main à la pâte.» Concessions minimes en comparaison avec l'opportunité qui leur est offerte.

L'humanité en prime
«Nous pouvons accueillir une douzaine de résidents. Les intéressés ont la possibilité, ici, de concentrer toute leur énergie sur leur projet. Pas de friture sur la ligne... Ils restent en moyenne une semaine. L'occupation est régulière. Tous les quinze jours, nous recevons du monde ». Quant au public et aux utilisateurs du Pantographe, il se révèle très éclectique. «Des personnes de tous les milieux fréquentent le centre. Aussi bien des chefs d'entreprise qui viennent prendre un verre et décompresser, que la chorale du cercle italien, un groupe de scouts ou des jeunes désireux de faire du karaoké. C'est un espace où l'on peut être soi-même, respirer, enlever le costume du quotidien... Il se révèle suffisamment neutre pour que chacun y trouve son compte.» Et pas de souci de manquer de propositions créatives. «Chaque jour, quelqu'un nous contacte en vue de se produire dans ces murs.» Mais si l'audience reste restreinte - une vingtaine de personnes assistent en moyenne aux représentations - les animateurs ne s'en formalisent pas. «On ne cherche pas à l'agrandir. Les artistes bénéficient dans cet espace d'une très bonne écoute. Ils repartent toujours heureux.» Heureux aussi, Gilles Strambini, Ondine Yaffi et Yann Mercanton. «Ce job est magique, chaque spectacle se révèle un cadeau, un moment d'échange privilégié», insiste Gilles, et sa compagne de renchérir: «Je suis une aventurière. J'ai beaucoup bougé. Je suis devenue une voyageuse casanière, montée dans un train immobile avec la terre qui tourne dessous... Dans cette vie en collectivité, j'ai retrouvé espoir en l'humanité.»

Sonya Mermoud


Festival « Liaisons »: mariage du classique et du contemporain
Faire converger les différences et les similitudes entre les répertoires musicaux allant de la Renaissance à la période contemporaine: voilà l'objectif poursuivi par le festival «Liaisons», qui durera jusqu'au 3 mars prochain au Pantographe, rue Industrielle 123, à Moutier. Une plateforme de rencontre et de création organisée pour la seconde fois, à laquelle participeront 54 musiciens professionnels et une vingtaine d'amateurs de 7 à 60 ans.

Entrée libre - principe du chapeau.
Programme sur Internet: www.pantographe.ch

 

 

Edition n° 6 du 6 février 2013

 
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