Inscrire les salaires minimums dans la nouvelle convention
Les délégués de l'industrie MEM les réclament unanimement, histoire de contrer la pression du dumping salarial

Réunis à Berne la semaine dernière, quelque 200 délégués à la conférence de l'industrie MEM ont réaffirmé leurs priorités pour le renouvellement de leur CCT. Ils revendiquent l'inscription de salaires minimums dans la convention, la suppression de l'article 57 devenu prétexte au démantèlement des conditions de travail et une meilleure protection contre les licenciements antisyndicaux.

Près de 200 délégués de la conférence de la branche de l'industrie des machines, des équipements électriques et des métaux (MEM) se sont réunis vendredi dernier à Berne pour affiner leurs revendications en vue du renouvellement de leur convention collective, le 1er juillet prochain.

Rempart contre le dumping
Le débat a montré que les délégués sont loin d'être satisfaits de l'état actuel des négociations. Ils ont réaffirmé à l'unanimité leur volonté d'ancrer les salaires minimums de la branche dans leur convention collective. Et pour cause, ces minima constituent un rempart essentiel contre le dumping salarial qui menace de plus en plus les salariés de l'industrie, y compris le personnel qualifié. «Une étude du Seco (Secrétariat à l'économie) montre que les cas de dumping touchant le secteur de l'industrie ont triplé entre 2008 et 2011. Et le bilan pour 2012 s'annonce encore pire», déplore Pierluigi Fedele, membre du comité directeur d'Unia. En effet, ces derniers mois, les infractions se sont multipliées, en particulier dans les régions frontalières.
Les délégués ont appelé Swissmem, l'organisation faîtière du patronat de l'industrie MEM, à prendre «très au sérieux» cette revendication prioritaire du syndicat. L'inscription de salaires minimums est une condition sine qua non pour la nouvelle CCT. Et pour cause, il en va non seulement de la protection des salaires mais aussi du sort des accords portant sur l'extension de la libre circulation des personnes à la Croatie. «Si les salaires suisses ne sont pas protégés de manière efficace, le peuple pourrait s'y opposer», avertit Pierluigi Fedele. «Le dumping salarial fait aussi le lit des initiatives populaires xénophobes portées par la droite populiste. Le patronat devrait donc adopter une attitude plus responsable, d'autant plus que les salaires minimums dans la CCT ne coûteront rien aux entreprises qui, dans la grande majorité des cas, pratiquent des salaires plus élevés.» En fait, seules les entreprises qui se livrent à la sous-enchère salariale seront touchées. Autrement dit, le salaire minimum constitue également un rempart contre la concurrence déloyale.
A noter que la région zurichoise d'Unia a lancé il y a quelques temps une pétition demandant des salaires minimums dans l'industrie MEM. Un texte circulant aujourd'hui dans l'ensemble du pays.

Protéger l'activité syndicale
La deuxième revendication prioritaire des délégués est l'exigence de la suppression de l'article 57 de la convention ou du moins le contrôle serré de son application. Cet article avait été conçu pour donner à l'employeur, dans les périodes de crise, une marge de manœuvre accrue dans la flexibilisation des horaires et des salaires dans les cas très aigus. Or, cette disposition a le plus souvent prêté flanc à des abus. Des patrons s'en sont servi pour imposer à leurs salariés des heures supplémentaires gratuites.
La troisième priorité porte sur la protection des droits syndicaux dans l'entreprise. Il s'agit en particulier de protéger les représentants du personnel et les délégués du syndicat contre les licenciements antisyndicaux. L'employeur qui licenciera une de ces personnes devra prouver qu'il ne s'agit pas d'un congé de représailles.
Le camp patronal est averti. Les travailleurs de l'industrie MEM ne se contenteront pas d'une convention au rabais.


Pierre Noverraz


Mots d'ordre des délégués

Les délégués à la conférence Unia de l'industrie MEM ont recommandé à l'unanimité de voter «oui» le 3 mars prochain à l'initiative contre les rémunérations abusives. Ils ont également apporté un soutien total au projet «Swissness», garantissant que 60% de la valeur ajoutée des produits industriels portant le label suisse soit helvétique. Plus contraignante que l'actuel «Swissmade», il favorisera la place industrielle suisse.

PN

 

 

Edition n° 9 du 27 février 2013

 
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