Holcim les travailleurs réclament de vraies négociations salariales
Alors que Holcim affiche une bonne santé financière en Suisse, l'augmentation réclamée par les employés a été balayée

Le géant du ciment Holcim a refusé d'augmenter les salaires de ses employés. En guise de toute hausse, il les a gratifiés d'une prime unique de 500 francs. Pas au goût des travailleurs de l'usine d'Eclépens, dans le canton de Vaud, qui réclament de véritables négociations salariales, adoptant une résolution dans ce sens.

L'absence de négociations salariales a fâché les employés du site Holcim d'Eclépens, dans le canton de Vaud. Alors que l'actuelle convention collective de travail prévoit expressément l'ouverture, chaque année, de discussions sur la question, la direction a, en novembre dernier, refusé d'entrer en matière sur une hausse des salaires. «Nous nous sommes rendus à deux reprises à Zurich. Mais il n'a pas été possible de mener de vraies négociations. Il n'y a pas eu d'échanges. La direction s'est contentée de donner ses arguments pour refuser l'augmentation demandée», déplore Etienne Morier-Genoud, président de la commission du personnel. «Les responsables ont décidé unilatéralement d'allouer au personnel de production un versement unique de 500 francs.» Désireux de ne pas voir cette situation se reproduire, les travailleurs, réunis en assemblée du personnel le 30 janvier dernier, ont alors adopté une résolution, protestant énergiquement contre cette manière de faire et rappelant à la direction ses responsabilités sociales. Cette dernière a été envoyée le 8 février dernier à la direction.

1,5 milliard de bénéfice pour objectif
«Nous ne voulons par qu'un tel scénario se répète à l'avenir», poursuit Etienne Morier-Genoud, précisant que la cimenterie d'Eclépens affiche une bonne santé financière, et fournit un «travail régulier intensif». Les collaborateurs du site vaudois - une centaine environ - ont rappelé dans leur résolution à Holcim qu'ils étaient «le ciment de la bonne marche de l'entreprise». Et l'ont invitée à revenir sur sa décision. Ils se sont montrés d'autant plus déterminés dans leur requête que la multinationale, précise Unia dans un communiqué, a annoncé son intention de faire progresser, d'ici à la fin 2014, le bénéfice d'exploitation du groupe de 1,5 milliard de francs supplémentaire - en 2011, celui-ci s'élevait à 2,3 milliards de francs - en réduisant les coûts et en augmentant les prix. «Ses intentions sont transparentes: pendant que la main-d'œuvre travaille durement et se contente de miettes, Holcim s'efforcera d'accroître encore les dividendes versés aux actionnaires», relève le personnel dans sa résolution. De son côté, le syndicat devait déclarer: «Cette recherche effrénée du profit aura comme conséquence que des milliers de travailleurs dans le monde entier seront mis à la rue.»

Rétablir le dialogue
Conscient qu'une résolution ne changera pas nécessairement la donne, le président de la commission du personnel espère néanmoins que cette démarche contribuera à rétablir le dialogue, et évitera «toute péjoration dans le futur».
Holcim compte deux autres cimenteries en Suisse, en Argovie et dans les Grisons ainsi que des sites de granulats et bétons au Tessin. Les travailleurs de cette région ont, eux aussi, rédigé une résolution pour réclamer une reprise des négociations salariales dignes de ce nom.

Sonya Mermoud


Drame à éclaircir en Inde

Victimes d'un accident de travail, cinq ouvriers du cimentier Holcim ont perdu la vie dans une de ses filiales indiennes. Respect des normes sécuritaires en questions

Le 31 janvier dernier, cinq travailleurs ont perdu la vie lors d'un accident de travail survenu dans l'entreprise Ambuja Cements à Chhattisgarh, une filiale indienne d'Holcim. Selon les premiers comptes rendus en provenance du site, un conteneur en surcharge de plusieurs tonnes de cendre serait, en tombant, à l'origine du drame, rapportent Unia et les faîtières syndicales IBB (Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois) et Industriall dans un communiqué commun. Dans ce contexte, les syndicats s'interrogent sur le respect des normes sécuritaires.

Normes sécuritaires respectées?
«Cette usine connaît la plus forte croissance de toutes les filiales d'Holcim dans le monde. Cette performance, cette course effrénée à toujours plus de production et de profit, se fait-elle au mépris de la sécurité?» questionne Hansueli Scheidegger, responsable à Unia du dossier Holcim. Dans une lettre ouverte adressée à Bernard Fontana, CEO d'Holcim, les syndicats ont réclamé qu'une enquête approfondie soit menée pour déterminer les raisons précises de l'accident. Examen qui, ont-ils précisé, doit être effectué avec les syndicats indiens, «par souci d'une procédure aussi transparente et indépendante que possible». Les auteurs de ce courrier ont aussi demandé que l'entreprise indemnise généreusement et sans formalités les familles des victimes. Et qu'Holcim veille à ce que de telles tragédies ne puissent se reproduire, en s'assurant que les prescriptions techniques en matière de sécurité soient bien appliquées. Qu'elles soient identiques à celles pratiquées en Europe par exemple.

Freins à un accord-cadre
Pour Unia, IBB et Industriall, ce drame témoigne une nouvelle fois de la nécessité de conclure un accord-cadre mondial sur la sécurité au travail et la protection de la santé, convention qui serait négociée entre Holcim et les deux faîtières syndicales internationales. «Nous sommes en pourparlers avec le groupe. Si Holcim ne s'oppose pas à l'accord, il refuse d'y intégrer le principe du respect des droits fondamentaux des travailleurs», relève Marion Hellmann, secrétaire général adjoint d'IBB. Une question particulièrement sensible alors que plusieurs plaintes de syndicats de différentes filiales ont été déposées pour violation des processus de consultation, précise le collaborateur d'IBB. Autre point d'achoppement à l'accord, celui des temporaires. Selon les statistiques du Ministère du travail indien, l'usine d'Ambuja Cements emploie 2264 temporaires et 431 personnes fixes. Une politique largement décriée par les syndicats, les premiers percevant un salaire nettement inférieur aux seconds alors qu'ils effectuent le même travail. La justice indienne a d'ailleurs condamné en première et deuxième instance l'entreprise pour ces motifs. Un jugement contesté par la filiale Holcim et la maison-mère à Zurich qui continuent, notent Unia, IBB et Industriall, à tenir à l'écart du partenariat social le syndicat local des employés temporaires, au mépris de la législation indienne. «L'accord-cadre ne sera signé que si nous parvenons à résoudre le problème des temporaires», poursuit Marion Hellmann. Parmi cette main-d'œuvre, nombre de paysans ayant vendu leur lopin de terre pour permettre la construction de l'usine. En contrepartie, on leur avait promis un emploi fixe sur le site...

Sonya Mermoud

 

 

Edition n° 7/8 du 13 février 2013

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page